‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 13 sur 140 · A M. L'ABBE CARBON · texte numérisé non relu

A M. L'ABBE CARBON

A la Chênaie, 1" novembre 1820.

Je VOUS remercie mille fois, mon l)on Père, de la lettre si pieuse et si tendre que vous m'avez écrite. Ne craignez pas que je puisse jamais être blessé de vos réflexions et de vos conseils. Je vois le cœur d'où ils partent, et ils ne pourraient qu'augmenter, s'il était possible, mon affection et ma reconnaissance. Sur le fond de l'affaire, je crois avoir fait tout ce que demandait la prudence en communiquant mon ouvrage aux personnes que j'estimais et que j'estime encore les plus capables de le juger. Ici le clergé l'approuve, sauf peut-être quelques exceptions que je ne connais pas. M. Vieille, M. Le Breton, M. Duhaut-Cilly, nos meilleures têtes enfin, partagent pleinement ma manière de voir. 11 en est de môme, à ce qu'on me marque, de Saint-Acheul. Au commencement je ne recevais que des objections; maintenant on m'envoie de toute part des justificaiions . Il m'est évident que mes adversaires ne m'entendent pas ou ne veulent pas m'entendre, puisqu'ils me font dire presque toujours le contraire de ce que je dis formellement. Si on rejette les principes que j'ai exposés, je ne vois aucun moyen de défendre solidement la Religion, aucune réponse décisive aux objections des incrédules de notre temps. Et comment ces principes leur se-

aussi à M. de Yilrolles (Passy, 7 mai IS^O], prouve, comme la lettre suivante, que Lamennais prolongea son séjour à Paris pendant une partie du printemps.

— A M. le comte Joseph de Maistre. Paris, 18 mai 1820. — Imprimée dans la Correspondance de J. de Maistre, qui mourut, au reste, peu de temps après, le 2(5 février 1821. à làge de 08 ans.

— .4 M. le vicomte de Donald, 24 août 1820. — Écrite de Bretagne, trè*probablemenl, car Lamennais y dit : « Je suis absolument seul, et l'itinginalion s'échauffe quelquefois un peu trop dans la solitude. »

Cette lettre s'est retrouvée, en copie, parmi les papiers de M. de Vitrolles. Elle est du plus haut intérêt.

raicnl-ils favorables? Us ne sont que le développemont de la ^'randc iiinxiiiie catholique : Qiiod semper, quod Mque^ quod ab ovuiibiis. Les impies ne s'y Iroinpeiit pas, non j)liis que les hérétiques : voyez avec quelle fureur les uns et les autres attaquent mon deuxième volume. Cela devrait dessiller les yeux de certaines gens. Au reste, je sais très-hien et j'avoue sans peine que j'ai pu me tromper; et voilà pourquoi, dès le premier moment, j'ai demandé à lîome (ceci sous le plus grand secret) qu'on examinât mon ouvrage. Ma demande a été accueillie avec bienveillance, et je n'ai plus qu'à attendre le jugement. Celte démarche m'a semblé et plus courte et plus sûre qu'une controverse qui ne Unit rien. Je puis vous dire avec une parfaite sincérité que les critiques ne m'ont pas plus ému ({ue les louanges. Je n'ai pas plus souffert des unes que je n'avais joui des autres. Tout ce bruitlà ne vient point jusqu'à mon ame. Ne me plaignez donc nullement : ma tranquillité n'a pas été troublée un seul instant par toutes ces criailleries. Je vous dirai plus : si le jugement de Rome m'est favorable, je m'en réjouirai à cause de la Rehgion; s'il m'est désavantageux, j'en serai ravi pour moi-même. Décidé, dans ce cas, à ne plus écrire, je serai l'homme du monde le plus heureux; car je pourrai en conscience jouir du repos, qui est, à mon avis, le seul bien d'icibas. Vous voyez que ma position, quoi qu'il arrive, est excellente. Adieu, mon tendre Père; mille choses à tous nos amis. Je répondrai incessamment à M'^*^ de Luciniére et à M"^ de Tremereuc.

Priez pour votre pauvre fds^

* Nous lisons dans une Icllrc de M. Jouberl à M"* de Vinlimille, en dale du 20 sPjitcmhre 1820 : c On m'cciil que M. l'abbé de Lamennais esl fml blâmé à Saint-Snlpice, où l'on trouve avec raison qu'en déUui->anl les lomlonienls de toutes les certitudes buuiaiiio*, juxir ne laisser d'autre appui (lue l'autorité, il détruit l'autorité niénie. Il a eu tort de ne pas les consulter avant de publier son livre, v

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