A MADAME LA COMTESSE DE SE.NFFT
Le 9 septembre 1828.
Si votre itinéraire n'a pas été dérangé depuis la dernière lettre de M. de Senfft, vous avez dû passer quelques jours à Arona, et vous devez être maintenant à Turin. Vous n'y aurez pas retrouvé, j'espère, les chaleurs du mois de juin. Ici, nous en avons eu d'assez fortes depuis le commencement de septembre ; mais un orage qui s'est déclaré ce matin a beaucoup rafraîchi l'atmosphère. Encore trois ou quatre semaines, et nous ne pourrons plus guère attendre que pluie, vent, grêle, gelée, brouillards, enfin l'hiver avec tout son cortège, et cela l'essemblera tout à fait à la politique du moment. Le ministère regarde la girouette pour savoir de quel côté il doit se tourner; et, comme la Révolution souffle fort et ne s'épuise jamais, il suit naturellement la direction qu'elle lui indique. Je ne crois pourtant pas qu'il presse avec beaucoup de chaleur lexécution des ordonnances^ jusqu'à la session prochaine, époque à laquelle on doit s'attendre à des mesures encore plus violentes. Les journaux de la faction les sollicitent à grands cris, et je ne doute pas qu'ils n'obtiennent tout de la faiblesse du gouvernement. Celui-ci doit avoir envoyé un agent à liome. Les ministres comptent, dit-on, sur le cardinal Hernetti : puissent-ils compter sans leur hôte! De la mollesse de la part de Rome ferait un mal immense, et de longtemps irréparable. J'espère que le Pape, personnellement si forme et si éclairé, le sentira. L'épiscopat s'est avancé ; il a fait plus qu'on n'attendait de lui, mais il a besoin d'être soutenu. Six évêques seulement ont refusé de signer les réclamations. On nomme l'èvèque de Strasbourg et l'archevêque de Bordeaux. Auch est très-faible, Rcsançon aussi. Il ne faut pas croire, d'ailleurs, à un concert bien parfait sur tous les points. Des
' Ordonnances du mois de juin.
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vues ùlrnii;,a''r('s au bien S(; iiièlenl à ce que le zèle de la foi inspire de plus pur et de plus consolant. Le gaHi('anisine se remue sous tenu;; il se rallie autour du minislèic loinbé, et la Gazette en est l'or^^iue; mais cpielques bouches flétries auront beau répél(>r : lOX^ ! elles ne trouveront point d'échos. l,a lièvre gallicane ressemble à la fièvre quarte (pion n'a jamais deux l'ois. — Kn vérité, c'est bien assez d'une.
Mes petites affaires s'arrangeiit un peu : je viens d'acheter prés de Malcstroit une maison commode que j'irai, je crois, habiter après la Toussaint. J'y S(M'ai fort tranquille; mais elle a besoin de (juelques réparations avant d'èlic occu[)ée. Je me trouverai là prés de mon frère, qui ne vient guère ici et qui est fort souvent à Ploërmel.
Vous n'apprendrez pas sans consolation un trait touchant de la miséricorde du bon Dieu. 11 y a quinze jours, un jeune Anglais alla trouver, à Uennes, l'abbé lîohrbacher ; ses premières paroles furent : Qux est recta via saliUis? Ils causèrent quelque temps en lalin, mais avec beaucoup de difficulté, à cause de la différence de prononciation. M. Kohrbacher lui donna une lettre pour moi ; ne sachant pas un mot de français, il eut bien de la peine à trouver la Chênaie. Il alla d'abord à Saint-Malo, d'où on l'envoya à Dinard, sur la route de Saint-Brieuc. Il revient, s'égare encore, et enfin nous arrive épuisé de fatigue : il a passé ici trois jours. Je n'ai jamais vu tant de droiture, de candeur et de zèle de Dieu. 11 est reparti pour l'Angleterre, où il doit passer environ un mois pour régler quelques affaires, après quoi il reviendra pour se faiie calholiiiue et yrclre. Il fondait eji laiines en s'en allant, et ne pouvait se décidera nous quitter, même pour si peu de temps. Je le recommande à vos prières, car des grâces si peu conununes exigent un retour bien parfait. Mille respects et mille tendresses.