‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 131 sur 140 · M. DE CORIOLIS A LAME.\KAIS · texte numérisé non relu

M. DE CORIOLIS A LAME.\KAIS

l';iris, 19 octobre 18^28.

C'est chose (rès-certnine, monsieur l'abbè, que je vous ai écrit \n\o lettre, la viille de mon départ jjour Tours. Apiès cela, vous dire ce que je vous apprenais, et si je vous appre-

nais quelque chose, c'est ce qui surpa'sse mon pouvoir. J'ai tellement l'habitude de laisser aller ma plume où et comme elle veut, surtout quand je cause avec vous, que, plutôt que d'inlerroger ma mémoire là-dessus, je vais me mettre à jaser avec vous sur nouveaux frais.

J'ai trouvé à Tours le général****, toujours déclamant, toujours criant du haut de sa tête, et toutes ces déclamations et ces cris aboutissent à ceci : « Donnez-moi encore de l'argent, quoique vous m'en ayez déjà doimé; donnez-moi la pairie, que vous ne m'avez pas donnée encore ! » Ainsi sont faits, aujourd'hui, nos Phocions.

A mon retour à Paris, j'ai trouvé ma fille \ arrivant du Dauphiné pour passer l'hiver avec moi, qui m'a de suite demandé de vos nouvelles, car tout ce qui m'aime vous aime. Son état de souffrance n'est guère changé, et c'est là une triste conformité avec la fille de notre ami de Florence -, dont la santé languissante le tourmente chaque jour davantage. Hélas ! c'est bien assez de souffrir dans soi, sans souffrir encore dans ce qui vous est cher. Je laisse ce triste chapitre.

Que vous avez merveilleusement découvert cet homme que nous cherchions ! — Hicvir, hic est! — C'est inonsignor Bernc'tti ! Et ce qui est fort heureux, c'est que vous Payez trouvé sans le secours d'une lanterne; car, puisqu'il veut nous faire accroire que « les vessies sont des lanternes, » il était homme à vous persuader que votre lanterne n'était qu'une vessie. Entre nous deux, et bien bas, de peur que mon voisin ^ ne m'entende, j'ai cru un moment avoir aussi trouvé notie homme, sans sortir de dessous mon toit. — Oui-da,fen ai plusieurs, pouvons-nous dire avec maître Pelit-Jean. En honneur, tous ces gens -là ne me représentent pas mal Abouïlassan, des Mille et une nuits. Seulement, quand les do7'meurs seront éveillés, ils verront probablement tout autre

* M™* la vicomtesse de Maccarihy.

- M"« Ar7iélie do Vilrolles.

^ Toujours le Nonce du Pape. C'est de lui qu'il s'agit dans ce dernier m.Muhre de phrase, otnn^si dans le dernier parasxraplie de la lotlre.

DE LAMENNATS. 4SI

chose qu'un sultan se tenant les côtes à force de rire, — à moins loulefois ^{lw ce ne soit le sultan Mahmoud.

A propos de ce Mahmoud, on me dciUMiuliit, l'autre jour, en assez nomlireuse compa^^nic, pourfjuoi je hii avais prédit des succès si longtemps avant h's évén(;ineiits. — « Pourquoi? ai-je répondu, parce qu'il est le Connnandeur des Croyants. « Croyez-vous qu'on m'ait compris?... Pas le moins du monde. Ma voisine seule m'a poussé du coude. J'ai eu un éclair de vanité. J'ai cru entendre le : « Tais-toi, Jean-Jacques!... » Hélas! je crois qu'elle ne m'a pas compris non plus, et que ce n'était qu'une inadvertance.

J'en suis resté avec « mon voisin » à nous saluer quand nous nous rencontrons, en échangeant quelques questions de santé. Il ne ui'apprendrait rien, et Iremhlerait de tous ses memhres harnahites que je lui apprisse quelque chose. Je ne perds donc pas mon temps, du moins à cela. Ce temps sera toujours hien et agréablement employé quand j'écrirai à celui dont r^stime et 1 amitié me consolent de tant d'amertumes et de toutes injustices...

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