‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 130 sur 140 · A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT

Le U octobre 1828.

Je conçois tous les embarras que vous donne cette maladie inopinée. C'est bien dommage que Mgr Bernetti ne soit pas à Turin, lui qui a des remèdes pour tous les maux et des baumes pour toutes les blessures : nous vous le céderions bien volontiers. Cet homme-là nous est apparu comme un mauvais génie, pour détruire ce que Dieu avait miraculeusement opéré dans l'épiscopat. Il a dit à la faiblesse : — « Pourquoi ne plies-tu pas? » et la faiblesse se l'est tenu pour dit. L'archevêque de Reims ^ s'est hâté naturellement de donner l'exemple de la lâcheté, et les imitateurs l'ont suivi en foule; ils n'attendaient que le premier signal La conséquence est que le ministère, plus fort par la division qu'il a semée parmi les évêques, presse aussi plus vivement l'exécution des ordonnances, et je ne doute pas maintenant qu'il ne se porte, dans les diocèses où on résistera, aux dernières extrémités. Cela ne change rien aux devoirs, mais cela changera beaucoup à la conduite ; et voilà ce que produit l'infâme prévarication d'un laïque ^ à calotte ou à bonnet rouge, comme vous voudrez. Les expressions manquent pour peindre ce que l'on éprouve à cette pensée. Où en sommes-nous? et à quoi donc faut-il s'attendre? Je n'avais encore rien vu de si effrayant. Et Ion parlera de la sagesse, de l'habileté de ces gens-là! Ce qu'il y a tout ensemble de plus imbécile, de plus niais, de plus sot el de plus vil dans la race humaine est au-dessus d'eux. La télé tourne dès qu'on regarde dans cet abîme de bêtise et de lâcheté. 0 mon

' Le cardinal de Lalil.

- LV/^/><^Bernolti, cardinal laïque.

DE LAMKNNAIS. 479

Dieu! et votre K^Mise,' l'abaiuloiiiierez-vous donc? Gardonsnous de le croire; non, elle snl)sislera, el inal;,M'é les Bernelli el nial^M'é ceux (jui lui ressemblent; elle sorliia, vivante et glorieuse, derocéan de boue dans lequel la poussent leurs mains sacrilèges.

Je remercie mon l)i(Mi cher comte du mand;it qu'il ui'a fait passer. Je le pi'ie de té'moigner ma vive reconnaissance à la marquise Violenline, à qui je demande en grâce continuation de zèle pour l'œuvre à laquelle elle a bien voulu jusqu'ici s'intéresser. Le chevalier d'OIry m'avait aussi donné des espérances. Je prie M. de Senfft de le lui rappeler, en lui offrant mes souvenirs les plus affectueux.

Je vous souhaite le temps que nous avons ici depuis près de trois semaines. C'est une espèce de petit été, point incommode par la chaleur. Mais vont venir les gelées de novembre et le coup de vent des Morts, et alors nous croirons sentir et entendre Bernetti, et adieu la joie, adieu l'espérance !

Mille et mille tendres respects à la comtesse Louise. J'ai appris avec un plaisir inexprimable que la santé de M'"* la marquise d'Azeglio se rétablissail, et que le bon marquis allait avoir le bonheur de se retrouver près de son fils. Je n'oublie, du reste, aucune des personnes que j'ai vues à Turin, et Rodolphe moins qu'aucune autre. Qu'ai-je besoin de nommer M. Daiser, le docteur Rossi, et Mil quanti? Je voudrais pouvoir vous mander quelques nouvelles que vous n'ayez pas vues dans les journaux; mais, comme je le vous le disais l'autre jour, il n'y a plus de nouvelles depuis que tout est si nouveau.

Page 1