‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 136 sur 140 · A M. I.E COMTE DE SE.NFFT · texte numérisé non relu

A M. I.E COMTE DE SE.NFFT

A la Chênaie, le 21 décembre i828.

Je suis bien en retard avec vous, cher ami, et avec M'"'' c Senfrt. La raison, vous la savez; je voulais finir mon ôuvrag< qui liaînait depuis trop longtemps, et, outre ce travail^ il n fallait enseigner l'anglais, l'ilalien, riiébreu, la pliilosophi la théologie, confesser, etc. Or, en vérité, les forces me maj

I)i: LAMENNAIS. iU7>

queiit au milieu de tant d'occupations. Enfin, mon ouvrage est, de ce matin, en route pour I*ai is. Je recommande qu'on en hâte l'impression, de sorte que j'espère arriver, au i)lus tard, vers l'ouverture de la session. On m'écrit que le ministère s'occupe déjà de moi, et qu'il annonce la disposition de « se monter à de grandes colères. » Cela ne m'effraye pas beaucoup, comme vous le pensez bien. Un procès de plus ou de moins n'est pas désormais une affaire ; et, que les ministres le veuillent ou non, il faudra qu'ils entendent la vérité : il y en a, dans mon livre, d'assez fortes et d'assez neuves pour que beaucoup de gens en soient étonnés ; mais, ainsi (pi'il arrive toujours, peu à peu les esprits s'y habitueront, et ce qui les aura choqués d'abord leur paraîtra tout simple au bout de quelques mois. H est indispensable de pousser les questions en avant; le salut de l'avenir dépend de là, car on ne peut fonder aucune espérance sur les opinions qui, depuis quinze ans, caractérisent les divers partis. Je sais bien ([u'au premier moment peu d'hommes m'entendront, et que je m'expose à une persécution presque certaine ; mais je trouve, grâce à Dieu, dans celte pensée, plutôt un encouragement à parler qu'une tentation de silence.

Les détails que vous avez eu la bonté de me communiquer sur l'affaire de Bern.... m'ont été fort utiles. Il paraît clair (pi'on est en règle pour le fonds ' ; mais la faiblesse est de laisser croire à chacun tout ce qu'il veut là-dessus. Ce système de ménagements pour les persécuteurs, s'il durait longtemps, perdrait tout. Il faut aux honnnes une direction publique. Les événements obligeront bientôt à sortir de ces voies obscures et embai'rassées, et j'aspire à cet instant, car

* Si nous inlerprélons cos mois dans leur sens le pins naturel, en lesrjpprocliaiit (lu passade que nous avons déjà nol»'. dans la lellie du 20 novembre, il en résulterait que la cour de Uonic se précaulionna, in petto, — c'esl-àdire dans le secret de ^es actes intérieurs, — de quelques réserves contre l'abus (|ui avait été fait de .-es réponses au pouvernetnent français. Mais ces réserves iureiil de tcllt^ miture, ol si discrélenienl déguisées, qiii^ chacun demeura libre de les interpréter à son gré. Cos m/nagemcnls, peut-être lort habiles, n'allaient pas au tempérament de Lamennais et à la loyauté absolue de son caractère.

m CORRESPONDANCE DE LAMENNAIS.

il serait étrange que la pensée de l'Église et de son chef fût comme une énigme qu'on laissât aux fidèles à deviner. Quod in aure audiiis prœdicate super tecta. Cela ne veut pas dire que ce que la conscience catholique « prêche sur les toits, » le chef de la Parole doive le redire à l'oreille des princes et de leurs ministres.

Vous ne sauriez vous faire d'idée de l'acharnement avec lequel le congréganiste Vatimesnil poursuit les écoles ecclésiastiques et tous les établissements d'éducation où l'on se refuse à faire la Déclaration exigée. Vous en saurez plus tard des détails qui vous étonneront, si quelque chose peut encore étonner. Quant à Feutrier, son parti est pris ; il ira aussi loin qu'on voudra qu'il aille. Je ne saurais me consoler de voir iM. Busson à côté de cet apostat, et coopérant avec lui à la persécution de l'Église.

Il me tarde d'apprendre de meilleures nouvelles de la santé de M"^ de Senfft. J'espère que la comtesse Louise est toujours plus satisfaite de la sienne. Ménagez la vôtre, cher ami, et pensez toujours un peu au plus dévoué et au plus tendre de vos amis.

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