‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 135 sur 140 · A M. LE MAIIOLIS DE COIUOLIS · texte numérisé non relu

A M. LE MAIIOLIS DE COIUOLIS

Dinan, le 19 décembre 1828.

Enfin, monsieur le marrjuis, je trouve un moment pour vous dire combien je suis touché des nouvelles marques de bonté et d'amitié que j'ai reçues de vous, et que mon cœur n'oubliera jamais. Garde-malade et malade moi-même, chargé, de plus, de mille occupations de détail, au milieu desquelles il a fallu que je trouvasse encore le temps d'achever l'ouvrage que vous voulez bien attendre avec une impatience obligeante, vous jugez que mes correspondances, et celles mêmes qui me sont le plus douces, ont dû être un peu néghgées. Me voilà au moins quitte avec le public. Mon livre va être, ces jours-ci, entre les mains de l'imprimeur, et Dieu veuille que de tout cela il résulte quelque bien ! Si les esprits n'étaient pas si faibles et les âmes si amollies, on pourrait encore beaucoup. Espérons que les événements qui se préparent retremperont un peu le courage de tant d'hommes, amis, en général, de ce qu'ils appellent le bien, mais qui ne savent que vouloir, parce (ju'ils ne savent que penser. La persécution s'aigrit partout aux appioches de la session nouvelle. On m'apprend, à l'instant même, que le petit séminau'e de cette ville vient d'êti'c terme, en vertu d'ordres émanés de la double autorité d'un évèque et d'un congréganisle '. Ce n'est pas là ce qui m'étonne. Mais est-ce donc que les catholiques, au nombre encore de vingt-cinq millions, n'en viendront pas à se demander si, lorsqu'on a tout réduit à une (piestion de force, ils ne doivent pas compter pour (juelque chose dans celte

' MM. Feulrlcr cl Valimesnii.

question? J'ai pitié, grand'pitié, de la faiblesse qu'on opprime ; mais de la lâcheté, point. Le ministère Villèle a dissous complètement tous les centres de résistance qui existaient parmi nous. Ce serait plutôt un bien qu'un mal, s'il s'en formait de nouveaux ; car ceux-là n'offraient guère pour lien, aux hommes qui se rangeaient autour d'eux, que de fausses doctrines et de vils intérêts. Jusqu'à ce que l'esprit de sacrifice qu'enfante l'esprit de foi devienne le mobile des efforts qu'on tentera pour sauver la France et l'Europe, il n'y aura rien, absolument rien, à espérer de l'avenir. Pour vivre, il faut savoii dire : « Mourons ! »

Veuillez faire agréer à M"'^ la marquise de CorioUs la reconnaissance que m'inspire son souvenir si plein de bonté. J'espère que les ministres, se fatiguant bientôt de leur gloirt hellénique, et satisfaits de celle que leur procure la guern mémorable qu'ils ont déclarée aux écoles ecclésiastiques, rap pelleront notre armée de la Grèce et que vous ne tarderez pa; longtemps, désormais, à revoir monsieur votre fils. Je vou; prie de lui parler de moi, ainsi qu'au cher Emmanuel.

Je n'ai point retrouvé la lettre égarée, et je ne saurai comprendre encore ce qu'elle peut être devenue. Veuille m'adresser dorénavant celles que vous aurez la bonté de m'é crire, à Dinan seulement, sans parler de la Chênaie : cec pour éviter une nouvelle vexation des postes. Je défie que per sonne, monsieur le marquis, vous soit dévoué avec plus d tendresse et de respect que l'ermite breton. ,

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