A LA 3IÈ.ME
15 février 1823.
J'étais, il est vrai, un peu peiné de votre silence, ma bonne amie; mais enfin, puisque votre cœur est toujours le même pour moi, je ne me plaindrai point, et je ne gronderai point, et dites à ma bonne M'^*^ de Yilliers que je l'enveloppe aussi dans mon amnistie.
J'attends mon frère le 20. 11 restera ici trois jours, et puis il reprendra en poste le chemin de la rue des Postes, avec deux compagnons de voyage, l'abbé de Lesquen et l'abbé Botrel; quant à celui dont vous me parlez, je ne le crois pas près de sortir de son trou. Sa destinée est singulière et pas des plus gaies.
l'.emerciez, je vous prie, de ma part, le bon M. Lowenbruck du joli présent qu'il a fait à Augusline, que j'embrasse par parenthèse. Remerciez aussi M. Aubert d'avoir bien voulu me destiner un exemplaire de son livre. Je le lirai avec rintèrèt que m'inspire ce qui vient de lui, et avec le respect bien sincère que j'ai pour tout ce qui tient aux missions et aux missionnaires.
Pourquoi ne me dites -vous rien de ma terre do Trémigon? C'est peut-être parce que ce n'est plus ma terre. Je l'ai revendue à mon beau-frère, et je reste Gros-Jean conniic devant. Mes affaires avec mon coquin de libraire ont mal tourné; d'autres pertes sont survenues, j'ai pris ie parti de li(juider mes dettes, et me voilà avec deux mille trois ou quatre cents fiancs de rente; c'est toujours cela. Mais vous m'avouerez qu'en cette position il est un peu piquant de voir M. Weld se renfermer dans un oubli ou dans un silence si complet, le tout pour trois miséi-ables cents francs qu'il s'élait engagé à compter chaque année à M'"^' Dubeye. Vanteznous encore vos Anglais!
Je plains bien la pauvre Constance; mais aussi de quoi
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s'uvis(!-l-('lU' d'iivoir un pèn;? qui l'on prinil? Esl-rc raisonnable? On a connue cela d«'s idées... Celle de WilliMin était d'être sous-préfel; il avait dit : « Je le .serai; >» il l'avait juré. Cela était là; il se couchait, il se levait avec cette pensée; il la portait partout, el jnénie oh vous savez. Vous croyez peutêtre qu'il l'y lais.sail? l'oint du tout: ce sont de ces choses Vjui ne sortent point, qu'on garde en soi, qu'on ne rend, qu'on ne perd jamais. Enfin le ciel couronne sa persévérance. La mienne est une persévérance de tendresse et d'amitié pour tout ce qui s'est jamais appelé feuillantine. Adieu.