‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 26 sur 140 · A M. LE COMTE DE CORIOLIS I» ' E S P I N 0 U S E · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE CORIOLIS I» ' E S P I N 0 U S E

Sainte-Pélagie, t9 janvier tSVl.

€ J'étais loin do m'altendre, Monsieur, au funeste événement qu'un iiillct de II. de Vitrollfs m'annonça, il y a quelques jours, dans ma pri^on. Si j'avai> pu concevoir une crainte (U* ce genre, j'aurais ccrtainenjont t s^ayé, malgit' le.s cmliarras (le mon proci-s, de revoir encore une fois l'ami si constant cl si Itou que je ne cesserai jamais lie rcyretlcr. Croyez. Monsieur, que personne ne s'associe |)lus vivement que moi à votre douleur. l'Uis vous avez vu longtemps, d de prés, celui qui en est l'olijet, plus elle doit être prolonde. Ses aimables et solide-> tiualilé» ne sauraient s'effacer de la ménjoire d'aumn de ceux «|ui ont eu le honlieur de le roniiaitre, et je conqiterai toujours parmi les circonstances les plus heureuse> de ma vie, qui n'en oITre pas beaucoup de seMd)lables, le^ douces lelations tjui, pendant vin^l ans, ont suhislé, san-« nuaj,'es, entre M. votre père et moi. Ce sont des pertes qui ne se réparent point. Mais si elle- augnicntiiit la tri>tessc du vieil âge, elles font aussi qu'on en prévoit le terme avec une esp -rancc pleine de joie.

« Veuillez, vous et .M. votre frère, recevoir, Monsieur, l'assurance de nies sentiments affectueux et dévoués,

■ F. Lamennais. ■ H

c'est que le supplice des parricides. On lui indique charitablement les moyens à prendre pour s'en passer la fantaisie. 11 fera sonner les cloches, il assemblera voisins et voisines, convoquera même, pour plus de sûreté, les notables du Heu elles autorités dites constituées; puis, quand tout le monde sera bien attentif, il se mettra en devoir de forcer le tabernacle et de profaner les saintes hosties, en disant à ceux qui seront là : « Regardez bien, vous autres, afin que je ne perde pas mon temps, et que vous puissiez légalement déposer du fait ! »

Si, après cela, il avait le malheur d'être privé de la potence, il n'y aurait pas au moins de sa faute, car il serait parfaitement en règle, au jugement de M. de Breteuil. Pour ceux qui refuseront de prendre toutes ces précautions, difficiles à la vérité, mais nécessaires, la Chambre prononce contre eux la peine... du remords.

Imaginez- vous, monsieur le marquis, quatre cents. . — je ne sais que dire, le mot me manque pour désigner cette espèce d'êtres, — qui écoutent gravement des choses de celte force, et déhbèrent, et votent, et croient sérieusement faire une loi.

Mon frère, qui est à Paris depuis quelques jours, aura été fort empressé d'avoir l'honneur de vous voir. Je ne sais, moi, quand j'aurai ce plaisir, et pourtant il serait bien doux de causer avec vous une heure ou deux. Les sujets ne manqueraient pas; il n'y en a que trop d'un certain genre. Je m'attends à ouïr de belles choses de la part de nos députés. Si vous savez ce qu'est devenu le bon sens, faites-moi la grâce de me le mander.

Vous voyez assez souvent M"™^ la marquise de Talaru ; oserais-je vous prier de. lui offrir mes respectueux hommages? Elle est du nombre, chaque jour plus petit, de ceux qui voient et qui entendent. Je vous quitte à regret, monsieur; veuillez quelquefois penser à moi comme à l'une des personnes du monde qui vous respectent et vous aiment le plus '.

* Lettre supprimée : — A M- If baron de Vitrollcs. La Chênaie, le '21 mars 1825. — Lamennais s'explique sur l'accueil fait à ses deux derniers écrits : 1" Du projet de loi sur le Sacrilège, l^aris, au bureau du Mémorial catho-

df: lvmen!^ais. m

"l. — \ll Ml MK.

A la ("licnaic. le 13 mars 18^25 ^

Il est tout naturel qu'on vous néglige, monsieur le niar^juis, quand on accueille messieurs tels et tels; il en est plus détruis que je pourrais nommer, et, pourtant, je ne sais pas le nom (le tous ; il s'en faut, grâce à Dieu.

Moquons-nous de notre siècle, monsieur, et rions-en, toutes les fois qu'il voudra bien nous le permettre, en n'excitant pas l'horreur. On ne sait trop à quoi s'en tenir à cet égard avec nos députés; ils penchent tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, (M1 cherchant leur juste miheu, qui n'est pas le milieu de la juslice. Je ne crois pas que, depuis le commeucemenl du monde, on ait I ien vu, rien entendu de semblable à ce que nous enl endons et à ce que nous voyons. Il faudrait remonter plus haut que Petit-Jean pour trouver un terme de comparaison. Cependant M. de Villèle, avec sa loi d'indemnités, ne ressemble pas mal au serpent montrant à Eve la ponnne fatale ; et, comme il ne man({ue pas de fds d'Eve dans la Chambre, la pomme de M. de Villèle leur paraît aussi quelque chose de bonum ad visendum, et pulcJintin ociilis, aspectuque delectabile. Après cela, le reste vient de soi-même : Et tulit de fructu illiiiSj et comedit : deditque vivo suo (la Chambre des pairs) qui comedit. Avouez, monsieur, qu^en ce triste monde la fin répond bien au commencement.

lique ; in-8" de 19 pages réimprimé, en 1820, dans les Liouveaux Mélanges, "t Du projet de loi sur les Congreyatious religieuses de femmes, piésenté à la Chambre des pairs, le i janvier 182.'»; iii^" de 50 pajies, publié de même, et réimprimé, en iX'-iO, dans le même recueil. — « ...Le duc de Brissac me conta, mercredi dernier, que, «linanl chez le Garde des sceaux, celui-ci ne l'cntrelinl, loul le temps du diiicr. que de votre brochure, (|ui lui tient tort au cœur. Après cela, voulez-vous savoir ce qu'on en dit dans le iirand monde? On dit que n vous avez raison, mais que c'e>t trop Tort. » Je m y attendais et vous vous y attendiez. Laissez-les dire, et dites ! » — M. deCoriolis à Lameii' nais, i février 1825.

* Lettre supprimée: — A M"' la baronne Cltampij, 13 mars 1820.

Mon frère a vivement senti le plaisir de passer avec vous quelques moments toujours trop courts. Ces moments-là sont loin de moi, et, plus ils s'éloignent, plus je les regrette. 11 existe aujourd'hui si peu de gens qui aient une langue commune ! Ce n'est cependant pas la confusion de Babel : il y a la différence de la division à la destruction.

Quoiqu'on ne sache plus que croire aujourd'hui, croyez, monsieur le marquis, que vous avez au fond de la Bretagne quelqu'un qui vous est, et à jamnis, bien tendrement dévoué*.

ôo, - AU MEME.

A la Chênaie, le 28 mars 1825.

Il est bien vrai, monsieur le marquis, que lorsque vous m'avez fait l'honneur de me marquer un attachement qui m'est si doux et dont je suis si fier, ce n'était pas la faveur publique qui vous entraînait. Je ne crois pas qu'homme ait élé plus en butte aux injures et aux criailleriesque je le suis depuis quelque temps, et tout cela pour avoir eu raison contre deux prélats en crédit qui, pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grnnd avantage de la Religion, avaient jugé à propos de faire publiquement une demi-abjuration du cbrislianisme. J'éprouve tous les jours une chose que j'aurais crue impossible, c'est un accroissement de mépris pour les hommes de ce temps. Je n'aurais jamais pensé que la nature humaine pût descendre si bas ; elle a passé mes conjectures et mes espérances. J'ai beau chercher dans ma mémoire, je ne trouve rien à comparer, même de loin, au spectacle que nous offre la Chambre des députés. Cela est certainement nouveau sous le soleil. Jamais on n'avait vu une dégradation si burlesque et une corruption si bêle. Je défie l'avenir de croire au Moniteur de cette année; il n'y a

* Lettre supprimée : — A M. le baron de Vitrolles. La Clion:iie, le 21 mars 1825. Consolations à l'occasion de la mort de M™* de Vitrolles (mère).

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point do caracUMO offunol qui puisse rendro vraisomblablo une bassesse pareille et un pareil idiotisme. Pion Dieu, où allonsnous? et qu'y a-t-il au bout de ee eheiiiiii-l;'i ? .)•' le dirais bien peut-être, mais vous le savez mieux (jue moi.

J'écris aux rédacteurs du Mévwrial pour leur annoncer que vous voulez bien pennettre qu'on réiuiprime dans leur recueil voire bel article sm* l'indécent usage que des laïques prononcent des discours aux inbumations *. J'ai envoyé quelques lignes pour joindre à vos réfiexions. Force m'a bien été d'être court, car vous n'avez laissé rien à dire.

Mon frère est extrêmement toucbé de votre souvenir; il me cbarge devons prier d'agréer ses hommages. Recevez aussi les miens, et l'assurance d'une amitié qui ne s'affaiblira jamais.

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