‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 25 sur 140 · A M. BEHRYER · texte numérisé non relu

A M. BEHRYER

A la Chênaie, le 22 j;invier 1825.

Vous avez su par M. de Vitrolles mon arrivée, mon cher ami. J'avais besoin, grand besoin du repos que je trouve ici. J'espère cependant n'y pas perdre tout à fait mon temps. J'achève une petite brocbure sur la loi du sacrilège -, et je pense que je pourrai l'envoyer à Paris dans trois ou quatre jours. Et vous, cher, que faites-vous? Comment va votre santé, celle de jyfme Berryer, celle d'Arthur? J'offre à la mère mes vœux, mes honnnages, et j'embrasse le fils tendrement. Que nous serions bien ici, loin du tumulte et de l'ennui de ce monde au milieu

* Lettres supprimées : — A M. le baron de Vitrolles. Rome, 2i juillet, 24 août. Paris, 17 octobre 1824. La Chênaie, 15 janvier 1825. — A M""" ta baronne Champy. Paris, 19 octobre 1824.

- Présentée à la Chambre des Pairs le 5 avril 1824, disculée le 30 et jours suivants, votée le 1"' mai par 15G voix sur li7, portée à la Chambre des Députés le 8 mai; la discussion en lut ajournée par le minislcre. qui crai-;nait d'y trouver une opposition trop forte, In projet nouveau fut présenté à la Chambre des Pairs le 4 janvier 1825, voté le 18 février à une faible majorité, porté le 17 mars à la Chambre des Députés, et enfin volé définitiven)onl le 15 avril par 210 voix contre 95.

(liiquol VOUS vivez! Qu'il serait doux de philosopher enseiiihlr, et (le voii- de loin ces tempêtes et ('es nuiirrjjf^es de lu politirpie dont le speclaele e>t trop près de vous! Dulce^marimufinOy... Mais les alVaires, mais le devoir vous retiennent là où vous êtes. Je vous plains de ce travaille voudrais l'alléger, et je contribue pour ma hoime pari à en ajj^fçiaver le fiirdeau. Voih'i que je me vois eneoi'e ohli^^^é de recouiii' à votre amitié inlati^nhle pour ternn'ner quel(jues détails embarrassants de ma triste affaire... Mille et mille pardons, cher ami; une fois cette affaire Cosson finie, je vous importunerai bien moins souvent. Je suis honteux d'abuser de vos bontés à ce point ; il faut, pour ne pas m'accuser d'une extrême indiscrétion, que vous m'aimiez un peu comme je vous aime *.

T>± - \ MADEMOISELLE DE LUCINIÈRE.

A la Chênaie, le 14 lévrier 1825.

Vous trouvez donc, mes bonnes amies, que je suis quitte envers les personnages que vous me nommez? Eh bien! à la bonne heure, c'est loujours cela. Il reste assez, quoi qu'on fasse, de dettes de ce genre au bout de Tan, et ce n'est pas chose facile que de tout acquitter. J'y ferai de mon mieux, c'est tout ce que je puis promettre, et après tout cela, tant pis pour ceux qui ne seront pas contents. Mandez-moi tout ce que vous entendrez dire, sûr ou non; cela sert toujours. La voie par laquelle vous m'avez écrit est la meilleuie, de toutes les façons. Contiimez, mes chères sœurs, et qu'il ne se passe point de semaine que je ne reçoive de la rue des Postes un bulletin circonstancié. Je ne promets pas de répondre avec une exaclilude parfaite, à cause de mes occupations, mais le ra^ir rendra gi'àce, et c'est l'essentiel.

J'ai fait la même réflexion que vous au sujet du pauvre abbé

' I-oltre supprimée : — A M. le baron de Vitrollea. I-a Clienaio, l février 1825.

Le Tourneur. Son avenir m'inquiète. Yiendra-t-il ici? Reslerat-il là? Peut-être ni l'un ni l'autre. Il a de vieilles habitudes à Paris, et je crois qu'il préférera ce séjour à tous les autres. Mais encore pourtant faut-il vivre. Je prie Dieu qu'il Téclaire et qu'il veille sur lui.

Si vous connaissiez quelques âmes chrétiennes, quelques braves gens qui fussent en état de concourir à une œuvre dont résulterait, je crois, la gloire de Dieu, je sais bien leur affaire. Une s'agit que de 25,000 fr. On les cherche; les trouvera-t-on? Je ne voudrais pas en répondre, mais je ne veux pas non plus en désespérer. Mille choses à Angélique et à Constance quand vous leur écrirez. Amitiés à M. Carissan et à W^^ Dufau. J'embrasse ma chère petite Hélène. Souvenirs à tous vos bons domestiques. M. Gerbet s'arrange très-bien de la Chênaie, et la Chênaie s'arrange émerveille de M. Gerbet ^ Présentez mes compliments au bon M. Rey. Le printemps a envoyé devant lui quelques beaux jours vous visiter. Je désire qu'ils aient mis chez vous une carte en passant, car, hélas! ils ne font que passer. J'offre mes hommages à M"^« Dufresne, et pour vous, mes bonnes amies, je vous embrasse aussi tendrement que le permettra M. Fauvel.

ÔZ. - A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS D'ESPINOU^E «.

A la Chênaie, le 15 février \%"2b.

Votre amitié, monsieur le marquis, vous a fait illusion sur le faible mérite de mes deux brochures; et voyez, j'ensuis plus

< M. Gerbet (Olympe-Philippe), né en 1798, ci-devant vicaire général de Paris et d'Arniens, nommé évêque de Perpignan par décret du 19 décembre 1855.

-Nous devons à l'obligeance de M. le marquis de Coriolis une note biographique dont nous plaçons ici l'extrait :

« Charles-Louis-Alexandre, marquis de Coriolis d'Espinouse, était issu d'une des plus anciennes familles de Provence, originaire d'Italie. Il naquit à Marseille le 19 septembre 1770, et fut élevé à Juilly.

« Ses goûts littéraires lavaient rapproché de Jacques Delille, dont il fui

ni; I.AMK.N.N.MS. ISO

flallé encore que s'il y nvail iFioiiis de (aveiir dans le juj^emenl qne vous en portez, car je liens pai-dossns tout ;i celle estime du cauM' (jui es! si honorable (juand c'est le vôtre qui l'accorde.

Je trouve que la Chambre des pairs va, chaque jour, se surpassant elle-même; on ne sait où elle s'ai-n'-torM. Que ditesvous de l'heureuse idée de la Commission du sacrilège, (jui, pour être bien sûre que justice ne s'y trompera pas, ne reconnaît de profanations que celles qui auront été commises en présence du public, sans doute par celui (jui, — n'avant pas de père, — serait pourtant bien aise d'expérimenter ce que

longtemps Tanii et, en quelque sorte, le disciple po'tique. IMusicurs écrits do lui lurent inscn's, sous l'Empire, dans divers recueils littéraires. L'un deux, la Messe de Minuit, parut dans le Mercure, et fut reproduit dans le Journal des Débats.

a A la Ueslauration, il s'enrôla parmi les défenseurs du système politique inauguré par la rentrée des Bourbons, et se fit remari{uer par lardeur de ton dévouement. Ses relations avec l'abbé de Lamennais se formèrent au Conservateur, où ils défendaient les mêmes idées, où ils avaient des amis communs. De là une liaison étroite que ni le temps, ni les événements n'ont jamais atteinte. »

M. le marquis de Coriolis est mort dans la nuit du 7 au 8 janvier 18it. Voici la lettre que Lamennais écrivit en cette occasion au fils de son vieil nmi :

Page 1