‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 33 sur 140 · A M. 1,1. MARQUIS DE COniOLIS · texte numérisé non relu

A M. 1,1. MARQUIS DE COniOLIS

A la Chênaie, le 18 août 18'2Ô.

Oui, certes, monsieur le marquis, je garde les lettres que vous me faites l'honneur de m'écrire; je les garde pour qu'on saciie un jour qu'en Ki-ance, en i8'2r), il y avait encore de l'esprit, de la raison piquante, des sentiments élevés, et tout ce que M. de Villèle serait fort embarrassé de faire coter à la Bourse. Ne le plaignez-vous pas de l'insurreclion qui a éclaté parmi ses sujets- à l'occasion de ces tristes et malencontreux trois pour cent ^ qui devaient, disait-il, ravir tout le monde, lui d'abord, et ensuite ces benêts de rentiers, auxquels il n'a jamais pu faire comprendre qu'avec quatre francs de revenu ils seraient bien plus riches qu'avec cinq? Mêlez-vous, après cela, de persuader les hommes; il y a de quoi se dégoûter du raisonnement, et ce serait, selon ma doctrine, une belle occasion de revenir au sens commun. Je doute fort que ce soit l'avis de messieurs nos ministres^ comme les appelle respectueusement une vieille femme de ma connaissance. Vous avez vu, dans les Débals, connue il a plu à M. de Corbière de retrancher 4,G00 fi*. que l'Académie des hiscriplions employait, chaque année, en distribution de médailles aux personnes qui s'occupent avec le plus de succès de l'étude, aujourd'hui si négligée, de nos antiquités nationales. Cet hoiume, — pardon, je veux dire M. de Corbière, — a des idées qui ne sont qu'à lui, et, connue ses manières ressern-

* LcUre supprimée : — .1 V. le baron de Vilrolles. La Chênaie, 10 août

- M. Dudon cl plusieurs autics membres du parli ministériel avaicnl parlé conîrc la loi d'amortissement.

blenl beaucoup à ses idées, je proposerais de le surnommer Diogène-Vandale.

J'attends impatiemment le petit dialogue que M. de Salinis doit m'apporter de votre part S et je vous remercie d'avance du plaisir que j'aurai à le lire avec deux ou trois personnes faites pour le goûter et capables de l'apprécier. Quant à l'idée d'envoyer à liome la Prophétie que vous appelez votre Songe -, elle me paraît excellente; mais le mieux semit, sans contredit, que vous l'adressassiez directement au Pape, avec une lettre, par l'entremise du nonce. Cela ne souffie aucune difficulté, et le Saint-Pére sera certainement touché de cet hommage dont il est digne. En allant me jeter à ses pieds, j'ai passé par votre patrie, cette ancienne Coiioles, aujourd'hui nonnnée Bolsène. Située sur le bord du lac qui porte le même nom, la position en est charmante On aperçoit dans ce lac deux îles, et l'une d'elles rappelle un grand crime, l'assassinat de la reine Amalasonte, que son mari Théodat fit étrangler pour régner plus à l'aise. 11 faut que le pouvoir ait toujours eu bien de l'attrait. Le souvenir de cette scène horrible, dans un des lieux les plus riants que la nature ait formés, produit une impression profonde. Du reste, Corioles n'est plus qu'un misérable boiu*g. Nulles traces de son antique splendeiu' : Etiam pcriere ruinx. Si les Volsques revenaient au monde, ils pourraient dire comme nous : Adieu 'paniers^ vendanges sont faites l ils ne retrouveraient pas même des trois pour cent. Ce que vous retrouverez toujouis, pendant que je vivrai, c'est une amitié inaltérable, et un dévouement pareil en tout à cette amitié.

^ Ps'jcon et Chri/sès. — « ... Je voulais vous envoyer un petit dialogue en vers que j'ai lu à ces dames, et oii l'on a trouvé une peinture assez naïve He ces IMiilintes qui nous taxent rie lailulerie. Je lai donné à Michaod, qui croira avoir emporté l'tolémais s'il le fait admettre par la Quotidienne, p — M. de Coriolis à iMmennais^ 12 août 1825.

- Le Songe de Clovis, mentionné déjà.

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