A M. LE MARQUIS DE CORIOLIS
A la Chênaie, le 10 septembre 1825.
Vous avez bien raison, monsieur le marquis, et nous vivons dans un drôle de temps. Après la reconnaissance touchante de S. M. Catholique, qui fait couper le cou à ceux qui l'ont replacée sur le trône, viennent les 7tvires amitiés de M. de Villéle, qui a l'air de se ménager, aux dépens de la France et des colons, une retraite à Haïti ^. Ce sont les trois pour cent de la morale et de la politique. Je ne doute pas que la Religion n'ait aussi les siens, et l'on peut s'en rapporter à monseigneur d'Hermopolis. La session prochaine sera une des scènes les plus curieuses de cette grande parade qu'on appelle le représentatif. Et, à propos de cela, dites donc, je vous prie, à M'"'^ de la Trémoille, que le galhcisme n'est que le représentatif dans l'Église. Avec autant d'esprit qu'elle en
* Il y a là-dessous une allusion toute bretonne — bretonne et normande sans doute — qui nous échappe, et que bien des lecteurs seront à même d'expliquer.
- Lettre supprimée : — A M. le baron de Vitrolles. La Chênaie, le 51 août 1825.
* ... « Où trouver un bonnet d'une pour ce ministère qui se laisse traîner à la remorque par ces hérétiques d'Anglais, conmie disait Buonaparlc, cl cela au nom du Roi Très-Chrétien; qui souffre^qu'ils régnent chez le Roi Très-Fidèle, et qui vend les blancs d'Europe aux noirs de Saint-Domingue, moyennant 150 millions pour le payement desquels M. de Villèle a sans doute des huissiers à faire marcher, s'il n'est pas t'ait honneur à réchéance de fui décembre. » — M. de Coriolis à Lamennais, 29 août 1825.
DK LAMENNAIS. iJ.)
a, cl do 1)011 esprit, la qucslion sera jii^«'0 pour elle. J'en dirai pourtant (juclquc aulie chose eiieorc dans la seconde parlie de ma biocimre', car luul le inonde ne sauiail (Hrc Irajjpé des mêmes raisons. Mon chagrin est que ce travail n'avance pas comme je le voudrais. On n'est guère en étal d écrire quand on souffre, et avec une (lis[)Osition haliilucdle à l'êvaiiouissement. Ouanl à la nouvelle altaque de .M. de Felelz dans les Débats, le Mcmorial s'esl chargé d'y répoudre. Je serai charmé d'y lire votre ch;jpitre sur ï Hypocrisie, et l'abbé de Salinis, ([ui vous offre ses hommages, aura riioniieur de vous voir à son retour à Paris, et de vous rappelei* nos espérances. Le Dialoijue de Psijcon çt de Clirysès- est plein de sel et d'une raison fine et piquante. C'est encore vous. Peignez nos mœurs, monsieur le marquis, nos opinions et les effets de nos opinions, nos travers, nos ridicules, nos inepties, nos bassesses : il y a là de quoi tenter un talent tel (jue le vôtre. Je craindrai^ seulement qu'on vous accusât de défendre votre cause personnelle, en vengeant le bon sens et le bon goût; mais où ne se Irouve-t-il pas des inconvénients? Si je voidais faire un jeu de mots, je dirais que M. de
Ch se débat^. A force d'esprit, il est parvenu à
jouer le rôle de l'homme qui en aurait le moins; et, pai' malheur, il le joue en maître. Des opinions fausses l'ont conduit dans une posilion fausse; et, pour en sortir, il fausse encore ses opinions. Cela me paraît un cercle terriblement vicieux. Depuis quatre ans, je n'ai pas eu à me louer de M. de Ch ; mais j'avoue que je ne saurais me défendre d'une grande pitié, en voyant M. Fiév...* tendre d'en haut la main à l'auteur du Génie du Christianisîue. Ohî qu'un peu d'orgueil serait souvent ulile à la vanité! Voilà i\n
* De la Religion considérée dans ses rapports avec tordre politique et civil. La première partie avait p;iru en IS'io; la seooiule fut pnhii'o eu IS'iO. Cet ouvr.ige, dans la dcriiièrt l'ditioi» des OKnrres complètes de Lamennais (publiée par l'tMlilcur l'a^nerre), porte ce titre nouveau ; Du Catholicisme dans ses rapports arec la société politique
- Composé, nous l'avons dit, par M. de Coriolis.
'' M. de Chateaubriand, qui écrivait alors dans les Défais.
* Fiévéc. rédailcur polilique du Journal des Dél>ats.
mois que mon frère voyage pour \isiter ses établissements, qui s'accroissent d'année en année. Il sera aussi sensible à votre souvenir que je le suis moi-même à l'affection que vous voulez bien m'accorder. Adieu, monsieur le marquis; je ne vous redirai point avec quelle tendre estime je vous suis dévoué.