‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 36 sur 140 · A M. BERRYER · texte numérisé non relu

A M. BERRYER

A la Chênaie, le 18 septembre 1825.

Si je ne vous ai pas écrit, mon cher ami, c'est qu'outre mille occupations, j ai été extrêmement faible et souffrant. Je ne sais d'où cela vient, mais il ne se passe guère de jour où je n'aie des espèces d'évanouissements. Cela finira, mais vous concevez que je n'ai pu guère m'occuper d'une affaire qui me fait beaucoup de mal toutes les fois que je suis forcé d'y penser.

J'ai écrit deux fois à notre ami', et je n'en ai point de réponse. Gela m'afflige, car ce silence n'est pas dans son caractère. Je conçois bien peu de cbose à son état. Jouissez de la campagne, mon cber ami, pendant les beaux jours qui nous restent, et, en vous promenant sous vos ombrages, songez qu'on pense à vous et qu'on vous aime sous d'autres ombrages lointains. Hélas! comment ne vous aimerait on pas! Vous êtes si bon, cber. Mon pauvre cœur se repose dans le vôtre, et là il sent que tout n'est pas tristesse et douleur sur la terre. Âimez-moi aussi, cber, et dites-le-moi; cette douce parole va bien avant; elle ranime mon âme, qui plie quelquefois sous le poids de tout ce qui la presse.

Mille tendres liommages à M""^ Berryer. J'embrasse notre cber petit Arthur, et son père, s'il me le permet. Mon frère vous offre une amitié inaltérable comme la mienne-.

M. de Vitrolles.

'-^ LcUre supprimée : — A M. le baron de Vilrolles. La Clicnaio, le r»0 septembre 1825.

4(;. — A M. l.i: MAP.QUIS DE COIUOLIS.

A la Clicnaie, le \2 octobre 1825.

H faut êtiv ù(juitnl)h' eiivors messieurs des Débats; il leur serait assez difficile de trouver une transition de leur prose à vos vers; et je conçois qu'ils y rêvent lon<^leinps. Vous savez mieux que moi qu'aujourd'hui justice, raison, j5^oût, bon sens, tout est subordonné aux intérêts de coteries ou de factions; el, si le divin Homère se présentait pour la première fois avec son Iliade, avani déjuger le poëme et d'en parier, on s'informerait d'abord si l'auteur est libéral, doctrinaire, politique ou ministériel. Votre Prophétie* est, pour certaines gens, ce que serait une bulle du Pape pour l'archevêque de (^anlorbéry. A coup sûr, il n'y verrait quune idée pdrticulière opposée à ses idées particulières; et voilà justement où vous en êtes avec les Débats^ qui, s'ils avaient la force en main, porteraient peut-être l'esprit de conséquence aussi loin que les Espagnols ; rien ne m'étoniierait de pareilles gens. Car enfin, monsieur, n'oubliez pas que vous êtes, suivant eux, un révolutionnaire, puisqu'il rfy a plus rien de révolutionnaire en Europe que les entreprises du despotisme, ainsi que nous l'apprenait dernièrement M. Fiévée. Or je vous soupçonne fort de favoriser ces entreprises du despotisme, et vous aurez bien de la peine à sortir net du procès qu'on vous en fera. Mais, de grâce, voyez le progrès : que de pareilles choses soient dites, en 1825, sous la bannière de .M. de Ch !

Et cette année 18*25 n'est pas encore finie; nous en entendrons bien d'autres, si je ne me trompe. Les esprits se précipitent et })récipileiit la société dans un abîme dont nul ne coimait le fond. Je délie; tous les partis de dire ce qn ils veu-

' On sait qu'il L'ul oiiloiulre par là le poëme de M. de Coiiolis, le Songe (if Chwis, dont il ;i clé déjà question plus duiio fois, et dont le Journal litf! D<7/«/a' ajournait sans doute le compte rendu.

lent; les imbéciles seuls l'essayeraient. On travaille aveuglément à détruire, et puis c'est tout. Le succès en ce genre a été si grand, qu'il ne reste pas même d'éléments pour reconstruire après le bouleversement inévitable qui nous menace dans un avenir prochain. Maintenant, tous les efforts se réunissent contre la Religion; elle est le seul ennemi qu'on craigne. Il ii'iSt pas jusqu'à M. de Montlosier qui ne reproche à ces pauvres ministres « l'influence qu'ils ont, dit-il, laissé prendre au clergé. )) Les bras tombent de surprise; mais, enfin, voilà ce qui s'imprime; voilà le canevas sur lequel une demi-douzaine de journaux et des brochuriers sans nombre brodent chaque jour leurs imperliner.ces, leurs sottises et leurs impiétés. On pousse de toutes parts à une rupture avec Rome et à l'établissement d'une Eghse nationale, d'une Église représentative, qui ne représenterait que la folie, les funestes opinions, le doute pratique, la bassesse et la lâcheté des temps actuels. On poursuit l'ordre jusque dans le sein de Dieu même. Certes, jamais le monde n'avait rien vu de semblable, et nous verrons mieux encore; ce n'est là que le commencement.

Ma santé est si mauvaise, que je n'ai pu encore reprendre mon travail. Ménagez la vôtre, monsieur le marquis ; elle est précieuse aux gens de bien, précieuse à tous vos amis, et à nul autre plus parlicuLèrement qu'à voire dévoué.

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