‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 65 sur 140 · A M. LE COMTl", DE SENFFT · texte numérisé non relu

A M. LE COMTl", DE SENFFT

Paris, 22 janvier 1827.

J'ai reçu toutes vos lettres, si bonnes, si aimable?, si tendres, jusqu'à celle de M™*= la comtesse de Senfft, du 14 janvier. Je suis fort en retard dans mes réponses, à cause de je ne sais combien de misères qui se sont succédé sans interruption : des souffrances continuelles, des affaires multipliées; et puis il m'a fallu changer de chambre, et celle que j'occupe mainte-

— se déclara néanmoins incompétente. Fort de cet arrêt, M. de Monllosier se décida à solliciler l'intervention du pouvoir politique. Il adressa sa Dénonciation à la Chambre des pairs. Le 48 cl le 15) janvier 1820, s'engagea un vif débat sur le rapport de la commission nommée pour l'examiner. Ce rapport concluait au renvoi de la Dénonciation au président du conseil, « pour la partie relative à l'établissement, en Franct', d'un ordre monastique non autorisé par le roi. » M. de Ronald, le duc de Fitz-J;Mnes, le cardinal de La Fare, l'évèque d'IIermopolis, combattirent en vain ce renvoi. Les conclusions du rapport furent adoptées à la majorité de 115 voix contre 75.

liant est lellpin»»nt ^daciahî et glac»''e, que plusieurs jours se sont passés avant (pie mes doi<5^ls pussent tenir une plume. Je commence depuis hier à me récliaulfer un peu, et je profile de ce moment pour reprendre ma narration.

Presque tout le monde ici s'accorde à regarder la guerre comme inévitable. Si elle a lieu, elle ^era le fruit de la lâcheté de M. de Villéle, car l'Angleterre ne la voulait pas, et jamais elle ne se serait avancée comme elle l'a fait, si la France n'avait promis, pour elle-même et pour TKspagne, plus qu'elle ne peut tenir aujourd'hui. L'énergie que déploie la nation espagnole, la prévoyance et le ])on sens qui déterminent ses résolutions sages et hardies, sont bien remarquables dans le temps présent. La France, avec un milliard d'impôts, ne pourrait, sans emprunts, soutenir la plus petite guerre. L'Espagne, désorganisée, privée de gouvernement, d'administration, de finances, fera, s'il le faut, une guerre de dix ans; la foi, l'honneur, lui tiennent lieu de tout, et elle les oppose sans hésiter à la puissance de l'Angleterre, qui tremble des suites d'une pareille lutte. Est-ce assez frappant? La décision de la Chambi-e des pairs sur la pétition de M. de Montlosier présage la chute prochaine des lésuites. Us ne résisteront point à l'entraînement des choses, et c'est ce qu'ils ne comprennent pas. Ils n'ont rien fait, absolument rien de ce qui pouvait leur donner de la force. 11 n'y a pas d'exemple d'une nullité pareille ; leurs plus chauds amis en conviennent franchement, et s'élonnent de ce qui pourtant n'est pas difficile à expliquer. Je crois cette Société finie. Ses connivences avec les gallicans, avec les persécuteurs de l'Église, mille autres faits que je ne puis raconter, m'ont éclairé sur elle, sur les vices inhérents à son organisation, et qui remi)ècheront toujours d'opéivr le bien que beaucoup de gens, et moi le premier, s'en étaient promis. A tout prendre, elle a fait plus de mal que de bien en France. Ses gaucheries, ses intrigues, ses petites finesses, ses petites menées soiu'des, ont fait un tort infini à la lleligion, à laquelle sa cause est intimement liée aux yeux du publie. Uien de plus respectable, de plus exenq)laire que les individus : on ne peut ni les tro[) louer, ni les estimer trop ; mais plus je considère le

Corps dans son ensennble, plus je suis persuadé que les inconvénients en passent les avantages.

Le ministère ecclésiastique continue de poursuivre les professeurs des séminaires et des collèges qui s'avisent d'être catholiques romains. Il profite pour cela de la faiblesse de certains évéques. Il vient de faire renvoyer du séminaire de Cahors, à cause de ses bonnes doctrines, un lazariste plein de mérites, nommé M. Brioude.

Vous avez entendu parler de cette croix lumineuse qui a tout à coup paru dans le ciel, au moment même où se faisait la plantation de la croix, à la fin d'une mission près de Poitiers *. Des procès-verbaux de cet événement extraordinaire ont été envoyés par le préfet au ministère, qui s'est bien gardé de les publier. M. le Dauphin a paru surpris que Dieu montrât si peu de prudence dans ce moment-ci : « Cependant, a-t-il ajouté, il est bien le maître. »

Encore un trait pour la comtesse Louise. Le graveur de ma médaille me racontait que son père lui avait fait faire sa première communion deux fois. « C'est une fois de plus que de coutume, lui dis-je. — Oui, reprit-il; mais, connne c'était pendant la Révolution, il me fit recommencer deux ans après. »

Le frère de M"" la duchesse d'Anhalt m'a fait l'honneur de venir me voir hier. C'est un esprit très-distingué et une âme bien droite. 11 m'a dit que c'était Y Essai qui l avait converti.

* Le dimanclic 17 décembre 182G, à Migné, au moment où se lerminail une station du jubilé par l'érection d'une croix, — el justenieiil lorsqu'un des prédicateurs rappelait aux fidèles la croix que virent autrefois Constantin et son lils en marchant contre Maxence, — « on vit, disent les procèsverbaux, une croix lumineuse à cent pieds du sol... Sa longueur paraissait être de quatre-vingts pieds... ses proportions étaient très-régulières, et ses contours déterminés avec la plus grande nelteté sur un ciel sans nuages. Le pbénomène dura, sans altération, durant une demi-heure, et la croix disparut seulement lorsque la procession rentra dans l'église. »

Un rapport, en date du 'l'I décembre, signé de trois ecclésiastiques, du maire de Migné et de son adjoint, de deux membres de la fabrique, d'un maréchal-des-logis de gendarmerie, d'un ancien adjudant sous-officier, et de quarante et un autres témoins, établit que les choses se sont ainsi pa.<sées devant deux à trois mille spectateurs. — « Il y a des miracles tant qu'on y croit, a dit quelque pari Lamennais. Dès qu'on cesse d'y croire, il n'y en a plus. »

DE I.VMKNNAIS. «97

Je VOUS quille, car mos doi»,4s sout tout engourdis par le IVoid. Si l'on n'avait besoin que du cœur pour écrire, ce serait bien plus doux; inaisji; ne finirais jamais. Je compte sur vos bontés pour acheminer les lettres ci-jointes *.

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