‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 78 sur 140 · G. — A M, BERRYER · texte numérisé non relu

G. — A M, BERRYER

Le 13 juillet 1827.

M. Laborie m'a envoyé, mon cher ami, l'Éloge du duc d'Enghien par son fils. Je lui écris pour le remercier; mais, ne sachant point son adresse, je vous envoie ma lettre, avec prière de la lui faire parvenir.

Dites donc à la Quotidienne de cesser cette espèce de petite controverse avec le Moniteur. A quoi cela revient-il qu'à affaiblir la cause qu'on ne peut pas défendre? Qu'elle doinie les nouvelles officielles, le piiv des truffes, des pâtés d'Angoulème et de Périgueux ; le reste, chacun le dit et le pense : on peut s'en rapporter au public pour cela.

Il n'est bruit dans les provinces que de création de pairs et d'élections nouvelles. Je crois plus aux pairs qu'aux élections; la chance me parait Irop hasardeuse pour qu'on y sacrifie une ou deux années à j)eu près certaines. Ce fade liquide qu'on

appelle indifférence a lûiirné à l'aigre depuis quelque temps. Et. puis, les illusions, tant générales que personnelles, se sont dissipées. Je ne conuais de vrais ministériels, en France, que dans le Conseil du roi et dans la Chambre des députés. Sesmaisons et Dufougeray ^ ont écrit dans nos départements pour essayer de ramener un peu les esprits à leurs patrons, disant que « le sort de la monarchie était inséparablement lié à celui des ministres, etc. )) Ces bêtises, auxquelles on avait cru il y a deux ans, ont produit l'effet tout contraire à celui qu'on s'en promettait. On s'en moque et on s'en fâche; le bon sens sourit avec amertume, et 1rs sots disent : Nous p^enneml-ils donc pour des sots ?

On vient de m'envoyer la dernière brochure de Tabbé Clausel. Je ne me serais jamais persuadé que la rage pût aller jusqu'à cet excès. Et voilà le confident, l'agent, le conseiller de Frayssinous !

Vous avez, mon ami, trop cru à quelques-unes de ces paroles qui ne coûtent rien à de pareilles gens. On vous a montré quelque chose de froid que vous avez pris pour de la modéralion, et c'était de la haine figée. Si vous saviez tout ce que cet homme avec sa double autorité-, fait dans les provinces, quelle activité pour le mal, quel zèle de persécution, « les bras vous en tomberaient des mains, » comme disait élégannnent en chaire l'archevêque de Paris.

Je ne sais si M. de V ^ est encore à Paris ; il m'écrivait,

il y a trois semaines, « que vous veniez de lui dire que mes affaires allaient finii*. » Je le souhaite bien vivement. Il me semble que désormais l'affaire est entendue, et que les juges peuvent prononcer en parfaite connaissance de cause. Si les vacances venaient avant le jugement, cela me rejetterait bien loin.

Veuillez, mon ami, offrir mes hommage à M'"*" Derryer; adieu, cher.

* M. Dufougeray, nous l'avons vu, était un des députés du déparlemenl de rillc-ct-Yilaine; M. le comte lluniberl de Sesmaisons était député do la Loire-IiiCérieure. Il lut de la promotion de pairs qui eut lieu le ô novembre 18^27.

^ M. Frayssinous, prélat et ministre.

^ M. de Vitrolles.

ni-: LAMENNAIS. 337

in. — A M ADAMi: I.A COMTESSE DK SENKKT.

Le 13 juillet 1827.

Je no sacluî point do plus grondes contiadiciions el do plus pLMiil)los, dans lo détail do la vie, que colles que vous épiouvez. Ce sont des angoisses do tous les momenls et contre lesquelles on ne se sent pas le courage de lutter. J'en puis parler avec connaissance de cause, puisqu'elles ont achevé de ruiner ma santé et certainement abrégé mes jours. A présent même, (juoique dépouillé complètement par des misérables, l'un desquels est presque ministre de la maison du loi*, je ne suis pas encore tout à fait dégagé de leurs mains salos et crochues. Au nom de votre l'epos, ne négligez rien pour sortir d'un pareil état; ne regreltez aucun sacrifice, et no renvoyez pas à domain ce que vous pouvez faire aujourd'hui, car le temps complique ces sortes d'embarras et les rend inextricables. C'osl un admirable trait de la Providence que le mieux qu'éprouve la comtesse Louise, qui vous devient ainsi un appui et une consolation inestimable. Mais ayez bien soin de votre

santé, et que iM. de S ménage aussi la sienne; c'est un

grand devoir pour lui. Allons chaque jour avec les forces de chaque jour, pleins de confiance en Celui qui nous guide et qui ne nous abandonnera pas.

Il a paru un nouvel écrit de Clausel. Ce sont toujours les iriêmes fureurs et la même rage de destruction, et les mêmes folies, et les mêmes mensonges. Il se moque du Pape et des Biefs où il approuve des ouvrages dans lesquels lui, Clausel, a montré plus de mille erreurs. Son principal objet est de provoquer la dissolution de la Société Catholi(iui' dos Bons Livres. 11 s'identifie avec les Jésuites, rapporte la Déclaration par laquelle ils s'engageaient, avant leur suppression, à soutenir et enseigner la doctrine dos Onatie Articles, même (luaiul leur général leur ordonneiail d'y renoncer; puis, nouvelle édition des Sept Propositions supposées extraites de mes livres et

' M. do la Huiiillei'ie, intondant gént^ral de la liste civile.

proscrites parmi eux. Là-dessus il exalte leur autorité, et dit avec raison que si, dans tout cela, l'on supposait qu'ils n'ont pas été et ne sont pas de bonne foi, ce seiait les supposer les plus infâmes de tous les hommes. 11 y a eu un pacte entre eux et l'évêque d'Hermopolis. En vertu de ce pacte, ils ont livré la « défense secrète » de leur général, et se sont séparés de ce qu'on appelle « le parti ultramontain. » Tel est et tel fut toujours l'esprit de l'Ordre. 11 les conduira très-certainement là où ils sont déjà arrivés une première foés. Leurs collèges sont pitoyables pour les études et très-dangereux sous les autres rapports. Presque tous les jeunes gens se perdent en sortant de chez eux.

On continue de dire que le ministère songe à créer des pairs et à dissoudre la Chambre, pour tenter des élections qui prolongeraient son règne.

Personne ne croit à ce résultat. La haine et le dégoût sont trop grands. L'irritation contre la censure est universelle. Les sots articles du Moniteur détachent plus de gens du gouvernement que ne pourraient en détacher trente journaux jacobins.

Le parti populaire prend partout des forces; aussi lui donne-t-on beau jeu. On en a fait le parti de la raison, de la justice et de l'honneur. Voyez la Grèce qu'on laisse périr, voyez le Portugal; chaque souverain ne songe qu'à soi, à ses intérêts propres, à sa personne. Cependant il y a autre chose dans le monde; l'avenir l'apprendra à ceux qui l'ignorent.

J'oubliais de vous dire que Clausel reproche pieusement à Mah...^ d'avoir refusé un duel. Il a volé ce trait-là à un autre prêtre, à l'abbé Féletz. Enfin, vous voyez que nous avons aussi notre morale gallicane.

Mon genre de vie, seul à la campagne, est si monotone, il serait si difficile de trouver quelqu'un qui ne s'en fatiguât pas promptement, que j'ai tout à fait renoncé au projet dont je vous avais fait part. On se passe de ce qui manque : c'est un

* M. O'Malnny, dont il a di'jà été fréquemment question dans ces Lcllrcs.

mal né^'alif; mais le l(Hc-à-tùle ciilit; deux personnes qui ne se conviendraient pas serait, bien positivement, la chose du monde la plus insupportable. 11 vaut mieux n'en pas courir le risque.

Que devient le pauvre L. . '? 11 lui faudrait une girafe avec ses longues jambes pour courir à sa fantaisie. Le loi a fait venir à Saiiit-Gloud celle dont lui a fait présent le pacha d'Egypte. La cour a été enchantée, ce qui me donne une haute idée de l'animal.

On dit que M. de Brézé en est un peu jaloux'.

* I/abbé de Lowcribruck,

'^ La corresponiinnce de Lamennais subit ici une lacune qu'explique la grave maladie à laquelle il l'aillit succomber, en juillet-août tS^". Nous pensons qu'on ne lira pas sans intérêt les leltrcs de l'abbé Gerbet qui en rendent compte à la famille de Sentît.

l'abbé gerbet a m. le comte de senfft.

« A la Chênaie, 18 juillet 182T.

« Monsieur le comte,

« M. Féli, depuis sa dernière lettre, en a reçu deux de M"' la comtesse de Senfft dont il la remercie beaucoup, et auxquelles il répondrait en co moment, si l'étal de sa santé le lui permettait. 11 garde le lit, et sort d'un accès de lièvre qui a duré dixhuit heures. C'est dimanche dernier (ju'il a commencé à en res>entir les atteintes. 11 est beaucoup mieux maintenant, mais, comme par suite de celte crise il pourra être penchinl i)lusieurs jours trop faible pour écrire, il m'a chargé de vous en prévenir, afin que son silence ne vous surprenne pas. Du reste, il désire aussi que vous sachiez ipie celte crise momentanée n'est pas de nature à donner des abirmes.

« Il a reçu dernièrement une lettre de M™" la comtesse Riceini. 11 vous prie d'avoir la bonté de lui écrire, pour lui faire savoir (jnétaut malade en ce moment il ne pourra lui réj ondre aussi tôt qu'il l'aurait désiré, et qu'elle ne devra pas non plus être étonnée de son silence pendant quelque temps. 11 a reçu dernièrement la nouvelle brochure de l'abbé Clauscl, qui est la seconde contre la Société Catholique. Cette brochure est parvenue, sous le couvert du ministère des alfaires ecclésiastiques, à M. le duc de llivière, (jui l'a renvoyée à M. Frayssinous, en lui écrivant « qu'il ne pouvait croire (pi'elle lui eût élé adressée avec son auloiisalion, el « que, pour le prévenir de cet abus de contiance, il lui renvoyait ce panq)hlel sans « l'avoir lu. »

•r M. l'abbé Jean ne reviendra à la Chênaie que dans le mois de septembre ; sa santé est bouiu\

« rermeitez-moi, monsieur le comte, de terminer ce bulletin par l'expression de mon profond n.'spect. »

LE 11 EUE AU MÊME

« La Chênaie, 57 juillet 18S7.

« Monsieur le comte,

« Ma lettre de la semaine dernière vous annonçait la maladie de M. 1 éli, et a nioment où je voua écrivais sou état n'était pas loi (^ue c dusse vous alutuit r

5iO CORRESPONDANCE

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