‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 87 sur 140 · A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE SENFFT

Le 15 octobre 1827.

Quel voyage que celui que vous avez fait d'Oleggio à Turin ! Hélas! c'est une image trop fidèle et trop vraie de notre voyage sur la terre. Heureux encore loisqu'on arrive ! Je vous avoue que plus je vais, plus je me dégoûte de ce triste monde. Les peines de toute espèce se pressent autour de moi depuis deux mois, et j'en partage encore mieux les vôtres. Tâchons de ne voir en tout que la volonté de Dieu, qui nous éprouve pour notre bien; c'est la seule consolation d'ici-bas : les autres sont du ciel.

Quand vous me parlez d'aller vous rejoindre, tout mon cœur tressaille de joie ; et puis sa douleur augmente, car ce qu'il désirerait si vivement, la Providence lo rend impossible.

On dit que M. de Villèle va se donner le mérite de révoquer la censure, établie^ seub nient pour protéger le voyage du roi.

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On (lit (Micort; qu'il doit sacrifier M. de Peyronnet aux répuj^nances de la magistrature. Je ne crois aucune de ces deux nouvelles, et M. de Peyronnet, le plus élégant, le plus pimpant de nos ministres, n'est certainement pas un l)onc (pie l'ou conduise hors du camp et (ju'on abandonne dans le désert, comme cela se pratiquait sous Tancierme loi, qui n'était pas une loi constitutionnelle. Le successeur des « chevau-légers * n est devenu plus faible que son devancier. Ainsi va le uionde. Le bien, s'il y en a, n'est qu'une défaillance continuelle.

Il parait que la cause de ces pauvres Grecs défaillit aussi, malgré la puissante protection des trois Hautes Puissances. Il est vrai qu'elles ont à franchir une terrible barrière pour les délivrer : — une balle de coton et deux pièces de drap.

■Je conjure la comtesse Louise de se bien ménager pendant la mauvaise saison qui commence. Et vous aussi, madame, el vous aussi, cher comte; point d'abattement, point de ces tristesses qui usent sans fruit les ressorts de la vie. Courage, le terme n'est pas éloigné. Marchons vers lui, et ne nous traînons pas!

Je vais me retrouver seul ici, et cela ne me contrarie point.

L'abbé G retourne à Paris, où sa présence est nécessaire.

Chacun a sa tâche, sa vocation. Celle de mon frèi'e est de courir les chemins, el de semer sur son passage un bien qui germe et croît à vue d'œil. Je ne le vois que de loin à loin, et trèspeu d'instants. Encore la sainte volonté de Dieu!

Je vous dirai que l'italien m'est à présent à peu prés aussi familier que le fi-ançais. Peut-être me remellrai-jeà l'alleman;!. Ces sortes d'études désennuient api'és le travail.

Adieu, adieu! Que sainte Thérèse, dont je vais réciter l'of' fice, nous obtienne à tous une portion de l'esprit qui l'animait. Aut patiy ont mori : c'est le mot le plus beau de l'amour céleste.

' Il est ('vident que ceUo tU'notninalion sinpfulièrc s'appliquait à Mgr Lamlu-usciiini, lo nonce du l'apo, cl (pio I,ainetui.iis parle ici du pivial par lequel Mgr Lanibruscliini avait été remplacé.

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