‹ Correspondance [de] LamennaisChapitre 88 sur 140 · A M. BERRYEli · texte numérisé non relu

A M. BERRYEli

Le 'J2 octobre 18-7.

Vous avez voulu, à tout prix, en finir de cette Irisle affaire et me rendre ma tranquillité; je vous en remercie : mieux vaut, en effet, se laisser dépouiller par des misérables, que de subir les angoisses d'une discussion odieuse et déf,^oûtante. Croyez, cher,quejamais jen'oublieraice que je vous dois, tous les soins, tous les ennuis, toutes les fatigues auxquels s'est dévouée votre si bonne et si tendre amitié depuis trois ans. Où en serais-je, sans vous? Toutes ces bêtes de proie m'auraient dévoré jusqu'aux os. Il m'est arrivé avec elles le contraire de Joseph. Ses frères ne rapportèrent que sa robe, et moi je n'ai perdu que la mienne. Puisse le compte qui reste à régler l'être promptement, et sans qu'il en résulte des difficultés nouvelles et un nouveau procès.

On avait dit ici que M do Villèle allait révoquer l'ordonnance de censure, et sacrifier M. de Peyronnet aux répugnances des magistrats. Je n'ai cru ni l'un ni l'autre, et j'ai bien fait, à ce qu'il paraît. La Bretagne a possédé deux ou trois semaines M. de Corbièie. Je suis fûché de dire qu'elle n'a pas ressenti un si grand bonheur comme elle le devait. Les cœurs se desséchent tous les jours; on ne peut plus compter sur la reconnaissance. J'en admire d'autant plus le dévouement des hommes * publics. Il faut que ces gens là aient l'âme tout à fait romaine. Peut-être est-ce pour cela que de tnnt de côtés on crie à M. de Corbière : Tu dors, Brntus^! 11 paraît que l'Europe ne dort pas, bien que tout ce que nous voyons ne ressemble pas mal à un rêve. On veut, et puis on ne veut pas; on menace d'agir, et on reste en repos ^. Les trois Puissances alliées en faveur

' Double allusion à la paresse proverbiale et aux dehors peu élégants du collègue de M, de Villc'le.

- Un premier protocole relatif aux alïaires de Grèce avait été signé le 4 avril 1827; — un traité formel, dont un article resté secret prévoyait le cas où il

des Grecs jouent au plus fin entre elles et avec l'Autriche. Je crois voir le **, le *** el le ***% avec des intérêts divers, cherchant à s'entendi e pour me dépouiller, et se dépouiller aussi nujluelleinent, s'il l'avaient pu *. Du petit au grand, le monde n'est que cela, et, un peu plus tôt ou un peu plus tard, la Grèce et la Turcjuie s'en lii'troiit connue moi, ce qui me sera d'une {^M'ande (jonsolntion, comme vous [)eiisez.

Je vous prie de faire mes Irés-humbles compliments à M. de Damas; son rôle est brillant et digne de lui. Je ne lui connais (ju'un rival, — l'immorlel Drunet.

Adieu, cher; aimez-moi toujours comme je vous aime, et si vous voulez me rendre heureux, écrivez-moi le plus que vous pourrez.

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