‹ Correspondance de Louis Tronson (volume 2)Chapitre 2 sur 41 · II.-l · texte numérisé non relu

II.-l

Z LIVRE SBPTIBICB

loi : i" parce qu îl s*attend de s*en relourner au premier jour, el nous ne voyons point de raison pour Ten détourner que nous puissions lui dire. 2° il est persuadé qu'il s^accommodera très bien avec vous, et que vous n*aurez nulle peine de vous accommoder avec lui (1). 3"* Il a besoin d'occupalion; or il n*y en a nulle ici à lui donner. 4** M. Le Bret, qui le considère et qui est résolu de donner quelque somme assez notable pour voire bâtiment, changeroit apparemment de dessein si M. Le Breton n*y éloit plus. 5" Monseigneur du Puy (i) me témoigna, il y a quelques jours, qu'il étoit bien aise de Tavoir, et il s'attend qu'il continuera à travailler dans son diocèse. 6*" L'on ne croit pas quMl fût à propos de faire ce changement si tôt après la mort de M. de Bretonvilliers , Notre Très Honoré Père, et personne ne me le conseille,

entré au séminaire de Saint-Sulpice le 7 novembre 1650. En 1652, il avait accompagné M. de Lantages au Puy : en 1676, il fut un des premiers à solliciter son retour, et ensuite à lui témoigner la déférence et la soumission qu^un inférieur doit à son supérieur. On le chargea de la cure de Saint-Georges, paroisse annexée au séminaire, et il ne cessa d'en remplir les fonctions qu'en 1685, à la suite d'une grave maladie. )1 continua néanmoins â habiter le séminaire jusqu'A sa mort, arrivée le 12 mars 1686. Sur ces deux premiers supérieurs du séminaire de Notre-Dame du Puy et sur les commencements de cette maison, voir Vie de M. de Lantage» (par M. Faillon); Paris, 1830, in-8«; et pour la Bibliographie de leurs ouvrages, Bibliothèque sulpicienne; Paris, 1900, tome I, p. 87-103.

(l)Le 17 août suivant, M. Tronson écrivait encore à M. de Lantages : « J'ai une extrême Joie de la disposition que vous a témoignée M. Le Breton. Il nous a promis merveille avant son départ, et J'espère (fue Notre Seigneur bénira la pureté de ses intentions ». La suite ne <Iémentic pas ces bons commencements.

(2) Armand de Béthune, né le 7 août 1635, sacré le 12 JuiUet 1665. mort le 10 décembre 1703. Cfr. La Vie de Messire Henry de Béthune, archevffque de Bordeaux; Paris, 1902, 1. 1, p. 44-51. 11 y a, au musée tlu Puy, un cuivre, grand in-folio, sur lequel est gravé par un graveur local (Hiérosme Dumontheil) un portrait d'Armand de Béthune. La ligure est celle d'un homme d'âge mûr; elle est remarquable par un nez de dimension peu ordinaire, dont le souvenir, au reste, s'est conservé dans sa viUe épiscopale. Dans le peuple, on dit encore d'un apl^endice nasal un peu trop dévelopi><'* : Xa de fUHhiune.

CORnESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE DU PIY *]

pour plusieurs raisons que vous pouvez savoir. Il faudra donc se résoudre d'attendre que Notre Seigneur donne d'autres ouvertures, et faire cependant un bon usage de nos petites croix.

J*ai écrit à Clermont pour votre économe, mais on ne croit pas que vous puissiez Tavoir qu'aux vacances. Encore faudrat-il que ce soit sous le prétexte d'un voyage. M. Baudrand est convaincu que, quoiqu'on tâche à sauver les apparences, on ne gagnera jamais le cœur (1). Ainsi, il faut toujours se ménager beaucoup et prendre bien son temps. Cette croix est, à mon avis, plus pesante que celle que vous aurez de votre part à ménager les esprits. J'espère que Notre Seigneur vous fera la grâce d'y réussir, et qu'il donnera une ample bénédiction à votre travail et à vos soins. C'est le souhait de celui qui est très cordialement tout à vous. ~ L. Tronson.

A MONSIEUR DE LANTAGES

6 novembre 1676.

J'ai eu bien de la joie, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, d'apprendre par vous-même que voire mal éloit passé. Je vous conseille de ne vous mettre plus ainsi à la mode. Car, quelque fruit que vous en pussiez retirer par le bon usage que vous en feriez, le séminaire n'y trouveroit pas son compte et il soufTriroit trop de vos infirmités. J'entends, de celles que vous amasseriez par des travaux immodérés et par des emplois étrangers. Car, pour celles qu'il plairoit à Notre Seigneur de vous envoyer en demeurant dans les bornes de votre vocation, elles ne peuvent que vous être très utiles, comme elles ne peuvent aussi qu'attirer de très grandes bénédictions sur toute la maison. Je sais bien que vos anciennes connoissances et la disposition du prélat qu'il faut ménager vous peuvent engager quelquefois à des em-

0) I.e cœur de Tévêque de Clermont, Gilbert de Vény d'Arbouze.

plois du dehors; mais, à moins que d*y être bien sobre, comme vous avez beaucoup d'emplois et peu de secours au dedans, le moyen que le travail enfin ne vous accable! Je vois bien, par votre lettre, que vous ne vous porterez pas de vous-même à des occupations étrangères, et que vous êtes sur cela dans de bonnes dispositions; mais vous me permettrez bien de vous ouvrir mon cœur, et de vous découvrir le sujet de ma crainte. Votre santé nous est trop chère pour vous le celer. Je crains que, dans les occasions où il paroitra un fruit considérable, le zèle ne vous emporte; et je crains que ces occasions ne reviennent souvent. C'est ce que je me sens obligé de vous dire, par Tintérét que je dois prendre, et au bien du séminaire, et à votre conservation, que je regarde, dans les conjonctures présentes, comme inséparables fun de Tautre. Ainsi, pour Tamour de Notre Seigneur et pour le bien de son œuvre, conservez-vous.

Je ne sais quel est le dessein de Pieu sur le Séminaire de la Très Sainte Vierge; mais s*il le maintient au milieu de tant de besoins, il fera bien paroitre que c'est son ouvrage. Je ne puis néanmoins que je n'espère en sa bonté, et que je n'aie confiance qu'il donnera des moyens pour ne pas laisser périr un œuvre qui n'a été entrepris que pour lui et pour la gloire de sa Mère. Je crois qu'il faut faire pour cela quelques prières particulières. Car celte grâce mérite bien qu'on la demande. Nous ferons ici quelque neuvaine, et nous nous unirons à ce que vous ferez de delà pour obtenir de sa bonté ce qu'il voit être nécessaire pour l'accomplissement de ses desseins sur le séminaire du Puy en particulier, et généralement sur toute la maison. Tout vôtre. — L. Tronson.

LETTRE ill

A MONSIEUR DE LANTAGES

25 novembre 1676.

L'on vous renvoie les cahiers de votre Caléchisme (1), et les (1) Catéchisme Oc la Foy et (fcs ynœurs chrétiennes. Le premier

Conférences du Jubilé de M. de La Chetardve (1). Vous verrez dans les mémoires ci-joinls les remarques que l*on y a faites, après avoir consulté M. Grandin sur celles qui regardent la doctrine et qui pourroient donner lieu k de mauvaises conséquences. Gomme il est très bien intentionné, très expérimenté et qu*il nous aime, je crois que nous devons déférer beaucoup à son jugement, surtout dans ce temps où Ton ne cherche que Toccasion de crier contre nous. Vous n'aurez pas beaucoup de peine à ajuster vos cahiers en sorte que tout le monde soit content.

Pour ceux de M. de La Ghetardve, vous verrez dans les notes que Ton y a faites une partie des choses qui peuvent faire quelque peine; et je crois que vous y en trouverez encore d'autres quand vous prendrez la peine de les lire. C'est ce qui fait que nous vous prions de ne point souffrir qu'ils s'impriment que vous ne les ayez vus avec M. Le Breton, et que vous ne soyez convenus de toutes les choses que Ton doit ou corriger ou retrancher. S'il y avoit du temps pour les renvoyer ici après qu'ils seront corrigés, avant que de les imprimer, nous aurions cru cela important pour suivre la règle établie, de ne rien imprimer dans les provinces, que quelqu'un des Docteurs nommés par le Roi pour l'examen des livres ne l'eût vu auparavant. Car, quoique l'on pût bien s*en passer en beaucoup d'occasions et sur de certaines matières où il n'y a rien à craindre, il seroit quelquefois difficile d'y remédier en d'autres plus délicates, à moins que d'en faire une règle générale. Mais, pour cette fois, comme ces conférences peuvent être pressées, nous avons cru que l'on y pourroit suppléer en les faisant passer par votre examen et par celui de M. Le Breton. Pour l'avenir, nous espérons que

volume, contenant les deux premières parties, avait paru à Clermont en 1674. Les cahiers dont il est ici parlé comprenaient la troisième et la quatrième partie qui devaient former le second volume, lequel fut imprimé au Puy en 1679.

(1) M- de La Chetardye, sur lequel on peut voir la note de la lettre à lui adressée ci-après (l" septembre 1678), fut pendant quelques années chargé de rédiger les Conférences du Puy.

VOUS aurez soin de disposer les choses d*une manière que ce qu'il faudra imprimer soit assez tôt prêt pour pouvoir nous l'envoyer avant qu'on Timprime; vous assurant que, de notre part, nous donnerons les ordres nécessaires afin qu*on vous le renvoie bientôt et sans vous faire attendre. C'est ce que j'ai cru important de vous mander, parce que nous avons vu encore depuis peu de jours, par l'exemple de ce que l'on a fait dans une province, la nécessité de ne nous point dispenser de cette règle, que M. de Bretonvilliers nous a recommandé avant sa mort d'observer très exactement.

Il y a une chose sur laquelle M. de La Chetardye aura pu se fonder pour ne point faire difficulté de mettre dans ses conférences plusieurs choses auxquelles nous trouvons à redire : c'est que je les ai mises dans un petit traité que j'ai fait autrefois du Jubilé. Mais il v a bien de la différence entre un écrit que l'on ne fait que pour soi, et un imprimé que l'on donne au public. Et celle différence a été jugée ici si grande, qu'un libraire de Lyon ayant commencé d'imprimer ce petit traité sur une copie que je ne sais qui lui en avoit donnée, nous employâmes tous nos amis pour en ar* réter l'impression; et jamais nous ne voulûmes consentir qu'on le fit paroître, quelque sollicitation qu'on nous en fit. Cette remarque peut servir pour répondre à quelques objections que M. de La Chetardye vous pourroit faire sur les difficultés que Ton lui forme présentement. Tout k vous. — L. Tronson.

A MONSIEUR DE LANTAGES

12 mare 1677.

Vous me faites en trois mots une description fort juste de M. Caillard (1). J'espère que vous verrez dans la suite que

(1) Ctiarles Caillard, du diocèse d'Angers et de la ville de Saumur. entra au séminaire de Saint-Sulplce le 22 novembre 1667, étant encore laïque. Il passa pros de dix ans, soit à Paris, soit à la isolitnde d'Avron

COURESPOXDANCE AVEC LE SEMINAIRE DU PUY /

VOUS ne vous éles pas trompé à sa mine. Il est important qu*il soit chargé de recevoir, non seulement les pensions, mais encore tous les autres revenus de la maison, même de la sacristie, dont it est bon qu*il ait le soin; et qu*il vous rende compte tous les mois au plus tard, et de sa recette et de sa dépense, afin que vous puissiez mieux régler toutes choses et voir au net Tétat de tout votre temporel. Ce sont deux choses que je vous marque particulièrement, parce que j'ai OUI dire à feu M. Notre Cher Père qu'elles étoient toutes deux fort importantes. Ce sera le moyen de ne rien confondre, et cet ordre exactement observé fera assurément que vos affaires en iront mieux. J'espère que vous ne manquerez pas d*y tenir la main de votre part, et que vous trouverez pour cela, aussi bien que pour tout le reste, une grande docilité et une parfaite soumission dans votre nouvel économe. Quand il sera suffisamment instruit, M. Saget pourra prendre congé de la compagnie et s*en revenir. Vous n'aurez qu'à lui déterminer le temps de son départ.

J'ai bien de la joie de la disposition de votre illustre retraitant (i). Nous prierons Notre Seigneur qu'il bénisse sa

où il fut chargé de Téconomat. En janvier 1677, il fut envoyé au Puy continuer ces mêmes fonctions, quMl remplit très exactement Pcspace de sept ans. Mais il eut le malheur d'assister aux exorcismes qui, en ce temps-là, occupèrent beaucoup quelques directeurs du séminaire du Puy, et il tomba dans un état d'exaltation voisin de la folie. Il lallut se résoudre à Penvoyei'à Saumur auprès de sa mère et de son frère. C'était en 1684. M. Tronson, comme on le verra, continua pendant quelque temps à correspondre avec lui; mais enân, voyant que rétat de M. Caillard ne s'améliorait pas, le 20 décembre' 1685, il écrivit à M. Grandet qui le voyait et le dirigeait, de l'engager à renoncer aux emplois de Saint-Sulpice et à en prendre d'extérieurs.

(1) C'était Armand de Béthune, évêque du Puy. Durant les exorcismes faits alors sur une possédée, « le démon déclara que Dieu l'obligeoit d'avertir quelques personnes de faire une retraite, et de la faire sans délai. Comme on lui eut commandé de nommer ces personnes, le premier nom que le démon prononça fut celui de l'évèque, qu'il exprima en latin. Il nomma encore plusieurs autres personnes inconnues à la possédée, et dont le choix seul fut, pour le prélat, qui nMgnorait pas leurs dispositions intérieures, une preuve manifeste qno ravertissement vcnoit de Dieu » (Vie de >/. de Lantoges, p. 28ri.)

retraite et ses résolutions : c*est avoir envie tout de bon de se faire saint (1).

Nous sommes ici en plein jubilé (2). Mais si ce qu*on a imprimé dans quelque livre est vrai, il y en a bien qui ne le gagneront pas. Car on dit qu*ii n*y a que ceux qui, ayant commis des crimes, auront commencé une pénitence proportionnée à leurs péchés, qui jouiront du don de Tindulgence. Vous devinerez aisément d*où vient cet ouvrage; et cette maxime, qui se trouve dans Tapprobalion, vous servira d'un bon échantillon pour juger de toute la pièce.

Je'suis tout à vous. — L. Tronson.

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