A MONSIEUR DE LA CHETARDYE
A Issy, ce 1" septembre 1678.
L'on n'attend plus que les bulles de Monseigneur de
(1; Le 19 août de cette même année 1677, Le Camus, évèque de Grenoble, écrivait à M. de Barrillon, évèque de Luçon : « Nous avons en ces quartiers M. du Puy, qui s'est mis dans une très grande réforme : on dit qu'il casse tout son équipage, qu'il ne s'occupe que des visites de son diocèse, qu'il sert tous les Jours vingt-deux pauvres à sa table et qu'il donne tous ses biens aux pauvres. Voilà de beaux et grands exemples »! (Lettres du Cardinal Le Camus, évèque et prince de Grenoble, publiées par le P. Ingold; Paris, 1892, in-8», p. 294).
(2) A l'occasion de l'élévation au souverain pontificat du pape Innocent XI, élu le 21 septembre 1676.
(3) Joachim Trotti de La Chetardye né à Exideuil (Charente) le 23 novembre 1636, admis au séminaire de Salnt-Sulpice en 1657 et dans la compagnie en 1663, directeur au séminaire du Puy en 1665, alla en 1679 à Bourges où il fut chargé de la paroisse de Moutier-Moyen unie au séminaire. En 1696, il remplaça M. Baudrand dans la cure de Saint- Sulpice à Paris, et mourut le 29 Juin 1714. Cfr. Bibliothèque sulpicienne, t. I, p. 170-207, et Histoire de l'éylisc Sainf-Sulpicc, par Charles Hamel; Paris, 1900, in-8», p. 143-159.
Bourges (1) pour signer le traité (2). L*od est d*accord de tout, et le contrat est déjà dressé. J'ai été rendre visite à M. Chéron (3) qui le doit faire agréer au clergé. Ainsi, je ne vois rien qui ne concourre à rétablissement de cet œuvre. L'expédient que vous me proposez d'écrire à M. l'évêque du Puy est très bon, et je ne vois rien de meilleur à lui mander que ce que vous me marquez dans votre lettre.
Ne ferfez-vous point bien, en écrivant à Monseigneur de Bayeux (4) de le prier de rendre quelque bon témoignage de vous à Monseigneur de Bourges? C'est la prière que je lui aurois faite avant de venir ici, si j'eusse pu le rencontrer; mais on nous dit chez lui qu'il étoit à la campagne. Ce téiTioignagene seroil pas, assurément, inutile, et l'on s'en serviroit dans l'occasion pour la gloire de Dieu.
J'ai bien de la joie que vous ayez trouvé votre bénéfice (S) en bon état, aussi bien que vos affaires temporelles. Ce sera un moyen de travailler à Pœuvre de Notre Seigneur avec plus de liberté et plus de paix. Je vous dirai que l'on fait un ' grand fonds sur vous, et que je serai bien trompé si Notre Seigneur ne donne bénédiction à vos travaux.
Il sera important que je sache la réponse que Ms' du Puy vous aura faite, afin que je prenne sur cela mes mesures pour parler à M**" de Bourges, et pour régler avec lui le temps où vous pourriez aller voir l'état des lieux.
Nous demanderons bien à Notre Seigneur la consommalion de son œuvre et de ses bons ouvriers. Vous pouvez
(1) Michel Phélypeaux de La Vrillière, n6 en 1642, nommé évêque d'Uzès en 1675, sacré en 1676, archevêque de Bourges en 1678, mort en
(2) Traité par lequel la direction du séminaire de Bourges était donnée aux prêtres de Saint-Sulpice.
(3) Doyen du chapitre de la cathédrale de Bourges.
(4) François de Nesmond, cousin de M. de La Chetardye, né en 1629, nommé évêque de Bayeux en 1659, sacré en 1662, mort à Bayeux en
(5) Le prieuré de Saint-Côme-lès-Tours, où M. de La Chetardye reçut cette lettre de M. Tronson.
10 LIVRE SfiPTIÈyK
juger si vous y aurez bonne part, nous étant aussi cher que vous êtes. — L. Tronson.
A MONSIEUR DE LANTAGES
2 novembre 1678.
Je ne sais, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, si ce que Ton m*a dit touchant l'abstinence que Ton observe dans le séminaire, les veilles des fêles de la Très Sainte Vierge, est une nouvelle bien certaine; mais je vous avouerai simplement que je ne puis le croire. On m*assure fort que c*est une pratique que vous y avez introduite, et qu*elle y esl maintenant tout à fait établie. Or, c'est ce que j'ai toutes les peines du monde à me persuader; car, quoique cela s'observe en plusieurs lieux, que celte dévotion soit fort en usage dans votre diocèse, et quoiqu'elle fut même fort au goût des enfans de Saint-Sulpice, qui onl à cœur tout ce qui peut conlribuer à la gloire de leur divine Mère, je doute néanmoins que vous ayez voulu suivre en cela ce que vous auroit inspiré votre zèle (I). Et voici les raisons de mon doute; lesquelles je pense vous devoir exposer simplement, parce que non seulement vous voudrez bien que je vous parle à cœur ouvert, mais même comme ces raisons me paroissent importantes, et qu'elles peuvent servir pour d'autres occasions, je crois vous devoir prier d'y faire quelque réflexion devant Notre Seigneur.
1" Je doute que vous eussiez voulu établir cette abstinence
(1) Précédemment, le 16 Juillet 1077, à Poccasion d'un autre sujet dont il croyait devoir se plaindre, M. Tronson avait écrit à M. Le Breton : « N'est-ce pas là ouvrir une grande porte pour introduire autant d'esprits dans Saint-Sulpice qu'il y aura de personnes que Ton consultera? Comment, avec cela, pourra-t-on conserver les vues, les desseins et l'esprit de notre tr^s honoré fondateur M. Olier, qui, à mon avis, ne peuvent être chanjrt'-s sans chan^ror et ruiner entièrement son œuvre? »
sans en parler auparavant à nos Messieurs, sans les assembler, sans en conférer avec eux. Car il me semble que cette nouveauté étoit assez importante pour ne Tintroduire qu avec CCS précautions. Outre que Tordre de la maison le demande; que c'est par cette ouverture et communication cordiale que Ton tient les cœurs unis, vous ne trouverez rien qui rende la conduite plus douce et qui entretienne plus la charité; ce qui m*a toujours paru être le caractère et le fond de votre esprit. Or, je vois assez par le silence que Ton a gardé sur celte matière, qu*il n'y a point eu sur cela de conférence ni d'assemblée.
2^ J'ai peine aussi à croire que vous eussiez voulu introduire une coutume dans la maison et une nouveauté de cette conséquence sans en écrire à Paris. Car, à moins que de maintenir la subordination et faire les choses de concert, le moyen de conserver l'unité d esprit et de conduite qui est absolument nécessaire dans une communauté! Sans cela, chaque supérieur établira des règles selon ses petites dévotions; chacun s'abandonneroit à son zèle et suivroit ses vues, et Ton verroit bientôt un corps divisé en autant de membres séparés, comme il y a de maisons particulières qui on dépendent. Vous verrez assez combien cela est à craindre, oi si je n*ai pas sujet de douter que vous ayez fait une telle innovation sans que personne nous en ait rien mandé.
3^ Il me semble qu'il n'y a rien qui soit plus à craindre pour la maison que de changer d'esprit. C'est ce qui me fait toujours appréhender les moindres innovations, à moins qu'elles aient passé auparavant par un grand examen; et c*est aussi ce qui m'a donné toujours une grande dévotion pour ces paroles : Nihil innovetur prœter id quod traditum est. Ce n'est pas que je prétende qu'il ne se doive jamais faire aucun changement dans une maison. Je sais qu'il le faut quelquefois, et que c'est même souvent une nécessité. Mais quand il le faut faire, ce doit être après de mûres délibérations, et dans la subordination que Dieu demande. Ainsi, je ne puis croire que vous ayez fait ce changemenl que l'on dit, et (|ue vous eussiez voulu donner cet exemple \\
VOS successeurs, d'introduire dans la maison les usages qu'ils trouveroient à propos, sans se meltre en peine de ce que les autres en penseroient, el sans en avoir reçu de Paris aucun ordre.
Au reste, pour vous parler sur le fond de cette matière après vous avoir expliqué les sujets de mon doute, je ne crois point que vous deviez obliger à de nouvelles abstinences dans le séminaire; et je vous conseille de n'en user point autrement qu*on en usoit du temps de nos très honorés pères et fondateurs, M. Olier et M. de Bretonvilliers. Que sMI y a des raisons particulières pour prendre d*autres règles, soit sur cet article, soit sur d'autres qui pourroient survenir, vous voyez bien de quelle importance il est de les écrire, ut omnia decenti ordine perficiantur in Chriaio, Je ne sais ce que vous direz de celte liberté que je me donne aujourd'hui à vous écrire. Pour moi, je n'en puis dire autre chose, sinon que je ne le ferois pas, si je ne connoissois votre cœur, et si je ne savois que votre charité vous le fera prendre en bonne part, et vous persuadera suffisamment de l'esprit avec lequel je vous le dis, qui est le même qui me fait être tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE Vit