FIN VV LIVRE PRBIIIER
9() I.IVHK DKTXIKMK
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE d'aUTCN (Il
LETTRE I
A MONSIEUR DIJFEL
28 septembre 1676.
Je n*ai point de réponse particulière à faire à la lettre que Ton vous a écrite et que vous avez eu la bonté de m*envoyer. Vous savez, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, quelle est la manière d'agir de Saint-Sulpice : elle seule suffit pour satisfaire à tout ce que Ton vous mande. L*on ne cherche point ici à s'établir; Ton ne désire point ici se multiplier: Ton attend en paix les ouvertures de la Providence, et Ton tâche a suivre fidèlement ses ordres sans les vouloir prévenir. C est ce qui fait que Ton aime la retraite et la solitude^ sans se mêler d'intrigues. Si le monde appelle cela être sauvage,
il) Gabriel de Roquette, évêque d'Autun, fonda son séminaire par une ordonnance datée du 6 octobre 1667. Il rétablit d'abord dans une maison louée à cet effet, située dans la rue Saint-Quentin. En 1675, il posa la première pierre du magnifique édifice que l'on voit encore aujourd'hui, et dans lequel le séminaire fut ensuite transféré. Bien que révêque d'Autun désirât toujours en confier la direction à la Compagnie de Saint-Sulpice, cependant le contrat d'union ne fut signé que le 13 septembre 1680. Le premier supérieur de cet établissement avait été M. Caput, du diocèse de Langres, aidé du curé de Saint-Quentin et (le quelques prêtres du diocèse d'Autun. M. Caput ayant été, en 167u, pourvu d'une théologale dans la ville de Beaune, M. de Breton villiers, à la prière de M. de Roquette, lui donna pour diriger son séminaire, M. Antoine Dufeu, né près de Laval, dans le diocèse du Mans; lequel, à ce qu'il paraît, n'appartint Jamais à la Compagnie, mais avait passé quelques années dans le séminaire de Saint-Sulpice, où il avait été admis, étant déjà prêtre, le 23 avril 1667. M. de Bretonvilliers lui adjoignit MM. du Bouexic et Constant. Aux fonctions de supérieur, M. Dufeu Joignait celles d'offloial et de vicaire général. Tant de fonctions étaient
GORRESPONDANCB AVBC LE SÉMINAIRE D*AUTl'N 97
nous ne serons pas fâché de Têtre avec les plus grands saints.
Pour les visites dont vous me parlez, il est impossible qu*elles soient fréquentes sans être préjudiciables à la maison. Rien, dans une communauté, ne peut suppléer la présence d'un supérieur; et votre expérience vous peut faire connoltre qu'elle souffre toujours quelque déchet lorsque Ton voit que souvent il s'en absente. On ne peut pas même sortir souvent sans manquer à des choses plus importantes, auxquelles on devroit s'appliquer au dedans de la maison, et sans lesquelles l'ordre qui la maintient ne pourroit pas absolument y être conservé. Et puis, ces sorties fréquentes ne tiennent rien de l'esprit dans lequel on nous a élevés, et je ne puis croire aussi que ce soit là notre vocation. Ce n'est pas que l'on ne sache ici, même selon le monde, s'acquitter sur cela de son devoir; car, si Ton travaille à retrancher tant de visites inutiles, on s'applique à ne pas manquer à celles que demande la nécessité, la charité, ou la bienséance de notre état.
Et pour celles particulièrement de M. votre Prélat, nous ne manquerons pas, s'il plaît à Dieu, à r^elles que nous verrons pouvoir être utiles au service de sa personne ou de son diocèse. C'est la moindre des reconnoissances que nous devons à son zèle et à la bonté qu'il a pour nous. Que si je
incompatibles dans la même personne. M. Dufeu se résigna enïln à résigner celle de supérieur du séminaire, et conserva seulement les deux autres. Il devint ensuite doyen de la cathédrale d'Autun, et mourut dans cette viUe en l'année 1725. — Sur l'établissement du grand séminaire d'Autun, principalement sur Pédiflce construit au xvu* siècle, voir Correspondance de Bussy-Rabutin, tome VI. Henri Pignot, Un évêque réformateur sous Louis XIV; Gabriel de Roquette, évoque d'Autun; sa vie, son temps, et le Tartuffe de Molière, d'après des documents inédits; Paris, 1876, in-8», tome I, p. 164-287. Le Petit Séminaire d'Autun (par l'abbé Clément, ancien professeur dans cette maison); Autun, 1898, in-S». p. 4-12, et pages 164- 172, où l'auteur reproduit la Description du bâtiment du séminaire d'Autun, par Bussy-Rabutin. De nos jours, hélas ! on en a expulsé le petit séminaire qui l'occupait au xix« siècle, et on en a fait une caserne.
98 LIVRE DRCXIÈME
ne me donne pas l'honneur de le voir si souvent que Ton vous dit qu'il le désireroit, ce n*est pas que, naturellement, je n*en eusse assez d'inclination; car il ne peut être que très doux à la nature de se voir honoré par la fréquentation et par Testime et Tamitié des personnes de sa sorte; et il n*y a guère de gens qui ne s accommodassent mieux de cette vie que de la régularité d*un séminaire; mais, en vérité, j'ai peine à croire qu'il approuvât ma conduke, s'il savoit que, pour lui aller offrir des services qu'il connoil assez lui ôtre acquis, je me dispensois de ce que je dois à la communauté. En voilà bien assez pour une lettre, où vous verrez assez comme je vous parle à cœur ouvert.
Si Monseigneur d'Autun vous permet de venir ici cette année, vous pouvez être persuadé que je répondroi avec la môme ouverture aux choses que vous me proposerez. — L. Tronson.
LETTRE II
A MONSIEUR DUFRU
20 novembre 1676.
Je souhaite. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que le feu de la charité de Jésus-Christ qui doit être le lien des cœurs, règne souverainement dans le vôtre et dans celui de tous no§ Messieurs, afin que Thomme ennemi ne trouve point de lieu pour y répandre sa zizanie. C'est à vous plus qu'à nul autre à travailler pour étouffer cette mauvaise semence; et comme vous êtes plus particulièrement chargé du séminaire, puisque vous êtes à la tête et que c'est à vous qu'on le confie, c'est à vous aussi à veiller plus que tous pour y conserver la paix entre les frères et l'union avec le chef. Assurez -vous que vous ne sauriez rien faire de plus agréable à Dieu, ni de plus utile pour le diocèse. Je vous l'ai déjà dit, et je vous le réitère encore, parce que je crains que l'accablement des affaires, vous tirant au dehors, ne vous empêche de donner le temps nécessaire pour contenter ceux de dedans, et même ne vous ôte cette application qu'il faut avoir pour retenir
votre humeur, que nous devons avoir soin d*accon\mofier à la disposition de ceux qui nous parlent, si nous voulons les contenter. G*est une violence continuelle pour un supérieur; mais sans cela jamais il ne doit espérer de gagner les cœurs. La domination peut assujettir Textérieur; mais Tintérieur ne se gagne que par la charité, non seulement que Ton a en soi, mais que Ton fait paroilre au dehors par la condescendance, par la douceur, par la cordialité que Ton témoigne en toutes rencontres. Vous savez ce que disoit autrefois S. François de Sales, que Ton prend plus de mouches avec un peu de miel qu'avec beaucoup de fiel. Le iiel peut être quelquefois nécessaire «à vos séminaristes, mais il ne sera jamais utile à nos Messieurs. Je vous le dis pour en avoir bien vu des expériences. Il ne faut qu'un mot sec et sévère pour fermer quelquefois le cœur pour longtemps aux personnes douces et de bonne volonté. Je crois qu'il est très difficile qu'il n'en échappe quelqu'un dans les temps que l'on est accablé de travail, que l'on est engagé dans des affaires fâcheuses, que les choses ne réussissent pas comme nous désirerions. Je sais bien qu'il arrive des conjonctures dans ces temps-là, où tout ce que Ton peut faire est de retenir son cœur à deux mains; je sais que, lors même qu'on le retient, on conserve un certain air, une certaine contenance, un certain ton de sécheresse et de sévérité que l'on fait paroitre, à moins que de veiller incessamment sur soi-même et de se faire une continuelle et extrême violence. Mais, mon cher Monsieur, c'est là notre obligation ; c'est là notre exercice et ce que l'Apôtre nous apprend être de notre devoir : non dominantes in cleris (1 Petr. V, \,9) , omnibus omnta factus (l Cor,, IX, 22) ; in charitate Dei et patieniia Christi (Il Thess,, III, 3). C'est, à mon avis, ce qu'il y a de plus crucifiant dans la supériorité ; au moins, je vous puis dire que, pour moi, c'est ce que j'y ai trouvé de plus pénible ; mais je ne crois pas qu'il y ait rien aussi qui attire tant de grâce que la fidélité à cette pratique. Demandez-la bien pour moi, qui suis assez convaincu de son importance, mais qui n'y suis pas aussi fidèle que je désirerois.
Pour voire mémoire auquel vous demandez réponse,
i* Je crois que vous pouvez laisser à vos séminaristes le choix de leur confesseur; cette liberté leur donnera plus d'ouverture pour leurs directeurs.
2^ Â moins que leur piété ne vous soit extrêmement connue, il n*est point à propos que vous les confessiez : cela seroit trop périlleux. Ainsi, ne vous y engagez que très rarement et à bonnes enseignes.
3*" 11 est important de ne point lire des livres de Messieurs de Port-Royal, parce que, quand il n*y auroit rien de mauvais, cette lecture ne peut que donner estime des auteurs et avoir des suites dangereuses dans des communautés. Il y a dans les Essais (1) des choses de dangereux exemple, et qu'assurément vous n'approuverez pas si vous y faites réflexion.
4<* Soyez ferme à refuser les permissions d'aller en ville, à moins qu'il y ait une très grande nécessité.
5* Défiez-vous toujours de vos propres lumières, et dans la crainte que vos vues ne vous trompent, soyez ravi de pouvoir prendre avis sur les choses qui se présentent, vous souvenant de cette parole de Notre Seigneur : lorsque vous serez deux ou trois assemblés en mon nom, je serai au milieu de vous.
iSf" Donnez au moins pour cela une heure ou deux, chaque semaine ou tous les quinze jours, afin de tenir des assemblées réglées et d'examiner tous ensemble ce qui se passe dans la maison : si les sujets sont bien disposés, si les règlements sont bien observés, si chacun fait son devoir, s'il y a quelque ordre à y mettre, ou quelque autre affaire à régler.
T"* Pour les rangs entre vos Messieurs, il seroit à souhaiter que l'on en usât comme ici où, après le supérieur et celui qui tient sa place en son absence, on n'en observe ordinairement aucun, mais on passe indifféremment les uns devant les autres selon que l'on se trouve. Suivant cette règle, il n'y auroit
(1) Essais de morale, par Nicole. Les deux premiers volumes avaient paru en 1671, le 3« en 1675; le 4« ne parut qu'en 1678, et les suivants après la mort de Pauteur.
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE d'aUTUN 101
que M. du Bouexic (1) qui passeroit immédiatement après vous ; et pour les autres, ils passeroient indifféremment, sans faire entre eux aucune cérémonie. Néanmoins, pour observer quelque ordre, M. Fichot (2) ira après tous; M. Razës(3) devant lui; mais tous deux après M. David (4) et M. Constant (5). Voilà toutes mes petites vues, que vous verrez bien
(1) Laurent du Bouexic, né à Quimper, fut admis au séminaire de Saint-Sulpice le 20 mai 1658, et dans la compagnie en 1664. Il fut envoyé d'abord à Clermont, puis à Autun comme premier directeur en 1675, et enfin en mars ou avril 1677, à Limoges, où il ne passa qu'une année, après laquelle il rentra dans son diocèse. Il était docteur de Sorbonne.
(2) Jean Fichot était né au diocèse de Langres en 1645. Il entra au séminaire de Saint-Sulpice, étant encore laïc, le 19 mars 1671. Envoyé, en 1676, à Autun pour y gérer le temporel, il eut à surveiller la construction du séminaire, ce qui, pour lui, n'était pas une petite* sollicitude. Il dut prendre du repos en 1689. En 1693, il devint économe au séminaire de Clermont, et y mourut, âgé de 72 ans, le 30 octobre 1717.
(3) Jean Razès, clerc du diocèse de Limoges, entré au séminaire de Saint-Sulpice le 25 octobre 1668, flit envoyé à Autun pour y professer la théologie en 1676. Aux vacances de 1688, il Ait retenu à Paris et y professa probablement ses beaux et longs traités de théologie, que M. Tronson l'engagea plusieurs fois à raccourcir; mais il ne persévéra pas longtemps dans sa vocation : il l'abandonna pour accepter une prébende â Limoges.
(4) Noël David, né en 1633 dans le diocèse de Rouen; entra au sémi* naire de Saint-Sulpice, n'étant encore que laïc. Il y passa deux ans, au bout desquels, suivant Simon de Doncourt, il alla à la communauté du curé de Saint-Sulpice le 14 septembre 1668. Il en fut tiré vers 1674 et envoyé à Autun. M. Dufeu s'étant retiré du séminaire, aux vacances de 1678, M. David fut chargé de gouverner le séminaire à sa place. Il le quitta en 1680, après que le séminaire d' Autun eut été uni à celui de Saint-Sulpice, l'évêque ayant désiré que M. Riguley en fût supérieur. M. David fut alors envoyé à Bourges pour remplacer temporairement le supérieur, M. Le Tellier, obligé d'aller à Paris subir un traitement médical. A son retour, vers le mois de Juin 1681, des affaires temporelles de famiUe appelèrent M. David à Rouen et l'y retinrent Jusqu'en 1685. Il reprit alors, à Saint-Sulpice même, les fonctions de directeur ; puis, en octobre 1689, il fut nommé supérieur de la communauté de la paroisse, et en exerça les fonctions Jusqu'à sa mort arrivée le 5 mars 1710.
(5) Jean-Durand Constant, né au Puy en février 1637, avait reçu les quatre Ordres mineurs lorsqu'il fut admis au séminaire de Saint-
lOi LIVHË DEt.VIÉME
riueje vous mande avec une ouverture de cœur loule entière et sans réserve. C'est ainsi que je serais ravi que vous m'écrivissiez, comme je me persuade que vous le ferez, quand vous verrez que je vous écris de la sorte. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE iir
A MONSIEUR DU BOUEXIC
15 janvier 1677.
Je suis très affligé, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, de rétat où vous êtes, et je compatis plus que je no puis dire à votre peine. Je souhaiterois de tout mon cœur y pouvoir donner quelque remède, mais je n*en trouve point d'autre qu'une séparation : et puisque vous témoignez désirer savoir ce que je pense sur cela, je vous le dirai simplement et à cœur ouvert, à condition toutefois que vous ne croirez pas que ce soit par principe de peine. Car je vous puis assurer que je n'en ai aucune contre vous, et je regarde ce qui est arrivé comme l'effet, ou d'une antipathie naturelle dont on n'est pas le maître, ou de quelque foible auquel tout le monde est sujet, ou d'une providence particulière de Dieu qui exerce comme il lui plait ses serviteurs.
l"" Je crois que si vous eussiez déféré davantage à M. Dufeu; que vous n'eussiez point voulu donner des permissions et des congés quand il est dans la maison, et que vous vous fussiez contenté de les accorder en son absence; que vous n'eussiez point voulu le réduire à vous laisser gouverner tout le dedans de la maison, vous auriez pu le gagner avec le temps.
Sulpice le 25 novembre 1657. En 1666, M. de Breton villiere renvoya au séminaire de Viviers; puis» en 1670, à celui d'Autun. En 1706, il pria M. Leschassier, qui avait succédé à M. Tronson, de lui permettre d'aller finir ses jours à Issy, auprès de la chapelle de Lorette. « M. Bourbon triompheroit, répondit M. Leschassier le 16 octobre 1706, si un homme comme vous était sacristain de Lorette ; mais on a besoin de vous à Autun ; et, d'ailleurs, Pair d'Issy n'est pas favorable aux personnes de votre âge ». M. Constant mourut donc â Aulun, le 5 octobre 1708, àgré de 72 ans, entouré de la vénération universelle.
CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE d'aUTUN 103
t* Il me semble que M. Dufeii élant supérieur, il ne sauroit mieux faire que de demeurer le plus qu'il pourra à la maison, et que c*est le bien du séminaire que le supérieur ne se décharge sur les autres que de ce qu'il ne peut pas faire par • lui-même.
3^ M. de Brelonvilliers, pour me servir de voire exemple, a donné ici durant plusieurs années les sujets d*oraison, au moins autant que sa santé et ses affaires le lui pouvoient jiermetlre; et dans ce lemps-là, j*ai été ravi quand, durant une année, il choisit M. Hurtevent pour faire les entretiens.
4* Jamais un seul ne s*est présenté aux ordres sans sa permission; jamais personne n*a couché ici une seule nuit sans son ordre. Quand des amis de la maison s*y sont présentés en son absence, je leur ai témoigné*que je ne pouvois pas le leur permettre; et, hors de ses grands voyages, où il me prescrivoit la manière dont je devois agir, je n*en ai jamais usé d*une autre manière.
5* Je passois tous les jours une ou deux heures dans sa chambre pour lui rendre compte de tout ce que j*avois fait, et pour recevoir ses ordres sur ce que j*aurois à faire.
6' Présentement, si je pouvois encore donner tous les sujets d'oraison, en faire la répétition, avec tous les entretiens, je croirois par devoir être obligé de le faire; et je n'estimerois pas qu'une personne qui y trouveroit à redire fût dans la disposition qu'il doit être; parce que, comme un supérieur est obligé par sa charge de faire par lui-même tout ce qu'il peut, ceux qui travaillent sous lui ne doivent jamais se considérer que comme ses suppléments. Jamais, sans cela, l'ordre et la subordination ne seront parfaits dans une communauté. Jamais, sans cela, la paix n'y sera conservée. Jamais, sans cela, les particuliers n'y vivront contents et n'y seront satisfaits. Nous n'avons personne qui travaille ici plus utilement que M. Le Tellier : cependant, il ne s'est jamais considéré d'une autre manière. Il a été bien des années sans v faire presque autre chose que d'assister au règlement; et dans le temps que je donnois les sujets d'oraison, que je faisois les Knlretiens et les Cas de conscience, et que je parlois presque
lOi LIVRE DEUXIÈME
tous les samedis au soir à la Conférence spirituelle, il n*étoit pas néanmoins inulile dans la maison, et il étoit ravi d*y être comme supplément, ainsi que j*ai tâché toujours de Télre à l'égard de M. de Bretonvilliers.
Je pourrois encore vous faire sur cela plusieurs autres réflexions; mais en voilà assez pour un lendemain de médecine; et puis, celles-ci ne seront que trop suffisantes pour vous faire connoitre le fond de mon cœur, et ce que je crois devoir être pratiqué dans un séminaire, pour y maintenir Tordre et pour y conserver la dépendance et la paix entre le supérieur et ceux qui y doivent travailler sous ses ordres.
Cependant, que tout ceci ne vous décourage pas. Un autre y auroit été peut-être aussi empêché que vous. On n*est pas maître tout d*un coup, surtout dans un métier qui ne s*apprend que par expérience; et ce n'est pas un crime de ne faire pas des ouvrages achevés dès les premiers essais.
J*écris à M. Dufeu, et je lui mande que vous verrez avec lui les moyens les plus doux pour faire agréer à M. dWutun votre retraite, et de concourir ensemble à rendre votre départ plus chrétien et moins exposé à la censure.
LETTRE IV
A L*ÉVÉQU£ D*AUTUN
12 mars 1677.
Je reçois la lettre que vous m*avez fait Thonneur de m*écrire : elle est si obligeante et si remplie des marques de votre bonté pour nous, que je me trouve obligé de vous en témoigner d*abord mes très humbles reconnoissances. Je vous avouerai franchement, Monseigneur, qu*elle m*a tiré de la peine où j'étois pour M. du Bouexic, ne sachant pas quelles pourroient être vos vues, et si vous approuveriez son départ. J'ai pris la liberté de vous le proposer, et je vois par la réponse que vous avez pris la peine de me faire, que je ne me suis pas trompé dans mes pensées, et que je les puis suivre en assurance. Ainsi, Monseigneur, je ne manquerai
pas d*ëcrire aujourd'hui à M. du Bouexic et de lui mander trois choses : la première, qu'il se retire au plus tôt, après cette ordination, et qu'il vous en demande la permission; la seconde, qu'il le fasse à petit bruit, sans éclat et sans blâmer personne, ainsi qu'il me l'a promis; la troisième, qu'il encourage autant qu'il pourra M. Fichot et surtout M. Razès, dont je crois que vous aurez satisfaction. Je marque particulièrement à ce dernier la bonté que vous avez pour lui et rhonneilr que vous lui faites de l'aimer. J'espère qu'il surmontera les petites peines que lui donnera cette séparation. Vous pouvez être persuadé. Monseigneur, que je n'omettrai rien de tout ce qui pourra dépendre de moi, non seulement pour le rendre fidèle à sa vocation, mais encore pour vous rendre tous les services possibles, autant que la Providence nous en fournira d'occasions. C'est la disposition où j'espère demeurer toute ma vie, et à laquelle je me rendrai d'autant plus fidèle, que je regarderai toujours comme une partie de mes devoirs, l'obligation que j'ai d'être très sincèrement. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.— L. Tronson.
LETTRE V
A l'évéque d'autun
Ce 12 octobre 1677.
Quelques nouvelles que M. Dufeu nous puisse apprendre du séminaire d'Autun, il ne nous en dira jamais de plus agréable que celle du rétablissement parfait de votre santé. C'est ce que nous espérons qu'il nous apportera avec lui, s'il vient faire ici sa retraite. L'opinion avantageuse qu'il a de M. David et qu il vous a témoignée, me paroit conforme à celle qu'en ont eu plusieurs personnes qui le connoissent. Il a de l'esprit, de la capacité et de la conduite, et je ne doute point qu'il ne soit en état de bien remplir les vues que vous avez sur lui. Pourvu qu'il vous contente et qu'il suive vos ordres pour ses emplois dans le séminaire, il répondra tou-
lot) LIVAE DEUXIÈME
jours parfaitement à nos désirs; et c*est à quoi je pense que s*appliqueront de grand cœur tous nos Messieurs, que je ne crois pas avoir d*autres desseins que de continuer à vous rendre, I*année prochaine, les mêmes services qu*ils vous ont rendus la précédente. Pour moi, Monseigneur, vous me trouverez toujours également à vous : c'est-à-dire toujours disposé à vous faire paroitre, dans les occasions, que je suis très sincèrement, mais avec tout le respect et toute la reconnoissance que je dois. Monseigneur, votre très hutnble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.
LETTRE VI
A MONSIEUR RAZÉS
Ce 3 décembre 1677.
Je ne doute point, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que I état où est le séminaire d*Autun ne vous soit un petit sujet de peine; car je m'imagine que vous le voudriez bien voir uni à Saint-Sulpicc, et y trouver le même esprit (|ue vous avez pris ici durant plusieurs années. C'est une chose qu'il faut attendre en paix, et qu'il ne faut néanmoins désirer qu'autant que Dieu le veut. Il saura bien vous soutenir dans celte attente et vous rendre fidèle dans le total abandon k ses ordres. Vous pouvez bien croire que nous ne vous oublierons pas. Les œuvres de Dieu ne se font qu'avec peine; la patience y est bien nécessaire; et ils ne s'établissent guères que par les croix et par le crucifiement des personnes qui les commencent. 11 faut un peu de cœur, et dire, dans les petits dégoûts qui surviennent, comme le petit M. de Rochefort disoit ces jours passés en mourant : il faut être à Jésus, quoiquil en coûte (1). J'espère qu'il ne vous en coûtera pas beaucoup; car nous verrons, avec Monseigneur
(1) Joseph-Gaspard de Rochefort, clerc du diocèse de Genève, entré au séminaire de Saint-Sulpice le 5 décembre 1675, y mourut, à Page de 18 ou 19 ans, le 18 novembre 1677, et fut inhumé le 10 dans le 31« trou rUi caveau ou chapeUe basse.
GOnfi£SPOXDA!«CE AV£G LE SÉMINAIRE D*AUTUN 107
(r.Vulun, à terminer cette affaire, ou de façon ou d*autre. Uuc croyez-vous de M. David? L*estimeriez-vous bien propre pour être supérieur? Auriez-vous ouverture pour lui, et les autres Messieurs y prendroient-ils confiance? Mandez-moi bonnement ce que vous en jugez. Vous le pouvez sans scrupule; car ce que vous m'écrirez sera secret. Tout à vous. — J.. Tronsox.
LETTRE VII
A UONSIEUR DAVID
13 décembre 1678.
Je ne me suis pas étonné du nouvel emploi que vous avez, Monsieur et très cher en Notre Seigneur. Il y a longtemps que je prévois que les choses ne pouvoient pas aller d'une autre manière, et que M. Dufeu quittant la supériorité, il falloit de nécessité qu'elle tombât sur vous. Je ne doute point que nos Messieurs n'en soient contents, et je me persuade que, de votre part, vous répondrez à leur attente et à la nôtre. M. Constant me fait paroitre sur cela, dans la lettre qu'il m'écrit, toute la bonne disposition que je pouvois désirer de lui; et vous le trouverez, assurément, aussi prêt que tous les autres à seconder votre zèle et vos bonnes intentions. Un des moyens qui me paroitroit bien important pour établir une grande union entre tous et pour leur faire aimer votre conduite, seroit de leur donner part aux affaires de la maison, d'en communiquer avec eux, de prendre leurs avis, et de les assembler pour cela tous les quinze jours, et même plus souvent si les affaires le demandoient. C'est ainsi que la confiance et la cordialité s'établit entre les personnes qui, travaillant ensemble au même œuvre, sont toujours bien aises, dans les occasions, d'avoir part aux choses qui se font. Et c'est aussi ce que nous avons accoutumé d'observer, et qui nous a toujours paru bien nécessaire pour attirer la grâce et la bénédiction de Dieu sur les ouvriers et sur son œuvre. Vous verrez par l'état des lieux et la disposition des esprits ce qui sera le plus utile pour cet œuvre.
Mandez-nous de temps en temps ce que font nos Messieurs et leurs dispositions, afin que je leur puisse écrire selon leurs besoins et suivant ce que vous verrez être utile, soit pour eux, soit pour le bien de l'œuvre où la Providence les applique. Je suis tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE Vin
Ce 13 mai 1680.
Nous avons eu depuis peu une petite conférence avec MB' d*Âutun. Il paroit disposé à conclure Tunion, et s*en est remis à M. Cheron (1), avec qui nous devons nous assembler au premier jour. Ainsi, je crois que c'est une affaire qui sera bientôt terminée.
J'ai vu autrefois un livre de plusieurs offices que le P. Eudes a fait imprimer, où il y a un office particulier de S. Gabriel, qui peut-être vous agréeroit plus que celui des Cordeliers. Je m'imagine que ce livre se trouveroit facilement à Rouen, où il a un séminaire. Je vous en dirai dans peu de jours ma pensée, car nous avons ici quelque part cet office. S'il étoit plus à propos d'en composer un autre, il suffiroit que l'évêque l'approuvât; et cela se pratique communément en France, et sans aucune difficulté. Pour le jour que vous désignerez pour en faire la fêle, je préférerois le troisième dimanche d'après Pâques au second, pour ne pas ôler la liberté, si on ie jugeoit un jour à propos, de faire la fête de l'Intérieur de Notre Seigneur dans le même temps que nous la célébrons ici. Je salue tous nos Messieurs, à qui cette lettre peut être commune. Tout vôtre. — L. Tronson.
(1) Nicolas Chéron, prêtre, dccteur en théologie, prieur de S. Martin de La Roche, député par la province de Sens à P Assemblée du Clergé tenue à Saint-Germain en 1680.
LETTRE IX
29 mai 1680.
Enfin, nous avons eu ici à dîner M^^ d'Âutun et M. Cheron, et, l*après dinée, nous avons conféré sur l*union de son séminaire. II n*y a eu que des propositions assez générales; mais on s*est assez ouvert pour faire croire que véritablement on la désire. M. Cheron, qui n*y voit pas de difficulté, est chargé d'en dresser le contrat; et si 1* Assemblée du Clergé qui est commencée ne le détournoit pas, je crois que Taffairc seroit bientôt consommée. G*est la nouvelle que vous donnerez à nos Messieurs, avec lesquels, s'il vous plait, celte lettre vous sera commune, n'ayant pas le loisir de leur écrire. Je suis, et à eux et à vous, tout vôtre. — L. Tronson.
LETTRE X
Ce 13 septembre 1680.
Enfin l'union est conclue, et nous en avons signé ce matin le contrat. Il ne se peut rien de plus obligeant que la manière dont en a usé Monseigneur d'Aulun. Je ne vous en mande point le détail parce que je n'en aurois pas le temps aujourd'hui, et que je crois qu'il vaut mieux vous marquer que Monseigneur d'Autun souhaite fort d'avoir M. Rigoley comme supérieur; qui, ayant des parents autorisés dans la province, pourra être utile pour la conduite du séminaire. Vous jugez bien qu'il seroit difiicile de lui refuser. Ainsi, je crois que vous feriez bien de venir ici après l'ordination; car nous avons différentes vues que nous examinerions ensemble, pour voir si elles s'ajusteroient avec les vôtres, ou plutôt avec l'attrait que Notre Seigneur vous donneroit. M. Le Tellier surtout, qui passe avec nous les vacances,
seroit ravi de vous avoir à Bourges poup second. Il seroit bon que M. Razès ou M. Fichol vînt avec vous. Vous pourrez prendre celui des deux qui aura le plus envie de venir, et dont le séminaire se passera le mieux durant les vacances. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XI
A l'kvéque u'autun
Ce 20 septembre 1680.
Monseigneur,
Je reçus hier une lettre de M. David dont je crois qu'il est important que je vous rende compte. 11 me mande que les pensions des séminaristes sont à douze sols par jour; que toutes les pensions d*une année, à ce prix, ne suffisent pas pour neuf mois, quoiqu^on ne leur fournisse ni chandelle, ni blanchissage, et qu'il sera absolument impossible d y subsister si on les diminue.
Je ne puis me persuader, Monseigneur, qu'il soit suffisamment instruit de ce détail : car vous nous fîtes entendre, en passant le contrat, que les pensions n'étoient maintenant qu'à dix sols, et qu'il y avoit même quelquefois quelque petite chose de reste. Je crois, Monseigneur, que vous ne trouverez pas mauvais que nous vous supplions de nous faire donner quelque éclaircissement sur cet article. Car il seroil difficile que ce ne fût un sujet de tentation à ceux qui iront travailler dans votre séminaire, s'ils ne trouvoient pas les choses dans l'état que nous leur avons dit. Ils ne souhaitent, dans les services qu'ils vous rendront, que d'y trouver simplement le nécessaire pour leur subsistance et pour le soutien de l'œuvre que vous avez la bonté de leur confier. Et ce n'est qu'afin de les mettre dans cet état, et qu'ils se donnent ensuite plus entièrement à vous, que je prends la liberté de vous exposer ce sujet de peine qu'ils auroient s'ils ne rencontroient pas ce que nous leur avons fait espérer.
J'espère, Monseigneur, que vous aurez la bonlé d'y faire quelque réflexion, et de regarder tout ce que je vous marque dans cette lettre comme venant d'une personne qui vous est acquise, et qui est très sincèrement, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.
LETTRE XII
A l*êv£qub d'autun
Du SéminaiiHî Saint-Sulpice, ce 14 octobre 1680. Monseigneur,
Je n*ai que de très humbles actions de grâces à vous rendre pour la bonté que vous me témoignez dans les deux dernières lettres que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire. J'ai différé jusqu*à présent de répondre à la première, parce que j'atlendois de jour à autre que le voyage de M. Rigoley fût tout à fait résolu, et que je pusse vous mander le jour de son départ. Maintenant que je ne vois plus rien qui puisse l'arrêter, je dois vous dire. Monseigneur, qu'il partira lundi prochain, ou le jeudi suivant au plus tard, pour vous aller assurer que Ton ne peut être plus sensible que nous le sommes à l'honneur que vous nous faites; et que notre extrême joie sera de pouvoir vous en témoigner nos reconnoissances par nos services. Il mènera avec lui un ecclésiastique pour le seconder, qui travaille ici depuis longues années; et j'espère que vous trouverez en l'un et en l'autre toute l'obéissance et toute la soumission que vous pouvez désirer. Je leur ai fait voir la ratification de Messieurs du clergé que vous avez eu la bonté de m'envoyer, et ce que vous me mandez sur la difficulté des pensions, pour leur montrer qu'il n'y avoit plus à différer, après ces dernières marques de votre zèle et de l'application que vous donnez pour conclure entièrement cette affaire. Je vous supplie d'être bien persuadé, Monseigneur, que de ma part je ne négligerai rien pour vous y donner une entière satisfaction, et pour répondre parfaitement a vos désirs, étant avec une entière sincérité et avec
tout le respect que je dois, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.
LETTRE XIII
A L*âvfiQUB D*AUTUN
Ce 24 octobre 1680.
Monseigneur,
Ce sera une grande mortification pour nous que M. Rigoiey n*arrive à Autun qu*aprës votre départ, et qu*il soit obligé de se voir dans remploi que vous lui confiez, sans avoir reçu votre bénédiction. Il s'est donné l'honneur de vous écrire, la semaine passée, pour vous témoigner son regret de n'avoir pu exécuter sa résolution, toutes les plac/BS de la diligence s'étant trouvées remplies, et n'ayant pu en avoir que pour lundi prochain. La personne que nous lui donnons pour le seconder, si vous avez la bonté de l'agréer, est un ecclésiastique de cinquante ans, qui enseigne ici la théologie morale, qui a soin de conduire ceux qui viennent faire retraite, et qui s'est donné au séminaire depuis beaucotip d'années. Il s'appelle Saget, et j'espère que vous en serez satisfait (1). Si vous êtes encore à Moulins (2) lorsqu'ils arriveront à Autun, ils se donneront l'honneur de vous y aller rendre leurs devoirs et d'y recevoir vos ordres. Cependant, Monseigneur, nous ne saurions vous témoigner assez nos reconnoissances pour les nouvelles marques que vous nous donnez de vos bontés dans les deux derniers actes que vous avez pris la peine de nous envoyer. Ma joie sera que vous puissiez être satisfait de nos services, et que vous me fassiez la grâce d'être persuadé que je suis sans réserve. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.
(1) Voir la note de la lettre à lui adressée le 23 février 1682.
(2) La ville de Moulins faisait alors partie du diocèse d'Autun. Elle devint le siège d'un évêchô créé par la constitution de 1790 pour le département de l'Allier. Supprimé par le concordat de 1802, cet évèché fut de nouveau érigé en 1822, et rattaché à la métropole de Sens.
OOKnESPONDANCE AVEC LE SKMIXAïRE d'aITUN 113
LETTRE XIV
22 décembre 1G80.
L*on ne peul pas être plus satisfait que Monseigneur d*Aulun Test de vous. H en a conçu une idée qui ne peut être que très utile pour Toeuvre que Notre Seigneur vous confie, et j'ai été ravi d'entendre tout ce qu'il m*en a dit dans la première visite que je lui ai rendue.
II est difficile qu'un bâtiment qui n'est pas achevé n embarrasse fort dans les commencements. C/est une des croix qu'ont à porter ceux qui aiment la régularité. Il faudra bien prendre vos mesures pour les choses qui manquent. Car le Prélat n'aime pas à être pressé, et il vaut mieux souffrir quelque temps pour les choses qui ne sont pas absolument nécessaires, que de s'exposer à le décourager en lui étant trop à charge.
Vous faites très bien de ne vous pas charger de beaucoup de directions : vous aurez assez d'autres occupations et assez d'embarras. Car. outre ceux qui sont inséparables de la supériorité, ceux d'une maison qui commence, où il y a toujours bien des choses qui manquent, auxquelles il faut pourvoir, ne manqueront pas de vous donner de l'exercice. J'espère que Notre Seigneur vous donnera le courage et la force de les porter, et que les petits dégoûts qui arrivent de temps en temps quand on se trouve embarrassé, ne vous
(I) François Rigoley, né à Auxonne le 4 octobre 1640, entra au séminaire de Saint-Sulpice le 17 octobre 1661, fut reçu docteur de Sorbonne le 13 octobre 1672, envoyé au séminaire de Lyon en juiUet 1674 et rappelé â Paris pour raison de santé aux vacances de 1679. Supérieur du séminaire d*Autun de 1680 à 1690, puis du séminaire de Clermont en 1690, il n'y put demeurer qu'une année, au bout de laquelle il retourna à Paris, devint ensuite supérieur du séminaire de Lyon en mai 1696, et y mourut le il février 1721. Cfr. Bibliothèque sulpicienne, 1. 1, p. 212-213.
114 I.IVHli: OEL'XIÊMK
empéclieront pas d'accomplir ses desseins, li faul que chacun ait sa croix : ce sera là, présentement, la vôtre.
Je crois que vos curés n'en seront pas la moindre partie : j'entends, ceux qui vous donnent de Texercice dans le séminaire. Car c'est un grand obstacle au bon ordre de la maison (|ue d*y en avoir de discoles, et de ne s'en pouvoir défaire qu'après trois mois. M. Dufeu n'a-t-il point représenté quelquefois cet inconvénient à Monseigneur d'Autun ? Car il est difficile que la même chose ne soit arrivée de son temps, et que Ton n'ait reconnu les suites fâcheuses de cette ordonnance. Peut-être que ce qu'il en auroit représenté au Prélat et les démarches qu'il auroit faites autrefois, feroient connoitre celles que l'on pourroit faire présentement. Car peut-être s'est-on déjà expliqué sur cela d'une manière si décisive, qu'il n'y auroit plus d'autre remède que d'écrire à Monseigneur d'Autun, lorsqu'il y en a quelqu'un qui ne contente pas, et qui peut nuire aux séminaristes et au bon ordre de la maison; aHn de faire ensuite ce qu'il jugeroit à propos. Vous en seriez par ce moyen déchargé devant Dieu, et vous ne seriez pas responsable des suites. Cependant, comme la chose, au fond, me paroit de grande importance, je ne laisserai pas de lui en parler dans l'occasion. Mais auparavant je serois bien aise de savoir ce qui a été fait, afin de parler plus juste.
Je crois qu'il y aura beaucoup de difficulté pour le canonicat. Car ce seroit un assujettissement fâcheux pour un supérieur d'être obligé d'aller au chœur à certains jours, <le se trouver en chapitre, de prendre part aux intérêts du corps ou de s'en diviser, etc. Nous examinerons le tout, afin de voir s'il seroit plus à propos que vous en écriviez ou que j'en parle.
La maxime que vous me marquez dans votre lettre, do caresser tout le monde, est la meilleure pour gagner tout le monde. Le cœur ne se gagne que par la cordialité, et rien n'est si capable d'enlretenir l'union. Je crois que vous ne manquerez pas de bien inspirer cet esprit à nos Messieurs, et il sera difficile que ceux qui ne Tauroient pas ne le prennent sur voire exemple. Je suis tout à vous. — L. Tronsox.
CORRESPOND A XCB AVEC LE SÉMINAIRE d'aUTUN 115
LETTRE XV
A MONSIEUR RIGOI.EY
Ce 6 janvier 1G81.
On est ici très persuadé que vous ne devez nuUemenl vous obliger d'assister ans offices de la cathédrale, quand ce ne seroit qu'aux fêtes solennelles, et qu'il ne faut point un canonicat uni à cette condition. On a autrefois refusé un doyenné que Ton vouloit donner à un séminaire. On a toujours cru qu'il y avoit beaucoup de suites fâcheuses à craindre à entrer dans ces corps. L'on a regardé de tout temps les différents intérêts qui y sont à ménager, comme de grands obstacles au bien que nous pouvons procurer dans les diocèses. C'est ce qui a fait conclure, d'une commune voix, que vous deviez éloigner autant que vous pourriez la proposition qu'on vous a faite, parce que la maison n'y pourroit pas entrer, et que cela n'est point de son esprit ni de sa grâce.
Vous avez très bien fait de prendre vos précautions contre le feu. On y est souvent surpris pour ne le pas craindre assez. Vous savez à quel péril toute la maison fut exposée ici du temps de M. de Bretonvilliers, par une solive qui passoit sous l'àtre d'une cheminée, et qui s'échauffant peu à peu, on ne s'aperçut que le feu y étoil, que lorsqu'on vit tomber des charbons allumés dans la salle qui étoit audessous. La semaine passée, il y eut deux maisons, avec quelques personnes, brûlées en cette ville; qui firent craindre beaucoup pour l'église de S. Sauveur (1) qui les joignoit. 11
ri) L'église paroissiale de Saint-Sauveur était située dans la rue qui, encore aujourd'hui» a conseryé ce nom et va de la rue Saint-Denis à la rue Montmartre, dans le II> arrondissement de Paris. Elle servit de lieu de sépulture à Guillaume Colletet, de l'Âcadémie française, et â Turlupin (Henri Legrand), Gautliier-Garguille (Hugues Guéru), Guillot- Gorju (Bertrand Harduin de Saint-Jacques) et Raymond Poisson, qui se sont fait un nom illustre parmi les acteurs comiques.
y a eu encore depuis une aulre maison loute brûlée. Ainsi, je trouve qu*on a toujours très grande raison de se bien précautionner et de ne pas attendre que le mal paroisse; car alors, souvent, il n*y a plus de remède.
Je ne doute point que, dans la crainte que vous ne vous dégoûtiez, on ne soit ravi de vous ménager; et cela, assurément, pourra servir dans Toccasion. Mais il faut aussi, de votre part, user de beaucoup de ménagement, surtout dans les commencements, et surtout ayant à faire à des personnes qui, au fond, sont très bien intentionnées, mais qui n*aiment nullement qu on les presse. C*est ce qui me fait espérer que ce qu'on ne fera pas la première année, on pourra en venir à bout dans les suivantes. Nous verrons, par la disposition des esprits, ce que Ton pourra obtenir maintenant; et nous ne négligerons point les ouvertures que donnera Notre Seigneur, dont il faut beaucoup dépendre dans ses œuvres, attendant ses moments et les ordres de sa Providence.
11 y a quelques jours que j'ai ici une pendule sur ma table, que M. Leschassier m'a apportée pour essayer : elle est sonnante et à réveil-matin, et elle est belle et bonne; mais il la faut monter tous les jours. C'est à vous à voir si cet assujettissement vous est commode. Car, pour le reste, l'argent y est bien employé, et je crois qu'une pendule vous sera très utile pour régler la jeunesse.
Vos observations sur la comète sont fort conformes aux nôtres. Nous n'avons point ouï parler ici de celles de votre chartreux. Je serois bien aise de les voir si cela se peut. Je crois que celles que l'on ne manquera pas de faire, à l'Observatoire, ne paroîtront pas avant que la comète ait disparu, pour ne pas donner au public de fausses prédictions sur son cours.
On m'a mandé de Lyon que M«' l'Archevêque (1) étoit parti par la diligence pour venir en cette ville; que M. Maillard (2) avoit eu deux côtes démises, d'une chute dont il com-
(1) Camille de NeufviUe de Villeroy.
(2) Supérieur du séminaire Sa int-Irénée de Lyon.
menvoil à se mieux porter; qu'ils n éloient plus que treize séminaristes; que la crainte de la famine avoit obligé de faire des prières publiques pour apaiser Tire de Dieu, et que Ton expose successivement le Saint-Sacrement dans toutes les églises de la ville.
Je suis très cordialement à vous. — L. Tronson.
LETTRE XVI
A Issy, 14 mars 1681.
Les observations de Dom Anthelme sont belles, pourvu qu'elles se trouvent vraies. C'est aux doctes à en juger. Je doute néanmoins d'une partie de ce qu'il dit, et j'ai peine à croire qu'elle (1) ait paru aussi long temps qu'il le marque, et qu'on l'ait pu voir encore le 6 de ce mois (2). Pour les effets particuliers de la comète, il a trouvé le moyen de ne s'y point tromper, en disant qu elle n'en a point. Nous verrons ce que les habiles gens en pensent ici, lorsqu'ils s'expliqueront. Ils n'ont encore rien fait paroître.
Si vous pouvez m'envoyer aisément ces feuilles volantes des longitudes que vous donne le P. Recteur du collège d*Aulun, je serai bien aise de les voir.
La maison pleine, l'exactitude aux exercices, l'union et la paix dans la maison, sont des bénédictions que Dieu vous donne, et dont nous le remercierons en lui demandant, pour comble de ces bonnes nouvelles, la continuation de votre
(0 La comète, dont il est parlé dans la lettre précédente.
(2) Le P. Fontaney dit aussi : « La dernière fois que je la vis, ce fut le 19 de février, sur les huit heures et demie du soir » {Observations sur la comète de l'année 1680 et 168i, faites au collège de Clermont, par le P. Jean de Fontaney, de la Compagnie de Jésus, professeur des Mathématiques; Paris, Gabriel Martin, 1681, in-12, p. 90). Mais Cassini rapporte les observations qu'il fit encore les 9, 10 et 18 mars. Cfr. \bréf/é des observations et des réflexions sur la comète qui a paru au mois de décem,bre 1680, et aux mois de Janvier, février et mars 1681, par Cassini; Paris, Michallet, 1C81, in-4», p. 86.
118 LIVAE DEUXIÈME
sanlé, que vous devez ménager pour son service. Je suis toul à vous. — L, Tronson.
LETTRE XVII
Issy, ce 29 mars 1681.
Le séjour que j'ai fait à Issy durant tout ce mois m*a empêché d*avoir de grandes conférences avec Monseigneur d*Âutun. Si ma bonne volonté pouvoil opérer tout le bien que je souhaite, son séminaire assurément s*en ressentirait; mais je crains fort qu elle ne soit stérile et sans effet, et je ne sais ce qu'il entend par mon savoir-faire. Quand nous serons à Paris, nous aurons Thonneur de le voir et d'écouter ce qu'il nous dira, afin de le servir en ce que nous pourrons. On ne peut pas être mieux intentionné qu'il paroit Tètre pour cet œuvre, et il ne tiendra pas à lui qu'il n'obtienne encore pour cela quelque gratification. Le serQion qu'il fit, dimanche dernier, devant le roi, ne lui nuira pas; car on en a été extrêmement content (1).
Le fruit de la retraite de 8 ou 10 jours de Messieurs les Curés ne peut être que fort grand, pourvu que ces retraites soient volontaires, et qu'on les puisse faire d'une manière que le séminaire et les séminaristes n'en souffrent pas.
Je ne vois pas d'inconvénient à vous charger de Foraison Sinodale; car c'est une action qui ne tire pas à conséquence, et qui ne vous détournera pas des exercices du séminaire.
Je lirai, après ces fêtes, les feuilles que vous m'avez envoyées, dont je vous remercie par avance.
(1) 11 y eut pourtant, sUl faut en croire le témoignage fort suspect de Bussy-Rabutin , des voix discordantes sur la valeur de ce sermon prêché le dimanche des Rameaux, dans la chapelle du château de Saint-Germain, à la suite de la procession et de la messe chantée en musique. Voir Pignot, Gabriel île Roquette, t. I, p. 229, 230. — Correspondance de Bussy-Iiahuth\, t. V., p. 251, 261. — Galette de France, 12 avril 1681.
COBRESPONUA^CK AVKC LE SÉMLNAIRE D^Al'TUN 119
Le voyage de Bourbon est rompu : ainsi, vous n*aurcz pas peul-élrc sitôt Monseigneur d*Autun. Tout à vous. — L. Tnossox.
LETTRE XVIII
A MONSIBUU SAGET (1^
23 février 1682.
Vous n'avez que faire, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, de passer les mers, d*aller en Angleterre, de vous transporter dans les pays les plus éloignés pour y chercher le martyre : vous le trouverez assez sans tant de peine. L'obéissance nous en fournit tous les jours assez d'occasions. Quand elle est exacte, décollât hominem et amputai ei pvoprix voluniatis caput. Ce qui fait que les Saints Pères l'appellent nobile quoddam genus mariyrii et palma triumphalis. Le martyre surtout que Dieu demande de vous est celui dont sa Providence vous donne des occasions dans remploi où vous êtes. On n'en manque jamais en quelque état et en quelque lieu que Ton soit : il y a toujours, à souffrir, ou de soi-même ou des autres. Et comme c'est là uh exercice de toute la vie, c'est aussi un marlyre, illo quo memhra avduniur ferro horrore quidem mtttua, sed dittturnitate molestiua. Je pense que celui qui a tant aimé la croix que d'y mourir pour vous vous aime trop pour vous laisser
il) Jacques Saget, né en 1630 dans le diocèse de Chartres, était prêtre lorsque» en 1663, il entra au séminaire de Saint-Sulpice. Successivement directeur de séminaire à Viviers, au Puy, à Paris, à Autun, il quitta cette dernière ville en 1C82 pour cause de santé, se retira à la communauté des prêtres de la paroisse h^aint-Sulpice; puis, en 1682, accompagna M. Baudrand à riermont d'où, en 1C86, il retourna à Paris et fut nommé directeur de la solitude. H mourut dans cet emploi le 25 février 1704, âgé de 74 ans. Il avait une grande dévotion à la vénérable mère Agnès de Jésus, et il montra un grand zèle pour la cause de sa béatification . Voir \'ie de la vénérable Mère Agnàs de Jésus... . par M. de Lantages; nouvelle édition, revue et considérablement augmentée..., par M. Tabbé I.ucot: Paris, 1863, in-S^», t. II, p. 568.
1^0 LIVAE DEUXIÈME .
sans croix. Ce n esl pas aussi pour vous en retirer que je vous avois parlé de revenir ici, mais parce que i*on disoit que cela ëtoil nécessaire pour la santé. Mais puisque vous me mandez qu'elle est rétablie, je me contenterai de demander à Dieu qu*ii raffermisse et qu*ii vous en donne autant qu'il est nécessaire pour accomplir tous ses desseins sur vous. Je suis on lui, très cordialement, tout à vous. — L. Thonsox.
LETTRE XIX
A MONSIEUR RIGOLBY
24 février 1682.
11 y a assurément sujet de bénir Dieu de la fidélité au règlement que vous me marquez être grande, tant dans les directeurs que dans les séminaristes. Rien ne me sauroit donner, plus de joie qu* une si bonne nouvelle. Car il est impossible que cette exactitude n'attire de grandes bénédictions du Ciel, et que Tœuvre et les ouvriers ne s'en ressentent.
Vous avez très bien fait de ne pas officier, à la Visitation, le jour de S. François de Sales; et je crois que je vous l'ai déjà mandé. Il est vrai qu'il est fâcheux de refuser ce qu^ les autres accordent; mais nous tacherons de faire en sorte que l'uniformité soit observée et que tous observent la même conduite. Je ne sais pas encore comme ils en usent à Rourges : pour Lyon, ils s*cn débarrasseront peu à peu.
Comme l'exemple de Lyon nous apprend qu'il est très difficile que les retraites des curés ne fassent tort au séminaire, je crois que vous ferez bien de prendre garde que, durant ce temps-là, on n'interrompe point les exercices du séminaire; que le règlement aille toujours de même, et qu'on ne s'applique pas moins aux séminaristes que durant le reste de l'année. Vous savez qu'on se laisse aller bien plus aisément à ces emplois qui ont un peu plus d*éclat, dont on voit le fruit plus présent, et qui donne plus de réputation. Cependant, il est important de ne les regarder que comme
l'accessoire, et de no s'y appliquer qu*aulant qu'il ne fait point de tort au principal.
11 faut qu'on s'assujettisse à vous rendre compte de toutes les choses qui ne sont point renfermées sous l'obligation du secret de la confession ou de la direction. Vous avez raison de dire qu'on ne fait ici rien sans m'en avertir. L'on en doit faire de même dans les provinces, et il est de Tordre qu'on rapporte ou supérieur tout ce qui se passe dans le séminaire.
Je vous souhaite une ample et copieuse bénédiction. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XX
Ce 26 octobre 1682.
J'ai présenté ce matin à Monseigneur d'Autun MM. de La Goutte et Ëyraud qui doivent être satisfaits de l'accueil qu'il leur a fait. Il sera bon que vous songiez à la dépense de leur voyage, car je crois que vous savez que ce sont des frais qui doivent tomber sur le séminaire où ils vont travailler. Cependant, ils disposeront toutes leurs petites affaires; car je crois qu'il seroit bon qu'ils se trouvassent au commencement de vos exercices.
La réponse que vous a faite Monseigneur d'Autun et que vous m'avez communiquée est conforme à ce qu'il m'a dit. Il témoigne élre extraordinairement satisfait, et de son séminaire et de votre conduite. Il m'a parlé de la pensée qu'il avoil eue et dont il vous a écrit, de faire assister aux leçons de théologie du séminaire les ecclésiastiques du dehors; mais il verra par ma réponse, qui est la même que la vôtre, que ce ne seroit pas là le bien du séminaire.
Je ne vois point d'inconvénient à la pensée que vous avez d'acheter une maison de campagne en votre nom, et je ne crois pas que personne y puisse trouvera redire. Quand vous l'aurez acquise, vous verrez quel usage vous en ferez. La vue
lia LIVRE DEUXIÈME
que Dieu vous a donnée de Tunir metlroil ie séminaire en état de ne pas changer aisément de conduite. Que si Notre Seigneur demande que vous en disposiez autrement, elle servira toujours utilement pour les promenades de vos Messieurs.
Je suis tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE XXI
Ce 3 décembre 1682.
Il est bien juste, iMonsieur et très cher en Notre Seigneur, que je vous témoigne la part que je prends à la satisfaction que vous trouvez à Autun. Je suis sûr que vous y respirerez un air qui vous sera plus agréable que celui de l'infirmerie de ce pays ici. De la manière que vous me dites que les choses se passent, je m'imagine que vous êtes déjà guéri de tous vos maux, et que, pourvu que les exercices n*engendrent point en vous de nouvelle bile, vous allez prendre de la santé pour le reste de vos jours. Il faut cependant que vous vous ménagiez; car, quelque pensée que vous ayez d'être dans un Paradis, vous ne laisserez pas d'avoir besoin de petits secours pour soulager Tinfirmité humaine. Vous les trouverez abondamment en la charité de M. Rigoley, pour
(l) Laurent Eyraud, né en Auvergne vers Pan 1641, avait exercé le saint ministère dans deux paroisses du diocèse de Clermont quand il entra au séminaire de Saint-Sulpice, le 31 mai 1673. Après y avoir passé une année, il travailla pendant deux ans avec les prêtres de la communauté. De retour dans son pays en 1676, il fut nommé curé de la paroisse Saint-Cirgues, près Issoire; mais en 1681 il retourna à Paris et se présenta pour être admis dans la Compagnie. L'année de son noviciat étant écoulée, il fut envoyé à Autun, et il s'y montra plein de zèle pour la sanctiflcation des séminaristes dont il dirigeait un grand nombre. 11 en fut retiré, aux vacances de 1691, et après avoir travaillé dans le séminaire de Clermont pendant les douze dernières années de sa vie, il y mourut le 14 février i701, âgé d'environ 60 ans; « asthmatique et bon prêtre », dit le registre do? sépultures de la paroisse Saint-Bonnet.
GORAESPO.NDANCE AVEC LE SEMINAIRE d'aUTU.N 123
qui vous devez avoir une grande ouverture. Je serai bien aise d'apprendre de temps en temps de vos nouvelles, et d*avoir occasion de vous témoigner combien je suis cordialement à vous, — L. Tronson.
LETTRE xxil
Ce 17 décembre 1682.
Les sujets de peine de M. de La Goutte ne sont nullement fondés. Ce sont de purs scrupules et des effets d*une imagination échauffée qui, prévenue d*une manière exlraordinairement vive sur de certaines matières, lui fait craindre et même lui persuade quelquefois qu*il offense Dieu dans des choses dont certainement il a la dernière aversion. Il m*a prié de vous écrire le détail de tout son état; mais je crois que ce que je vous marque en général, avec ce qu*il pourra vous en dire dans les occasions, vous suffira pour le bien conduire. Ce qu*il a de bon est qu*il est extrêmement soumis, et que, pourvu qu*on Técoute, il n*a nulle peine à déposer toutes ses convictions, pour suivre les avis qu*on lui donne.
Celui qui vous a écrit (1) touchant le désir qu*il a de résider, m'en a aussi entretenu quelquefois. Je crois bien que le procès qui Tarréte ici présentement (2) est une raison très légitime iK)ur être à Paris. Il faut prier Notre Seigneur qu*il
(1) L'évêque d'Aulun.
(2) Le procès de juridiction que Gabriel de Hoquette, à cette époque, avait avec Marie de la Baume, abbesse de Saint-Andoche d'Autun; laqueUe prétendait que son monastère était immédiatement soumis au Saint-Siège, et que Tévëque d^Autun n'avait sur lui aucun droit de Juridiction. Le procès dura fort longtemps, parce que Tabbesse refusait toujours de se soumettre aux sentences prononcées contre elle. Le roi donna enfin des lettres de jussion, en vertu desquelles Tabbesse fut conduite de force au prieuré d'Iseure, où elle mourut le 30 novembre 1709. V. H. Pijrnot, Gabriel de Uoqucttv, t^vrf/ur (CAutun, t. II, p. 38^5.
ait bientôt un bon arrêt, afin qu*il soit en état de continuer les grands biens quMI fait quand il est présent dans son diocèse.
Vous faites très bien de vous ménager sur tout ce qui ne regarde pas immédiatement le séminaire, et de vous renfermer dans votre vocation. C'est le moyen d'y réussir, et je ne vois rien à changer à cette conduite que vous avez prise, qui me paroit très judicieuse. Tout à vous. — L. Tronson.
LETTRE xxili
A MONSIEUR BYRÂUD
Ce l«r mars 1683.
Je ne doute pas. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que vous ne travailliez de toutes vos forces à bien loger Jésus-Christ dans le cœur de vos pénitents, en attendant que vous soyez en état de le loger mieux qu'il n*a été jusqu'à présent dans votre chapelle. Il faut que les richesses intérieures suppléent à la pauvreté extérieure, et que, si vous n'avez ni des ornements précieux ni un beau tabernacle qui puisse satisfaire votre religion, vous tâchiez de contenter votre zèle en faisant autant de beaux ciboires à Notre Seigneur, que vous avez d'àmes sous votre conduite. Comme je vous ai vu quelquefois fort porté à donner de beaux sens mystiques aux cérémonies, vous ne serez pas en peine d'en trouver d'aussi beaux sur vos ornements, qui vous consoleront dans votre pauvreté! Cependant, quelque attrait que vous ayez pour le mystique, je souhaite que quelqu'un vous donne lieu d'y joindre le littéral, afin que votre dévotion soit pleinement satisfaite. J'espère qu'avec le temps tout se perfectionnera. Je suis, du meilleur du cœur, tout à vous. — L. Thoxson.
COHHESPONDANCB AYRG LE SÉMINAIRE D*AUTUN 125
LETTRE XXIV