‹ Correspondance de Louis TronsonChapitre 17 sur 42 · A MONSIEUR DE PLANQUE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE PLANQUE

Ce 14 avril 16W.

Quelque fréquentes que soient vos convulsions, et quelque extravagante et féconde que soit votre imagination, vous ne devez point vous en embarrasser. Gela ne doit servir qu'à vous humilier et à vous faire connoître que nous ne sommes encore que initium aliquod creaturœ ejus {Jac. I, 18). Il faut s'attendre d'avoir toujours matière d'exercice et de combat, donec occurramus in virum perfectum, in mensuram œtatis plenitudinia Christi (Ephes. IV, 13). Toutes res épreuves que vous sentez ne sont que des effets de la conduite de Noire Seigneur sur vous; qui veut par là vous perfectionner, et qui permet ces combats ne virtus inexercitata languescai. Je ne doute pas qu'il ne vous y rende fidèle, et que vous ne trouviez le moyen de vous faire un lieu de retraite dans votre cœur, ou plutôt dans le cœur de Jésus,

92 LlVilK PUEUIKR

OÙ VOUS serez en sûreté conlre toutes les attaques qui vous viendront de dehors.

Vous vous êtes offert à nous d'une si bonne manière et avec tant d'abandon pour tout ce que Notre Seigneur désireroit de vous, que vous ne devez point avoir de scrupule d'avoir laissé passer une belle occasion de me proposer d'aller en Canada travailler au salut des infidèles. Ce n'est point par un effet de votre tiédeur ni de votre lâcheté, mais par une conduite de la Providence de Dieu qui a d'autres desseins sur vous. Je crois que vous avez assez d*emploi et que vous êtes assez utile a la gloire de Dieu dans le lieu où vous êtes, pour ne le pas quitter si aisément et pour ne pas songer aux pays étrangers. Vous n'avez qu'à bien demeurer en paix dans votre poste, et y être fidèle à Dieu en attendant qu'il demande autre chose de vous. L'avis qu'on vous a donné, de ne point faire de réflexion sur vous-même, me paroit d'une grande conséquence; et si vous y êtes fidèle, il vous délivrera de bien des troubles et des inquiétudes qui ne peuvent que mettre un grand obstacle à votre perfection; car la paix du cœur vous est encore plus nécessaire que vous ne pensez, pour vous délivrer de bien des tentations, et pour faire que Notre Seigneur règne plus souverainement en vous. Je vous la souhaite inviolable, en sorte que J'on puisse dire de vous : Faciua est in pace locus eju8 (Psalm, LXXV, 3); et, Dette in medio ejus, non commovebiiur (Psalm. XLV, 6). Je suis en lui, beaucoup pliîs que je ne puis vous dire, entièrement et très cordialement k vous. — L. Tronson.

LETTRK lAXi

A MONSIEUR DE PLANQlË

Ce 30 octobre 16Ç>9.

Je n*ai point été surpris des accès de vos convulsions ni des bourrasques qui ont suivi votre retraite. Il étoit juste qu'y ayant fait une bonne provision de grâces et de bonnes résolutions, la Providence permit qu'il arrivât de bonnes oc-

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE d'aNGERS 9)i

casions pour les réduire en pratique. Quelque foiblesse que vous ayez senti en vous même, je ne doute pas que vous n'ayez éprouvé la force de la grâce, et combien on est en sûreté au milieu des périls, quand on s*y tient bien uni à Notre Seigneur; et ainsi, je vous conseille de lui dire en ces rencontres avec une pleine confiance ce que lui disoit le prophète : Stemua stmul; et quia est adversarius meus, {laai, L, 8)? Pone me juxtà le, et cujuBvia manus pugnet contra me. (Job, XVII, 3). Abandonnez-vous à son amour, afin qu'il dispose de vous en la manière qu'il lui plaira. Tous les momens sont en sa disposition, aussi bien que ceux de notre mort; puisqu'il est le maître des uns et des autres, ne nous arrêtons point à toutes les pensées qui n'iroienl qu'à les déterminer; et ainsi, vous faites bien de les regarder comme des imaginations, et de tâcher de ne vous y point arrêter.

Vos réflexions sur les changemens qui se font dans les communautés me paroissent justes, et il y a long temps que je suis persuadé de cette grande maxime de s. Augustin : Ipaa mutatio consuetudinis , quœ utilitate adjuvat, novitate perturbât (1). Vous me feriez plaisir si vous me vouliez envoyer une liste de ceux que Ton a faits; surtout, de ceux que Ton a faits pour pouvoir rendre l'entrée et la demeure du séminaire aisées et faciles à plus de monde. La fixation des places au réfectoire no me paroît pas de ce nombre; car elle est fort incommode pour ceux qui avoient accoutumé de s'appuyer le dos contre le lambris. Pour votre etc. qui suit, je m'attends que vous me l'expliquerez dans votre première lettre; après quoi, je vous conseillerai de ne plus considérer toutes ces choses qui ne vous regardent point, que comme des amusemens et des tentations. Cependant je loue votre fidélité à me rendre compte de toutes vos pensées, dont je ne puis être que très édifié. Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout à vous. — L. Tronson.

(\) Au^. Epiât. LIV, ad inquisitiones Januarii, n. (>.

^'k LIVRK PRRMIEU

LETTRE Lxxn

A i/aBBÉ de saint- AUBIN

Ce 26 Janvier 170(».

J*ai reçu votre grande et dernière lettre sans date. Elle ni*e\plique assez nettement les peines de M. Grandet, dont je crains que les suites n*aillent k mettre la division dans le séminaire. C'est ce qu'il faut tâcher de prévenir, et ne rien négliger pour y maintenir la paix. Quelque nécessaire qu'elle soit pour le bien de Tœuvre que Dieu vous confie, je ne crois pas que vous la deviez conserver au préjudice du bien général du diocèse. Ainsi, M»' d'Angers jugeant que, pour avoir de bons prêtres dans son diocèse, il est nécessaire que les diacres du petit séminaire aillent passer six semaines au grand séminaire, afin d^avoir un témoignage suffisant de leur vocation et de leurs bonnes mœurs avant que de^ les admettre au sacerdoce, je ne vois pas que vous ayez Aitre chose à faire sur cela qu'à lui obéir. J'en dis de même pour les deux années de philosophie qu*il ne veut pas compter à ceux du petit séminaire. Quelque peine que cela fasse à M. Grandet et quelque diminution que cela apporte au nombre de ses enfans, si le Prélat juge cela nécessaire, on doit se soumettre et préférer le bien général ay particulier.

Je ne vois non plus d'autre réponse à vouslTaire pour le titre, qu'il a réglé à 60 livres; et c'est une grâce qu'il leur fait, puisque, comme vous me marquez, le titre ordinaire est de 100 livres.

Vous ne sauriez mieux faire que de faire tout ce que vous pourrez pour vous dispenser de recevoir dans le grand séminaire les prôtres que l'on oblige de se retirer dans le séminaire. Vous en voyez les conséquences et le tort que cela pourroit faire à vos ordinands.

Si, après tout cela, vous me demandez encore quelque éclaircissement, vous n'aurez qu'à me proposer vos doutes, et vous me trouverez toujours prêt k vous répondre.

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMCNAIRE D^ANGERS ^t\

Je me persuade que toul ce que vous faites, vous le faites pour la gloire de Dieu, et que votre intention est assez pure dans votre cœur, pour croire qu'en travaillant beaucoup pour les autres, vous travaillez à même temps pour vous-même. Songez seulement à lui être fidèle, à lui gagner bien des âmes, et à lui dire souvent ce que lui disoit un grand saint : Intende mihi, et intendant iibi : intende meœ miseriœ, et intendam tuœ boniiati.

En attendant celte retraite que vous méditez de faire, je vous conseille au moins de bien conserver la paix au dedans si vous ne la sauriez maintenir au dehors. Pacem hahete, et Deuapacis et dilectionis erit vobtacum (II Cor, XIII, 11). Je souhaite qu*il vous la donne entière, et pour le temps et pour l'éternité : Ipse autem Dominua pacia det vobia pacem aempitemam (I Theaa. V, 16) (1). C'est le souhait que faisoit s. Paul à ceux de Thessalonique, et que fait pour vous, de tout son cœur, celui qui est, en Jésus et Marie, mille fois plus qu'il ne vous peut dire, entièrement vôtre. — L. Tronson.

(1) Un mois après cette lettre écrite, jour pour jour, le 26 février, M. Tronson entrait lui-même dans son éternité.

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