‹ Correspondance de Louis TronsonChapitre 20 sur 42 · A MONSIEUR CONSTANT · texte numérisé non relu

A MONSIEUR CONSTANT

Ce 5 Juillet 1683.

il vous auroit été inutile de parler à M. Bardon de votre attrait pour la Chine. Vous n'êtes plus en âge d'y penser. Les Messieurs des Missions-Étrangères qui sont chargés de celles du Levant ne veulent que des personnes plus jeunes. Ainsi, vous vous contenterez d'y aller en esprit, et d'accompagner de cœur ceux que Dieu y appelle. C'est le moyen, en faisant à Autun ce que Notre Seigneur demande de vous, d'avoir part à tout ce qui se fera de bien à la Chine. Quod illorum est per labovem, tuumeritper amorem. Demeurez donc sur cela pleinement en repos. On ne vous demandera point compte de Tàme des Chinois, mais des ecclésiastiques bourguignons.

(1 ) Directeur du séminaire de Saint-Sulpice.

l:î() LIVRE DKIXCKMR

C'est là votre vocation, et c'est là où se doit renfermer votre zèle. Il peut bien s*étendre plus loin par les désirs, car la charité n'a point de bornes; mais pour le reste, il faut que par la fidélité à votre emploi présent, vous trouviez le moyen de satisfaire votre zèle. Au moins, je suis sur que vous y trouverez de quoi remplir tous vos désirs, et accomplir les desseins de Notre Seigneur sur tous. Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout à vous. — !.. Tronsox.

LETTRE XXVI

A MONSIEUR EYRAUI)

Ce 23 JuiUct 1683.

Je bénis Dieu de tout mon cœur de ce que vos infirmités ne vous abattent pas, et ne diminuent point votre abandon h la Providence. Je ne m'étonne pas qu'elles vous fassent quelque peine, voyant qu'elles arrêtent un peu les effets de votre zèle, et que vous ne travaillez pas quelquefois autant que vous désireriez ; mais ce qui vous doit consoler est qu'en travaillant autant que l'obéissance vous le marque, vous travaillez autant que Dieu le veut et vous remplissez assez toutes vos obligations. Ce que je puis vous dire est que, quand vous feriez encore beaucoup moins, par l'impuissance où Dieu vous pourroit mettre, nous en serions parfaitement contents, vous voyant soumis amoureusement à ses ordres, et porter votre croix avec une parfaite résignation. J'espère que les eaux de Sainte-Reine (I) que l'on vous cons(;i!le vous serviront. Que si vous n'en receviez point de soulagement, on pourroit vous envoyer d'ici quelque remède, qu'un médecin de cette ville juge excellent pour votre mal. Je serai bien aise d'apprendre toujours des nouvelles de votre santé, qui m'est mille fois plus chère que je ne vous puis dire. On est

(1) C'est Alise-Sainte-Reine, sur le Mont-Auxois, canton de Flavignysur-Ozerain, arrondissement de Semur, département de la Côte-d'Or. Ses eaux, paraît-il, étaient alors conseillées contre les douleurs de la pierre, qui était la maladie de M. Eyraud.

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE D*AUTUX i*il

loujours bien, mon 1res cher Monsieur, quand on est dans Tétat où Dieu veut. Nous lui demanderons que vous soyez du nombre de ceux quos prœdestinavit conformes fieri imaginia Fila sut {Rom. VIIl, 29). C'est le souhait le plus ardent d*un cœur qui est tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XXVII

A MONSIEUR DE LA GOUTTE (1

G août 1683.

Vouz ferez très bien, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, de donner le traité de la Grâce, si M. Higoley vous le conseille.

J*ai bien de la joie que vos peines diminuent, et j*en aurois une bien plus grande si elles étaient entièrement dissipées et que vous fussiez tout à fait en liberté. J espère que si vous continuez à passer h-irdiment par dessus vos dif)i> cultes, vous vous en trouverez, à la fin, délivré.

(1) François de La Goutte, né à Autun en 1630, entré au séminaire de Saint-Sulpice le 26 octobre 1654, licencié de Sorbonne en 1660, fut envoyé à Lyon, la même année, pour enseigner la théologie scolastique. Fatiguô par les scrupules qui durèrent toute sa vie, il dut aller se reposer ù Saint-Sulpice au mois de février 1680. Vers la fin de 1682, il fut envoyé â Autun, où il mourut le 10 décembre 1706, à l'âge de 76 ans. Cinq Jours après sa mort, M. Leschassier écrivait à Pévèque d'Autun :

< Le bon M. de La Goutte nous était très cher pour bien des raisons; et quoique son âge et ses dernières infirmités nous avertissent que nous ne pourrions pas le conserver encore long temps, nous n'avons pas laissé de ressentir une grande douleur de sa perte. C'est une consolation pour nous, de voir qu'après les années nombreuses qu'il a demeuré dans votre séminaire et qu'il y a travaillé, personne ne s'est plaint de lui, que les ecclésiastiques l'aient toujours aimé et qu'il ait mérité votre approbation >». M. Leschassier écrivait encore à M. de Behnont, supérieur du séminaire de Montréal, le 27 février 1707 :

< Nous avons perdu le bon M. de La Goutte, mort très saintement, après avoir passé environ vingt-cinq ans au séminaire d'Autun, où il a toujours très utilement enseigné et fort édifié. Il a laissé pour deux mille lignes de livres au séminaire de Saint-Sulpice, pour servir au séminaire d'Autun ». Cfr. Bibliothèque sulpicicnne, t. I, p. 164.

128 LIVRE nEUXIÈME

Il y a quatre sortes de séminaristes qui veulent prendre les ordres. Les premiers, qui sont tout à fait indisposés et qui n*ont point de vocation. Les seconds, en qui on voit toutes les dispositions et les marques de vocation que Ton demande ordinairement pour les ordres. Les troisièmes, en qui on remarque quelques marques de vocation, mais assez douteuses. Les quatrièmes, dont les dispositions font croire qu'ils ne devroient pas s'engager si tôt.

Pour les premiers, il faut leur dire qu'ils ne doivent s'engager et se présenter à l'ordination, et leur refuser l'absolution s'ils refusent d'obéir.

Pour les seconds, il n'y a nulle difficulté de les assurer qu'ils peuvent recevoir les ordres.

Pour les troisièmes, après leur avoir représenlé la sainteté et les grandes dispositions que TÉglise demande en ceux qu'elle ordonne, et les périls où Ton s'expose quand Ton n'est pas aussi parfait que l'état demande, on peut les laisser faire, à moins qu'ils ne fussent tout à fait disposés à suivre l'avis qu'on leur donneroit; car alors il faudroit leur conseiller d'attendre, pourvu qu'il n'y eut point d'ailleurs d'autres inconvénients.

On peut en user de même à l'égard des quatrièmes.

Soyez persuadé. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, que je suis toujours, du fond du cœur, tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE xxviii

A l'évêque d'al'Tun

Du séminaire Saint-Sulpiee, ce 2 décembre 1683.

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, avec toute la reconnoissance que je dois à vos bontés. Ce que vous me faites la grâce de me mander de votre séminaire me donne une consolation très grande. Car, comme je sais que nos Messieurs qui y travaillent n'ont point de plus grand désir que de vous contenter, je ne puis aussi avoir

COHRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE D*AUTUX 129

qu'une extrême joie d'apprendre de vous même que vous êtes satisfait. Nous ne le sommes pas moins ici de Monsieur votre neveu (1). Je ne doute point qu'il ne vous ait mandé des nouvelles de son étude depuis qu'il est à la Petite communauté. Pour la piété, il se soutient toujours avec la même ferveur,, et nous ne voyons point que le changement de demeure ait apporté de changement à sa fidélité. J'espère, Monseigneur, qu'il remplira sa grâce et vos désirs. Je souhaite d'être aussi fidèle à remplir les miens, et à vous faire connoitre, en le servant avec une entière cordialité, combien je suis. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.

LETTRE XXIX

A MONSIEUR RIOOLEY

Ce !!• février 1684.

Mon incommodité n'est pas grande, et elle m'oblige seulement à écrire peu et à éviter le froid qui me saisit aux yeux. Vous ferez mes excuses à nos Messieurs si je suis long temps sans leur écrire, car ils pourroient avoir quelque peine de ce que je ne leur réponds pas.

Je souhaite que M. d'Âutun puisse se raccommoder avec Messieurs du Parlement et que les esprits se réunissent (2). Les affaires de Dieu, apparemment, en iroient mieux.

(1) Auguste-Louis-Henri de Roquette, du diocèse de Paris, entra, étant encore laïc, au séminaire de Saint-Salpice, le 22 avril 1678. Le samedi 28 du mois de mai suivant, M. Tronson lui donna la soutane et fit une allocution qui dura trois quarts d'heure. La cérémonie eut lieu à la chapelle, après la messe, M. Tronson étant assis contre l'autel, et revêtu de l'aube et de l'étole (Journal de M. Bourbon). Au mois d'octobre 1686, le tonsuré sortit du séminaire de Saint-Sulpice et passa â la Petite communauté, établie, vers 1672, pour ceux qui, manquant de santé, ne pouvaient suivre le règlement du séminaire en tous ses points : il y demeura Jusqu'à la fin de sa licence. Il devint granp vicaire d'Autun en 1690, et mourut dans cet emploi en 1694.

(2) Voir, sur ce procès, H. Pignot, Gabriel de Roquette, t. il, p. 87- 95. — Mémoires du Clergé, in-4o, t. VII, p. 720 et suiv.

130 LIVRE DEUXIÈMK

Je ne m*élonne pas qu*on parle mal des personnes qui ont été dans les affaires : Tavantage pour le défunt est que Ton ne trouvera pas, & mon avis, qu il ait abusé à son profit du pouvoir qu'il avoit dans les finances (1).

Ce qu'il y a à craindre si M. Fichot fait un Bref, ou Ordo, est que cet emploi le pourra détourner de ceux du séminaire. Cependant, on peut le laisser faire, en prenant néanmoins, du côté de Monseigneur d'Autun, les précautions et le consentement requis en pareil cas. Cest un travail qui ne peut être que bien utile pour le diocèse, et qui empêchera bien des fautes dans la récitation du saint office.

Je prie Dieu de bénir ceux qui ont avancé l'argent pour vos meubles. C'est une marque de leur zèle qui donne lieu d'espérer que, peu à peu, cet ouvrage se perfectionnera.

Tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XXX

A MONSIEUR BYRAUD

Ce 8 mars 1684.

Je conviens avec vous. Monsieur et très cher en Notre Sei-

(1) Allusion à Colbert, duquel M. Tronson, le 8 septembre précédent, écrivait à M. Rigoley en ces termes : « La maladie de M. Colbert, qui mourut avant-hier entre trois et quatre heures du matin, m*a tout occupé la semaine passée. Car il a fallu consoler la famille qui prend cette perte d'une manière aussi chrétienne qu'on le peut souhaiter >•. A sa mort, Colbert aurait, dit-on, laissé une fortune de dix millions : d'où le public prit occasion dUnsulter sa mémoire. Le témoignage de M. Tronson est d'un grand poids en faveur de la probité du célèbre ministre. Ceux qui plus tard ont étudié de près sa « Vie et son administration », lui ont rendu la même Justice. Après avoir rapporté ce que dit Maurepas, — un des successeurs de Colbert, — que « le peuple de Paris Tauroit déchiré en pièces si l'on n'eût eu la précaution d'assembler tous les archers de Paris pour garder son corps », M. Clément ajoute : « Triste et à Jamais déplorable témoignage des égarements de la multitude et de l'injustice des contemporains » {Histoire de la Vie et ds l'administration de Colbert, par Pierre Clément; Paris, 1846, in-8», p. xni).

CORHESPONDAXCE AVEC LE SKUINAIHE D^AITUN 131

gneur, que c'est vivre miserè que de vivre medicè; mais il faul que vous conveniez aussi avec moi que cette maxime n'est vraie qu'en parlant naturellement. Car, à parler en chrétien, comment pourroit-on être misérable en vivant comme Dieu veut? Puisqu'il vous tient dans un état d'infirmité, il ne veut pas que vous viviez comme une personne saine, et vous ne sauriez mener une meilleure vie que celle qui est conforme à cet élat où sa Providence vous met. On fait très bien de ne vous laisser faire le carême; et pour vous, vous ne sauriez mieux faire que d'obéir. Il y a assez d'autres abstinences à pratiquer pour suppléer à l'abstinence de la chair que l'on vous défend ; et quand vous n'auriez point d'autre mor^tification à faire que celles qui sont inséparables de l'état où vous êtes, vous en trouverez toujours assez qui vous vaudront bien autant que le jeûne. Je ne doute pas même que vous n'ayez assez de dévotion pour être du nombre de ceux quiper abêtineniiam non macerantur in corpore, sedper fructum *boni operis reficiuntur in mente (Oraison du jeudi de la première semaine de carême).

J'espère que notre Seigneur vous fera cette grâce, et qu'il se glorifiera en vous au milieu de vos infirmités. Je suis en lui tout vôtre. — L. Tronson.

LETTRE XXXI

Ce 15 mai 1684.

Il est difficile que Monseigneur d'Autun ne voie lui-même, s'il s'applique un peu au séminaire, que le séjour d'un évêque qui en feroit sa maison de plaisance, ne peut faire qu'un très grand tort à la régularité que l'on y doit observer, et à la retraite où l'on y doit tenir les séminaristes. C'est ce qu'on lui peut aisément représenter, et sans qu'on lui réponde directement s'il doit y faire, ou n'y pas faire un logement pour révéque : il en tirera de lui-même la conséquence.

Pour les pensions, vous faites bien de lui témoigner toujours qu'elles ne suffisent pas, puisque c'est la vérité.

132 ' LrVRB DEUXIÈME

La mort de M. Masson nous a surpris (1) : c*éloit un grand ouvrier, et c'est une grande perte pour la maison ; car il éloit propre à tout, et on pouvoit, en sûreté, se reposer sur lui de toutes choses. Cet accident nous oblige de rappeler ici M. Leschassier, et de nous servir de M. Baudrand, dont le séminaire de Glermont pourra se passer durant quelque temps.

Je ne puis être de Tavis de vos Messieurs touchant ceux qui ont fomenté depuis si long temps dans le séminaire ces amitiés particulières. Un avis donné doucement ne suffiroit pour guérir le mal présent, et encore moins suffiroit-il pour celui que Ton a toujours sujet de craindre pour l'avenir. 11 faut un exemple qui rompe ce commerce, et qui fasse impression sur ces sortes d'esprits qui pourroient venir dans la suite et vous embarrasser. Ainsi, je crois qu'il seroit très important de mettre hors du séminaire un ou deux des principaux dont on seroit le moins content. C'est à quoi vous feriez très bien de porter Monseigneur d'Autun, en lui disant ce qui s'est passé, et combien ces petites cabales sont dangereuses dans votre communauté. Je suis bien aise que vous m'ayez mandé votre avis, qui me paroit très juste.

Je suis cordialement à vous. •— L. Tronson.

Ceux qui ne sont pas satisfaits de la Vie de M. Olier (2) le seroient peut-être davantage de celle de M. de Saint-Gyran; mais il faudra qu'ils la cherchent ailleurs que dans le livre du P. Giry.

LETTRE XXXII

Ce 26 novembre 1685.

J'ai reçu votre lettre du 17 dç ce mois avec beaucoup de

(1) Pierre Masson, du diocèse de Lyon, entré clerc au séminaire Saint-Irénée le 16 mai 1662, directeur au séminaire de Limoges le 4 décembre 1670, directeur du séminaire de Saint-Sulpice en 1681, mort au mois de mai 1684.

(2) Par M. Leschassier, mais publiée sous le nom du P. Giry et

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE d'aUTUN 133

salisfaction ; car vous m'y marquez que, par la miséricorde de Dieu, voire santé va assez bien, et d'ailleurs il m*y paroit une liberté d'esprit assez exempte d'embarras et de peine. Rien ne vous est si nécessaire que ce repos d'esprit ; car, comme le fonds est bon et que les intentions sont pures, vous n'avez qu'à éviter le trouble et le chagrin, et vous verrez que tout ira bien tant que vous serez en paix. Au reste, ne croyez pas que j'ai eu la moindre peine de votre conduite. J*ai souhaité, à la vérité, que vous abrégiez vos traités; mais lorsque vous le pourriez faire; et je sais que cela ne se peut pas d'abord, et qu'il faut du temps pour le bien faire. C'est beaucoup que vous ayez pu dicter, les années précédentes, ayant eu si peu d'avance. J'espère que vous en aurez un peu plus à l'avenir.

Au reste, ne vous embarrassez point quand vous voudrez m'écrire. Vous ne sauriez le faire trop simplement; et quand vous ne mettriez que quatre lignes, cela suffit. £n le faisant plus souvent, vous le ferez plus facilement, et les peines que vous avez se dissiperont par l'habitude. Vous n'y en avez pas, assurément, de plus grandes que j'en ai eu autrefois. H n'y a qu'à ne se pas rebuter. Toute l'amitié, la charité et la tendresse que vous désirez, vous la pouvez attendre d'une personne qui vous est tout acquis et dont le cœur est tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE xxxm

A monsieur rioolet

Ce 7 janvier 16S6.

Il est vrai que tout le monde a été surpris du choix que le Roi a fait de M. de Beauvilliers pour le mettre en la place de M. de Villeroy (1). Lui-même, assurément, ne s'y

insérée dans ses Vies des saints, ouvrage qui fut imprimé en 168?. V. Bibliothèque sxilpiciennc, t. I, p. 243, 244.

(!) Le maréchal de Villeroy qui venait de mourir, était chef du conseil royal des finances : le duc de Beauvilliers avait été appelé à le remplacer, le 6 décembre 1685.

13i LIVRE DEUXIÈME

altendoit 'pas : cesl uq honneur que sa seule vertu lui a acquis. Car le Roi ne Ta choisi que sur Teslime qu*il a fait (le son mérite. On voit par là que ce n*est point risquer sa fortune que de faire profession publique de piété dans le monde. Si tous les courtisans faisoienl comme lui, il ne seroit pas nécessaire d*augmenter beaucoup le nombre des confesseurs; car les confessions seroient bientôt faites et les cas aisément décidés.

Le secret que Ton demande des pénitents et dont vous me parlez ne vaut rien, et il va à établir un esprit particulier et une conduite contraire au bon ordre de la maison. Car ils doivent tous avoir une pleine et entière liberté de vous parler de leur intérieur quand il leur plaît ; et j'estime cela d'une telle conséquence, que si je ne craignois que la personne s*aigrit contre vous, je ne manquerois pas de lui en écrire dès aujourd'hui. Je tâcherai de trouver occasion de remédier à ce désordre (1).

Nous verrons en temps et lieu vos Entretiens, vosSujels d'oraison et vos Catéchismes, puisque vous le voulez bien, et nous n'en abuserons pas. Ce que je vous puis dire est qu'ils ne seront jamais entre les mains d'une personne dont le cœur soit plus à vous. II est vôtre depuis si long temps et d'une manière si particulière, que ma grande joie sera toujours d'avoir des occasions de vous en donner des marques. Vous jugerez par là que ce n'est pas seulement un style, ou par simple compliment que je mets à la fm de mes lettres : « Tout à vous ». — L. Tronson.

(i; A celui auquel il fait allusion dans cette lettre, M. Tronson écrivait quelque temps après : « Vous ferez très bien de témoigner à M. Rigoley que jamais vous n'avez empêché vos pénitens de s'adresser à lui. Il est très important, quand on a à vivre ensemble, de s'éclaircir des choses, afin que, de part et d'autre, il ne reste nul sujet de peine. »

CORRBSPONDANCE AVEC LE SEMINAIRE D*ALTUN' 135

LETTRE XXXIV

A MONSIEUR EYRAUO

Ce 22 novembre 1686.

Vous ne vous êtes pas trompé. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, lorsque vous m*avez mandé dans votre dernière lettre, que je serois surpris d*apprendre que vous aviez changé de conduite, et que vous aviez pris une manière d'agir plus rigide qu*à Fordinaire. II est vrai que j'ai été surpris : 1* parce que J^ sais bien que ce n*est pas là votre fond; que votre zèle n^esl point amer, et qu*ii aime mieux se faire aimer que se faire craindre; i"" parce que je ne vous croyois pas si tendre, que de déférer ainsi aux reproches des Messieurs sans savoir ce qu*en pensoit M. Rigoley. Maintenant que vous voyez ce qu*il en croit, vous reprendrez aisément votre première manière. Pour moi, je n*en trouve point de meilleure que celle que nous avons tâché d*observer toujours ici, et que les saints nous ont donnée : Magis venerart quam timeri stude. Nihil iam utile quant diligi : nihil tant inutile quam non amavi(l). Fidemmetua tollit, affectu8 restitua, Timor non scrvat diuiurnam fidem (2). J*espère que si, par le passé, aliquid rigov exasperavit, pia mansuetudo mulcebit.

Pour les jours maigres, quoi que vous en puissiez dire, je vous renvoie encore au jugement de M. Rigoley. Le sien ne vous doit pas être si suspect que le vôtre, et s*il vous conseille de ne faire aucune abstinence, vous aurez Tavantage : i° de conserver votre santé; 2" de renoncer à votre jugement; 3* de mériter la grâce, en obéissant dans cette rencontre, de vous soumettre avec plus de facilité en beaucoup d*autres. Je crois que, eu égard à ces avantages, vous n*aurez pas sujet de vous plaindre de lui s*il vous condamne, et que vous

(1) S. Ambros. De officiis Ministrorum, lib. 2, cap. VII. ^2) S. Isidor. Hispal., ^'orma vivcndf, cap. XII.

136 LIVRE OBUXIÂME

ne regretterez pas de perdre votre procès avec tant de profil. Vous comprendrez bien, par cette lettre, que je ne prétends pas vous regarder comme un excommunié, ni comme une personne hétéroclite, mais comme un cher frère à qui je suis tout acquis. — L. Tronson.

LETTRE XXXV

Ce 14» avril 1687.

Les trous où Ton met les morts dans notre chapelle basse ont, avec le temps, leurs incommodités. Cependant nous sommes obligés de nous en servir, à cause qu*eile est bâtie sur une carrière qui empêche que Ton ne puisse y faire des fosses. Les trous où on les met ont six pieds de long, quinze pouces de haut, et seize à dix-sept de large. Ce nous sera un grand embarras quand ils seront tous remplis; car je crois qu*ilyen aura beaucoup qui ne seront qu'à demi corrompus.

Vous faites bien d'aller toujours directement à M«^ d'Âutun, et je ne vois pas que la demeure de M. Roquette dans le séminaire vous doive faire changer de conduite. Vous verrez quel train il prendra après le départ de M. son oncle.

Les visites des gens de dehors, à un second étage, ne favorisent pas Tordre de la communauté. Après ce que vous avez dit, vous n*avez qu'à attendre. Peut-être que, dans l'incertitude où il est encore pour sa demeure, il trouvera celle de révêché plus commode. S'il m'écrit jamais, j'aurai peut-être assez d'ouverture, en lui répondant, de lui parler sur sa demeure et sur ses emplois, sur lesquels vous faites bien de garder le silence jusqu'à ce qu'il vous demande avis. Ses intentions sont bonnes, ses vues sont pures ; mais il est un peu ferme et attaché à ses sentimens, au moins selon la pensée de quelques-uns. L'expérience vous fera connoitre s'il a toute la douceur et la condescendance que l'on demande dans les hommes de communauté.

Quand il aura étudié l'opinion probable et qu'il se sera

déterminé, il ne faudra pas s*attendre de le faire changer, et il seroit inutile de lui dire vos sentimens. Comme ii a une grande pente pour la morale sévère, il pourroit vous croire trop relâché! Cependant je vous conseille de ne vous point gêner, et d*aller toujours votre chemin. Tout à vous. — L. Tronson.

LETTRE XXXVI

A MONSIEUR RIOOLEY

Ce Jour de S. Sulpice 1688.

11 ne me reste plus que quelque petite douleur des maux passés. Je ne sais si ce n'est point un petit avertissement de quelque visite de Notre Seigneur. S*il me fait cet honneur, jo tâcherai de le recevoir le mieux qu'il me sera possible. Aidez-moi par vos prières, afin que je réponde fidèlement à ses desseins.

M. Hoquette est bien à TÉvéché, et mieux qu'au séminaire r on est parfaitement satisfait de votre conduite, et le Prélat s'en loue partout. Je prie Dieu qu'il continue de verser ses abondantes bénédictions sur vos travaux. J'ai remarqué en M. Roquette un grand désir de bien vivre avec vous, et de faire pour cela toutes les avances qu'il croira y pouvoir contribuer. Je puis vous assurer qu'il vous estime et qu'il est touché, aussi bien que M^' d'Âutun, du grand bien que vous faites au diocèse. 11 est môme résolu d'éviter de se trouver au)L examens et de se charger des approbations, parce qu'on lui a décidé en Sorbonnc qu*il ne pouvoit pas approuver en conscience ceux qui n'étoient pas en état de travailler dans les cures, et qu'il appréhenderoit de vous faire quelquefois de la peine s'il les refusoit tous.

Quant à sa morale, il est vrai qu elle est el sera toujours un peu sévère; mais je ne vois pas que ce doive être un sujet de division. Car, quoiqu'il ne soit pas favorable à l'opinion probable, il ne condamne pas néanmoins ceux qui la suivent, et ne trouve pas à redire à leur conduile. Ainsi,

138 LIVilE DEUXIÈME

chacun agissant en cela selon sa lumière, on ne laissera pas d'être bons amis. L*oncle en aura bien de la joie; car il souhaite passionnément que le neveu soit content et qu'il ne le quitte pas. Au reste, celui-ci m'a parlé d'une manière trop franche, trop cordiale et trop ouverte, pour croire qull'ne souhaite pas sincèrement Tunion. Je la demande sincèrement à Dieu, étant persuadé que, dans l'état où sont les choses, ce seroit le plus grand bien qui pût arriver au diocèse.

Tout à vous de tout le cœur. — L. Tronson.

LETTRE xxxvii

Janvier 1689.

On voit beaucoup de difficulté d'enseigner en si peu de temps tout ce qui seroit à souhaiter, et personne ne le peut mieux connoitre que vous, qui voyez la portée des esprits et de quoi ils peuvent être capables. Je ne vous marque rien en particulier, parce que je suis assez persuadé que vous ferez tout de votre mieux pour contenter tout le monde. Ce qui me console est que je vois que vous ne vous découragez pas. Il n'y a guères d'œuvre de Dieu où il ne se trouve des traverses et des croix.

Si vous pouvez cette année régler vos traités de théologie et les mettre en étal de n'y plus reloucher, ce sera un grand bien pour le séminaire et un grand soulagement pour ceux qui y enseigneront. J'écris un mot à M. Dargilliers pour l'exciter à continuer le travail qu'il a commencé, qui ne peut être que fort utile dans la suite.

L'effet de vos libéralités accommodera bien nos Messieurs du Puy, et donnera du courage à M. Bayle(l) pour continuer leur bâtiment. Les six cents livres que vous avez aussi

(t) Directeur au séminaire rtu Puy.

COURESPONDANGE AVEC LE SÉMINAIRE D*Al'TUN 139

dessein de nous envoyer pour le nouveau bâtiment d'Issy nous serviront utilement (1). Car nous avons été obligés d'abattre la galerie dont une muraille s*écartait. Nous élevons à la place un bâtiment où Ton entrera de plain pied de la chapelle et du couroir qui est au dessus. Et au dessous, au rez-de-chaussée, il y aura un grand réfectoire qui aura vue d'un côté sur la basse-cour et de Tautre sur le jardin (2). I/incommodité où ont été ici nos Messieurs cet hiver, dont une partie étoit obligée d'aller coucher à Thôtel Guaite, a fait connoitre la nécessité de ce nouvel édifice, dont on connoitra encore Tutilité ces vacances, qu*il sera en état d être habité ! Si vous venez ici à cette époque, vous verrez combien il sera commode, non seulement pendant les vacances, mais durant toute Tannée.

Tout à vous de tout le cœur. — L. Tronson.

(1) Déjà, en 1685, M. Rigoley avait contribué par ses libéralités à rétablissement du Petit séminaire de Saint-Sulpice que M. Brenier venait de fonder. Le 12 mars 1685, M. Tronson écrivait à M. RiiPTOley : « n est bien juste de vous remercier du présent que vous voulez faire au séminaire. Jamais ce que vous m'en écrivez ne pouvoit venir plus à propos. Car on traite actuellement d'une maison qui joint la chapelle du séminaire, où l'on a dessein de mettre la communauté de M. Brenier qui commence très bien. Vos trois mille livres, avec ce que quelques autres particuliers donnent, faciliteront la conclusion de l'affaire, que vous jugez bien nous devoir être en toute manière fort avantageuse. On croit que M. Brenier pourra s'y mettre à Pâques avec sa communauté ». La maison coûta 20,000 livres, le propriétaire n'ayant rien voulu « relâcher » de cette somme qu'il avoit d'abord demandée.

(2) Dans sa note historique sur la maison d'Issy (Vie de M, Olier, t. ni, p. 227-231), M. Paillon ne fait pas mention du bâtiment élevé en 1689. Au reste, l'antique maison toute entière a fait place aux magnifiques constructions que l'on voit aujourd'hui, et de la maison de campagne qui appartint à la reine Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, il ne reste plus qu'un souvenir historique.

LETTRE XXXVIII

Ce 7 février 1689.

La lettre que vous m*avez écrite le mois passé m*a donné bien de la joie, comme j*en aurai toujours une très sensible lorsque je recevrai de vos nouvelles. Car quel autre sentiment pourrois-je avoir, sachant la bénédiction que Dieu vous donne et la fidélité que vous avez à votre emploi? Celui de composer des traités de scolastique n*est pas fort divertissant; mais je crois que c*est une des choses qui est le plus à désirer, et qui fera dans la suite plus de fruit dans le séminaire, que d*y avoir de bons traités accommodés à la portée de ceux qui y sont, et qui ne leur fasse point perdre le temps en des questions inutiles. Je suis ravi que vous ayez bien voulu avoir part à ce .travail, dont j'espère que vous aurez un jour beaucoup de consolation, lorsque vous en recueillerez les fruits. Cependant je prierai Notre Seigneur de vous combler de ses grâces et de vous donner peraeverantem in sua voluntate famulatum. Je suis en lui, de tout le cœur el mille fois plus que je ne saurois vous dire, tout vôtre. — L. Tronson.

LETTRE XXXIX

A MONSIEUR DARGILLIERS

Ce 2 août 1689.

Si vos affaires demandent que vous fassiez un voyage en

(I) Paul-Antoine Dargilliers, du diocèse de Nîmes, entra au séminaire de Saint-Sulpice le 19 décembre 1680, alla aux missions du Vivarais à la fln de 1685, et revint au séminaire de Paris en octobre 1686. Le 30 novembre suivant, il fut envoyé à Autun et il y resta jusqu'en 1691. Aux vacances de cette année, il lit le voyage de Paris; puis il quitta la Compagnie, ainsi que nous rapprenons par le Mémoire sur le séminaire d'Autun dressé en 1735 par M. Mallet, manuscrit conservé au séminaire de Saint-Sulpice. Cfr. Bibliothèque sulpicierne, 1. 1. p. 282, 283.

CORRESPONOANCB AV£G LE SÉMIMAIRB D*AUTUN 141

votre pays, vous n'aurez qu*à voir avec M. Rigoley le lemps qui sera le plus convenable. Car, de ma part, j'y consens par avance de si bon cœur, que j'y consentirois même quand vos affaires ne le demanderoient pas, et que vous ne le feriez que pour votre consolation et pour votre repos. Vous jugerez par là jusqu'où va la bonne opinion que l'on a de vous, et combien on est satisfait de votre conduite. Je vous l'aurois témoigné souvent, si c'éloit la mode de Saint-Sulpice de louer ceux qui sont fidèles à leurs emplois, lorsqu'ils n*ont pas besoin d'être soutenus par ces sortes de consolations, et qu'ils en trouvent en Dieu de plus solides. Je ne puis vous dire avec combien de sentimens d'estime et d'affection je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement à vous. — L. Tronson.

LETTRE XL

A i/bvAqub d'autun Du Séminaire Saint-sulpice, ce 21 octobre 1689.

Monseigneur, ^

Après avoir fait plusieurs réflexions sur la dernière lettre que vous avez eu la bonté de m'écrire et avoir su les dispositions présentes de M. Rigoley, j'ai cru que je pouvois lui conseiller de retourner encore cette année à Autun. Plusieurs raisons m'ont déterminé à prendre ce parti.

1. M. Bardon n'est point en état de prendre un nouvel emploi, et c'est beaucoup si sa santé lui peut permettre de demeurer encore dans celui où il est. Car il est toujours très infirme, et il reçoit peu de soulagement des remèdes. Pour M. Leschassier, c'est sur lui que je me repose de la conduite du séminaire : ainsi, vous jugerez bien que, dans l'état où je suis qui me tient toujours à la campagne, il ne peut pas quitter son poste.

2. Pour celui que nous vous pourrions donner présentement, outre que je craindrois qu'il ne convint pas mieux de principes avec M. votre neveu, un changement si subit ne se

pourroit pas faire aisément avec loule la douceur et toute la charité que vous souhaitez : et peut-être feroit-il soupçonner ce que vous désirez qui demeure caché.

3. M. Bigoley m*a témoigné que son antipathie n*étoit pas si grande qu^on se Tétoit imaginé, et il m*a même paru disposé à faire toutes les avances nécessaires pour une parfaite union, et à exécuter tout ce qu*on lui marquera qui y pourroit contribuer.

4. Quoique M. votre neveu ayant des principes d'une morale un peu plus sévère que M. Bigoley, il soit difficile qu'ils conviennent de sentimens, chacun ne pourroit-il point agir dans son emploi selon sn consdience, sans que les cœurs se partagent et se divisent?

C'est ce que la vue du bien que M. Rigoley peut faire dans votre séminaire par son zèle, par sa vigilance et par l'assiduité à son emploi me feroit fort souhaiter. Mais il est juste que tout cède à ce que vous témoignez désirer. La suite de l'année nous donnera des moyens de le mieux exécuter, et si sa conduite ne vous satisfait pas, nous pourrons avoir des ouvertures pour y agir selon votre esprit, c'est-à-dire avec douceur, prudence et charité, et sans que vous paroissiez y avoir part. Vous voyez. Monseigneur, avec quelle liberté je vous explique toutes mes pensées. C'est votre bonté et le désir d'être redressé si je m'écarte de vos intentions, qui fait que j'en use de la sorte. Je m'estimerai heureux si vous regardez cela comme un effet de ma sincérité, et comme une marque du profond respect avec lequel je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronsox.

LETTRE XLI

A MONSIEUIl EYHAtl)

Ce 24 octobre 16b9.

Le voyage que vous avez fait en votre pays est la cause du retardement de cette réponse. Maintenant qu'elle pourra vous trouver de retour à Autun, je vais vous dire simplement

ce que je pense sur chaque article de la vôlre, en suivant vos mêmes litres.

1. A regard du séminaire en général, — 1. Il est constant que pour établir et conserver le bon ordre dans le séminaire, 1* il faut qu il y ait une grande union entre le supérieur et les directeurs, et c'est là ce qui est le plus essentiel et doit être in capite libri, 2^ Il faut tâcher, autant qu'il se peut, d entretenir cette union avec les personnes du dehors dont le séminaire dépend. 3^ On doit faire observer exactement les règlements, et toujours, s*il est possible, par amour. Mais il est important de remarquer 1. que si quelqu'un dans quelques occasions, ne donne pas tant de marques de cette cordialité qui entretient l'union, il ne faut pas pour cela que les autres en manquent de leur part; et même, s'ils sont fidèles à Dieu, ils en donneront davantage dans ce temps-là, de peur que l'union ne s'affoiblit et que, dans la suite, la charité n'en fût altérée. 2. On doit encore prendre garde que, si Ton ne peut pas conserver une paix entière au dehors de la maison, il ne faut pas pour cela que l'union diminue au dedans, où elle doit être inaltérable; un corps ne pouvant subsister en sa vigueur, lorsque les membres se divisent. 3. Que, lorsque l'amour ne suffit pas pour assujettir les personnes à leur devoir, il est nécessaire d'y employer la crainte, et qu'il faut prendre une conduite plus sévère à l'égard de ceux qu'une plus douce ne touche pas.

2. Vous avez raison de souhaiter que les règlemens soient fixes et qu'on ne les change pas, aisément, et sans de grandes raisons. J'ai fort à cœur cette belle maxime, qui est plus importante que l'on ne croit, surtout pour les communautés : nihil innovetur prœter id quod traditum est.

3. Je verrois beaucoup d'inconvénient à recevoir dans le séminaire tous ceux qui s\ présentent, et j'excluerois ceux que l'on trouveroit n'être pas en état d'en profiter : car ils n'y feroient que perdre leur temps et le faire perdre aux autres. Cependant, si Monseigneur d'Autun veut qu'on les reçoive tous indifféremment, il faut obéir, quelque ineptes et ignorans qu'ils soient.

4. li n'y a rien de plus juste que ne rien dire qui puisse décréditer le séminaire. Je crois que tout le monde conviendra de cette maxime générale. Mais n*y faudroit-il point mettre quelque petite explication ? Car, par exemple, si ce que Ton dit qui peut décréditer un peu le séminaire présentement, ne tend qu'à lui conserver un reste de bonne odeur et empêcher que, dans la suite, il ne se décrédite entièrement, je ne crois pas que l'on dût désapprouver cette conduite. Si donc on est persuadé que la réception des gens ineptes affoiblit le séminaire et pourroit dans la suite lui faire perdre toute sa réputation, ne seroit-il point bon de l'exposer à ceux qui y peuvent apporter de remède, et de leur faire connoltre le déchet de ferveur en leur en révélant le principe et les suites?

5. J'avoue qu'il ne faut pas trop d'autorité; mais vous m'avouerez aussi qu'il ne faut pas trop de douceur. La règle de S. Grégoire est admirable : Miscenda est lenitaa cum severiiate ; faciendum est quoddam temperamentum ex utroque, ut neque nimia asperitate exulcerentur subditi, nec nimia benignitate solvantur (1). Le trop est à craindre de part et d'autre : et c'est à la prudence du supérieur à se ménager d'une manière qu'il ne soit ni trop sévère ni trop doux.

II. A l'égard de MM, les Supérieurs. — 1* M«^ d'Autun est le premier supérieur de son séminaire et il en est le maître. 11 y peut faire ce qu'il lui plaît. Mais comme il y a plusieurs choses dont il ne pourroit pas prévoir les conséquences, et qui pourroient nuire à ses séminaristes et faire tort à son séminaire, je ne crois pas que ce fût manquer au respect et à la soumission qu'on lui doit, de lui en faire une simple exposition; et il n'y a pas d'apparence qu'il se fît une peine de la conduite d'un supérieur qui n'en useroit de la sorte que pour le bien du séminaire et pour la décharge de sa conscience.

2*" Pour les règlemens du diocèse, ce n'est pas à nous à

(1) s. Gregor. Mag. De cura pastoraii, part. 2, cap. VI.

CORRESPONDANCE AVEC LE SEMINAIRE D*AUTLN 14S

nous en mêler : ce n'esl nullement notre affaire. 11 faut laisser agir ceux qui en sont chargés selon leur vue, sans nous en embarrasser. Que l'on fasse des ordonnances pour les prêtres; que Ton exige telles et telles choses des curés, des vicaires, des chanoines, etc., pourvu que le séminaire aille son train, que les règlemens y soient bien observés, etc., il n'y a qu'à se tenir en paix. C'est à quoi il faut se résoudre, et à quoi je pense que M. Rigoley est tout disposé.

3* Si l'on se plaint, à l'évéché, que les séminaristes n'ont pas toute la docilité, la soumission et le détachement qu'on désireroit, on en peut demeurer d'accord. Ce sont des vertus qui ne s'acquièrent pas en si peu de temps que celui qu'ils passent au séminaire : on ne peut que les leur insinuer, les y exhorter, leur en faire connoitre l'importance. On ne peut pas vous en demander davantage.

4'' Pour MM. les Examinateurs, plus ils en refuseront pour l'incapacité, plus ils se convaincront qu'il ne faut point recevoir dans le séminaire tant d'ignorans, qui ne font qu'y perdre leur temps et dépenser inutilement leur argent.

III. A l'égard de MM, les Directeurs, — 1" Il faut regarder Tunion entre^ eux comme la pierre fondamentale de la maison. M. Rigoley travaillera toujours autant qu*il pourra à la maintenir, mais il faut que chacun y contribue;

2* Comme la dépendance et la subordination est absolument nécessaire pour conserver Tordre et maintenir Tunion, il seroit très dangereux de laisser agir les directeurs selon leur petite industrie. Car, quelque bonne intention qu*ils aient tous, les uns auront toujours des vues et des pratiques différentes des autres; et à moins qu'ils ne se réunissent tous dans le supérieur, on n'empêchera jamais la division. Ce seroit même là un grand moyen d'introduire en peu de temps différents esprits dans une communauté; et si nous n'avions prévenu ici ce désordre, il y a longtemps que l'on ne verroil plus l'unité et l'uniformité de conduite dans Saint-Sulpice, qui seroit peut-être tout à fait divisé.

IV. A l'égard des Ordinands. — 1* Il est vrai que tous les Directeurs ne sont pas de même avis touchant les dispo-

146 MVRR DEUXIÈME

sitions qu'il faut pour recevoir les Ordres. Les uns en demandent plus, et les autres moins. Il faut seulement éviter le trop de relâchement, ou le trop de sévérité Car l'un et l'autre fait de mauvais effets et a souvent de très fâcheuses suites. Mais de dire précisément une règle générale pour connoitre, dans les occasions particulières, où commence ce trop, c'est ce qui ne se peut pas. Cependant il est à souhaiter que Ton convienne à peu près ensemble de principes, au moins pour les cas ordinaires;

^ Que si MM. les Examinateurs en refusent quelques-uns de ceux qu'on auroit cru, au séminaire, bien disposés, c'est leur affaire, et non pas la vôtre; et vous ne devez point vous en embarrasser. Que s'ils se plaignent qu'on n'apprend rien au séminaire, on peut leur dire que lorsqu'on ne recevra plus de gens ineptes et ignorans au séminaire, les séminaristes seront plus savants quand ils se présenteront à l'examen.

Il me reste, pour achever la réponse à tous les articles de votre lettre, de vous parler de deux de vos maximes qui mériteroient quelques réflexions.

1. Je ne saurois, dites-vous, approuver cette conduite, qu'on ne reprenne point sur le champ les fautes vénielles. — Si vous ne l'approuvez pas, il y en a bien d'autres qui l'approuvent; et pour moi, je suis très persuadé, par l'exemple de personnes bien éclairées et par beaucoup d'expériences, qu'il est souvent plus utile d'attendre, que d'avertir sur le champ les personnes, ou de leurs défauts, ou de leurs péchés.

2. Il faut, dites-vous, regarder dans les voies ordinaires ce que peut la nature plutôt que ce que peut la grâce. Semper, nego; aliquandô, iterum distinguo : il faut regarder plutôt la nature, seule et sans grâce, nego; car ce seroit donner dans le semipélagianisme, comme si la nature pouvoit quelque chose d'elle-même : avec la grâce, concedo. Si on regardoit plutôt la nature, on ne porteroit souvent pas les personnes jusqu'au point où peut aller leur grâce. Vous voyez que ce sont là des propositions qui ont besoin de beaucoup d'explications et d'exceptions dans la pratique.

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉMINAIRE d'aITIN H7

Après lout, quoi que l*on dise et que Ton fasse au dehors, il faut que la cordialité, la confiance et l'union se conservent entières au dedans. C'est ce qui doit être entre vous inaltérable, parce que sans cela il est impossible que la communauté ne s*affoiblisse, que la grâce ne diminue, et que l'œuvre de Dieu n*en souffre notablement.

La longueur de cette lettre vous fera connoitre combien je souhaite que la paix soit grande dans le séminaire, que Tunion soit cordiale entre vous, et que chacun puisse vivre content et sans chagrin dans son travail. Je suis de tout le cœur. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, entièrement k vous. — L. Tronson.

LETTRE XLii

a monsieur rigoley

Ce 12 février 1690.

Je ne vous écris aujourd'hui que parce qu'il y a long temps que je ne Tai fait. Ce ne sera pourtant encore qu'en peu de mots, n'ayant rien d'important à vous mander.

Je dois cependant vous témoigner la joie que j'ai eue de votre éclaircissement avec M. Roquette, du grand nombre de vos séminaristes qui aura bien contenté Monseigneur d'Autun, du bon ordre du séminaire et de la bonne disposition de nos Messieurs. Vous m'obligerez de les saluer tous de ma part, en attendant que je leur écrive, et de leur témoigner la satisfaction que j'ai d'apprendre l'union qui est dans le séminaire et la fidélité que chacun a à son emploi.

Quoiqu'il y eût quelquefois du bien que l'on pourroit faire en prenant part aux affaires de dehors, il y a cependant de si grands inconvénients à craindre, dont quelques-uns sont tout à fait inévitables, que l'on peut assurer que les séminaires n'iront jamais mieux que lorsque l'on sera ferme à ne se point mêler de ce qui regarde le reste du diocèse. Je suis ravi que vous n'y soyez point embarrassé. Si vous accomplissez sans chagrin les choses que je vous marque, je ne

liK MVHK i)RrK(KMF.

raltrihuc qu'à volro bon cœur el à la disposilion d'obéissance que Dieu vous a donnée depuis si long temps, et qui vous facilite ce que d'autres personnes moins soumises n'accompliroient quelquefois qu'avec peine.

Vous recevrez bientôt la confirmation de la nomination de M. l'abbé Des Marais à TÉvéché de Chartres (1). Ce qu'il y a de bien singulier dans cette nomination, est que le Roi Tait choisi sans le connoitre que par réputation, et sans avoir été sur la liste du P. de La Chaise. On lui a adouci le fardeau en faisant un nouvel évéché à Blois (2).

Je n*ai point reçu votre pot de fleurs de bouillon blanc. Mes douleurs sont passées; je commence à marcher, et il ne reste plus qu'un peu de foiblesse au genou et au pied. Je suis assez persuadé de la part que votre charité vous y fait prendre, et de la tendresse que Notre Seigneur vous donne pour celui qui est, de cœur el sans réserve, tout à vous. — L. Troxson.

LETTRE XLUI

A l'évêqur d'autun

15 mars 1690.

Monseigneur,

Je n'aurois pas cru que l'antipathie dont vous avez eu la bonté de m'écrire dût avoir tant de suite. M. Rigoley m'en avoit fait savoir quelque chose en général. Mais comme je le voyois disposé à ne rien faire dont on pût se plaindre, je croyois qu'il n'en paroitroit plus rien au dehors, et que, les cœurs étant réunis, toutes choses se passeroient à voire satisfaction. II m'a môme marqué qu'il travailloit à régler tes traités que l'on donne dans le séminaire, d'une manière qu'il espéroit que vous en seriez content. 11 est vrai. Monseigneur, qu'il pourroit bien faire à Clermont. Mais M. Bardon me presse si fortement de le décharger de toute supériorité, que je ne crois pas qu'on puisse s'attendre à le

(1) Elle avait été faite la veille, 11 février 1690.

(2) Il ne fut cependant érioré que le 1«"" juillet 1697.

voir jamais supérieur, à moins que Dieu ne le guérisse. Caril languit depuis long temps, et quelques incommodités nouvelles lui étant survenues, il m'avoue sincèrement que, quelque repos qu'il prenne, il n'est en état de veiller sur la maison ni satisfaire à ce que demande cette charge. Ainsi, nous ne voyons nulle ouverture pour refuser à ses instantes prières de le décharger d'un emploi, dont nous souhaiterions de grand cœur qu'il fût en état de s'acquitter.

Pour M. l'abbé des Marais (1), il est toujours si infirme que, quelque talent qu'il ait et quelque bonne volonté que Dieu lui ait donnée, nous n'avons pu iui donner ici aucun emploi dans le séminaire. 11 a passé la plus grande partie de l'été dernier aux eaux ou à son abbaye (2). Je crois que son peu de santé l'obligera d'en faire de même cette année. Ainsi, je ne vois pas que Ton puisse faire aucun fonds sur lui, ni que vous puissiez avoir par son moyen la satisfaction que vous désireriez. Pour moi, Monseigneur, vous me trouverez disposé à vous la donner entière, et je n'aurai jamais plus de joie que lorsque je pourrai vous témoigner par une soumission parfaite à vos ordres, avec combien de respect et de sincérité, je suis. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. — L. Tronson.

LETTRE XLiv

A MONSIEUR RtGOLEY

Ce 16 juin 1690.

J'ai reçu le cahier du Péché philosophique que vousm^Ryez envoyé, dont je vous remercie (3). C'est une pièce originale,

(1) Godet des Marais, le futur évètiue de Chartres. La manière dont M. Tronson en parle dans cette lettre, rapprochée de ce qu'il dit dans la lettre précédente de la nomination de Godet des Marais à Pépiscopat semblerait donner à entendre ((ue oelle-ci était encore, en mars 1690, un mystère pour le public.

(2) Abbaye d'igny, au diocèse de Ueims.

(.S) Thcseii thcologfciv tfc Pcrcatiif... ffatf Thcacfi... projnifjnahtt

que nous mettrons à la tête des autres que Ton a déjà faites sur cette matière, et qui apparemment se multiplieront dans la suite (1). Le petit mémoire que vous y avez ajouté est bon. Car ce que vous a dit l'écolier, que le péché purement philosophique ne se trouve jamais parmi les chrétiens, comme il est aussi marqué dans le cahier, justifie bien le professeur contre les calomnies de ceux qui, pour avoir lieu de déclamer contre lui, ont été de mauvaise foi en déguisant sa doctrine, et l'ont représentée toute autre qu'elle n'est. C'est ce que fait l'auteur d'un petit livret intitulé : Nouvelle hérésie dans la morale, dénoncée au Pape et aux Évéques, aux Princes et aux Magistrats (2). L'auteur explique la doctrine du professeur d'une manière qui fait horreur, et il me semble que son but est, sous prétexte d'une hérésie imaginaire, d'insinuer, pour la détruire, que l'ignorance invincible n'excuse pas de péché. Vous jugerez par la de quelle part vient cet ouvrage. S'il tomboit entre vos mains, il ne faudroit pas le laisser échapper : car il me semble qu'il y a de quoi convaincre de calomnie ceux qui crient contre les Équivoques. Je n*ai pas pu encore l'avoir ici, et il a fallu me contenter de le lire. Le cahier du professeur, dont je vous suis très obligé, m'a donné tout l'éclaircissement que je désirois.

Quant aux lettres que l'on a écrites à vos Messieurs, je crains fort que celui qui les consulte ne soit du nombre de ceux dont parle S. Augustin, qui, en interrogeant, non reritatem inqidrunt , sed calumniam parant. Cependant, je crois que M. de Lagoutte peut répondre en peu de mots; car il suffit, pour un entier éclaircissement, d'expliquer le mot droit ordinaire, qui ne renferme pas les usages et coutumes par-

Stephanus Bougot, in Aula majore Cotlcgii Divio-Godranii Sacietatis Jesu.,. 1686. Dans ces Thèses était traitée la question du Péché philosophique, laquelle donna lieu à la polémique que Ton sait.

(1) On en peut voir la longue liste dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, art. Mus nier, t. V, col. 1470-1473.

(2) A. Cologne, chez Nicolas Schouten, 1689, in-12 de 55 pages. Cet opuscule est d'Antoine d'Arnauld.

CORRESPONDANCE AVEC LE SÉlilNAfRE D*AUTUN 151

ticulières de quelques diocèses. Pour M. Dargilliers, je ne vois pas que le cas qu'on lui propose mérite de réponse, ni même qu'on le pût faire d'une manière qui ne donnât point de prise, k moins de connoitre toutes les personnes dont il s'agit.

Je suis de cœur tout vôtre. — L. Tronson.

Je vous renvoie votre cahier de rubriques avec les notes de M. Longueil. U a été surpris de vous voir devenu rubricaire. Jamais il ne se seroit persuadé que vous eussiez pu devenir assez habile pour faire un tel ouvrage. Quand vous n'aurez besoin que de son attestation pour passer maître, ii ne vous la refusera pas.

LETTHh: XLV

A monsier dargilliers

19 août 1690.

Vous avez raison de croire que vous avez besoin de courir. J'en suis aussi persuadé que vous. Voyez donc avec M. Rigoley ce que vous deviendrez ces vacances. A Lyon, au Puy, k Limoges, k Bourges, k Paris, tout m'est indifférent, pourvu que vous courriez. Je ne vous propose pas Clermont, parce que vous n'y trouveriez pas M. Bardon, qui doit aller passer quelque temps k Chartres avec le prélat nommé. Enfin, pourvu que vous fassiez grand exercice, que vous vous portiez bien et que vous soyez en paix, je serai content. Faites-moi seulement savoir votre résolution lorsque vous Taurez prise.

J'aurois peine k croire, eu égard aux biens que vous pouvez faire pour l'Église dans les séminaires où Dieu vous a appelé, que vous dussiez vous attacher k un canonicat, où je ne pense pas que vous fissiez de grands biens. U faudroit d'autres marques de la volonté de Dieu que la parenté, pour quitter avec sûreté voire première vocation. Un quart d'heure de méditation sur ces paroles de Notre Seigneur, Nemo mittens manum ad aratrum et respiciena retrô aptus est regno Dei (Luc, IX, 62), suffira pour vous affermir contre la tentation.

15â LIVRE DEUXIBMB

Nos chers frères, et particulièrement le tout de Notre Dame de Lorette, vous saluent. Je suis. Monsieur et très cher en Notre Seigneur, tout vôtre. — L. Tronson.

Si Paris se trouvoit sur le chemin de vos courses, nous aurions bien de la joie de vous embrasser.

LETTRE XLVI

Ce 3 septembre 1690.

Enfin, Monsieur et très cher en Notre Seigneur, on a pris la dernière résolution pour votre retour. M»' d*Autun vint hier ici, où il s'étendit fort sur vos louanges, et en particulier sur le bien que vous aviez fait dans son séminaire. Mais il dit qu'il avoit beaucoup de regret de ce que vous ne pouviez point convenir avec M. son neveu; que même il n*y avoit point d'apparence qu il pût jamais y avoir entre lui et vous une cordialité, une ouverture de cœuret une correspondance telle qui seroit nécessaire pour une parfaite union et pour le bien de son diocèse; qu ainsi il avoit cru que, comme vous aviez témoigné qu un changement ne vous feroit nulle peine, il valoit mieux le faire présentement; que Monseigneur de Clermont avoit agréé que vous prissiez la place de M. Bardon. C'est ce que je me suis chargé de vous écrire aujourd'hui, et sur quoi vous pouvez prendre vos mesures. Cela ne doit pas vous empêcher de travailler, a votre ordinaire, pour la prochaine ordination, et d'agir en tout d'une manière qui ne donne point lieu de soupçonner que ce changement vous fait peine et que vous avez regret de quitter. Car rien n'édifiera tant que de faire voir, par votre modération et votre égalité, votre abandon à la Providence, et que tout, hors la volonté de Dieu, vous est fort indifférent. On pense qu'il seroit bon, jusqu'à votre départ qui ne peut être qu'après l'ordination, de tenir la chose la plus secrète qu'il se pourra. Vous trouverez à Clermont de quoi continuer le bien que vous faisiez à

GORRBSPONDAMGB AVEC LE SËlilNAIRB d'aUTUN 153

Autun, el avec moins de chagrin. Tout à vous et de tout le cœur. — L. Tronson.

LETTRE XLVii

Ce 8 septembre 1690.

Monseigneur d*Autun vint encore ici hier au soir, et il est résolu de ne faire à présent aucun changement. Gomme il sait le bien que vous faites dans son diocèse et qu*au fond il vous estime, il seroit bien aise que toutes les choses se pussent régler d'une manière que Ton y travaillât de concert. C*esl à quoi il espère réussir cette année, et ce qui me paroitroit bien important. Je ne doute pas que vous n'y contribuiez autant que vous pourrez de votre part. Car je vous puis dire qu'un changement nous embarrasseroit fort, et que j*ai été ravi qu'il nous ait proposé Tessai d*une année, durant laquelle il peut arriver bien des choses qui nous tirent de peine. Suivons, mon cher Monsieur, et de tout notre cœur, les ordres de la Providence, et tâchons de jouir de la paix profonde qu'éprouvent ceux qui, ne cherchant en ce monde que faccom plissement de la volonté de Dieu, peuvent lui dire : In capite libri scripium est.,, ut faciam voluntatem tuant {Hebr. X, 7). Je suis en lui tout à vous. — L. Tronsox.

LETTRE XLViii

l«r octobre 1690.

L*on souhaite toujours si fort le changement, que je vois bien qu'à la Hn il faudra le conclure. Car, de la manière dont les choses se passent et que Tonde et le neveu sont disposés, on ne pourra pas contenter autrement le Prélat; et quelque estime qu'il ait d'ailleurs pour vous, vous ne pourriez pas vous-même avoir de satisfaction à Autun. Ce qui suspend

encore un peu la dernière résolution, est le consenlemenl de Monseigneur de Clermont, qu'il a peine de donner. Il est depuis quelques jours en Champagne, et Ton doit avoir après demain sa réponse, sur laquelle on se déterminera. Ainsi, vous pourrez être éclairci de tout par la lettre que je vous écrirai mercredi prochain. Je suis autant que jamais tout vôtre. — L. Tronson,

LETTRE XLix

Ce 5 octobre 1690.

Je viens de recevoir votre lettre du 1"' de ce mois. Je vous renvoie celle de Monseigneur d'Âutun. Il est important que vous la gardiez : elle justifiera toujours votre conduite et fera voir combien il vous estime. Mais, après tout, la considération du neveu remporte, et fait conclure en dernier ressort au changement. Comme la dernière résolution est prise sans retour, vous pouvez prendre vos mesures pour aller directement en Auvergne, ou pour venir passer ici quelque temps; en attendant qu*on recommence les exercices à Clermont. Vous ferez bien d'apporter avec vous vos comptes. Je vous en dirai les raisons particulières. J'aurois fort souhaité qu'on n'eût rien innové; mais ce qui me console dans le changement, est que je prévois, par l'état des choses et la disposition des esprits, que vous n'auriez pas pu demeurer plus long temps à Autun, sans que l'on vous y eût donné beaucoup de sujet de chagrin. Dieu veuille que tout réussisse à sa plus grande gloire, et que nous profitions bien des embarras où il permet que l'on nous mette. Je suis tout à vous et de tout le cœur. — L. Tronson.

LETTRE L

Page 1