Le caissier du ministère
A M. EDMOND LECLERC
Juin 1841.
Mon bon ami, je suis très pressé et cette lettre aussi; je vous embrasse et Mallac aussi, qui me ravit pourtant mon frère. Qu'au moins on ne lui retire pas son petit emploi : je serais désolé qu'il le perdît, et je veux lui faire lâcher son journal ^
J'ai va Rome et. Loretle ; je ne l'ai pas lu. Je vous remercie de vos soins. Vous en avez un exemplaire ; mais il en est de vélin. C'est un de ceux-là que je vous donnerai, moi.
M. Hugo a fait un beau discours. On ne peut plus éloquemment patauger.
Je suis assez mal portant.
A M. EDMOND LECLERC
Alger, le 20 juin 1841.
Ne m'écrivez plus ici, mon cher Edmond : je re-
I. Je venais, sur l'avis de Mallac, dequitter Je ministère pour prendre la rédaction du Journal de Maine-et-Loire. Mon frère, que je n'avais pas consulté, regrettait beaucoup ce qu'il appelait mon escapade angevine. J'étais absen par congé, et non démissionnaire.
9k CORRESPONDANCE DE LOUIS VEUILLOT.
viens ; dans dix jours, je m'eml)arqiierai pour France! Ah! cela sonne bien au cœur. Je n'aurai vu ni Bône ni Constantine. Mais je suis éreinté tout comme si j'en revenais, et j'ai quelques gargouillements de coliques dont je comprends l'avis. Comme je compte ne pas rentrer immédiatement à Paris, mais bien faire un tour de France, pour voir un peu des arbres et des rivières, et un peuple habillé, je vous prie de recevoir mes lettres qu'on vous renverra.
J'irai sans doute à Bordeaux voir la famille de mon cher et saint évêque d'Alger'. Si vous aviez quelque chose de pressé à m'apprendre, écrivez-moi un mot poste restante, à Nîmes ou à Toulouse : je passerai sûrement ])ar là. Ensuite, j irai à Angers embrasser mon frère, j'allais dire mon coquin de neveu.
J'ai à peine parcouru Rouie et Lorette. J'y ai vu pourtant un mot charmant de vous, dont je vous remercie: c'est un monsieur, à Lucques, qui est arme d'un gendarme. Je regrette que vous n'ayez pas revu ainsi tout ce qu'il y a de trop dans ce livre, et que l'on n'ait pas été aussi docile que je l'aurais été moimême à vos élégantes corrections'. Corriger un confrère en littérature, savez- vous, cher Edmond, que c'est bien beau ?
Adieu, cher ami. Je reviens plein de faits doulou-