‹ Correspondance de Louis Veuillot (volume 2)Chapitre 112 sur 132 · A M. NOËL LE MIRE · texte numérisé non relu

A M. NOËL LE MIRE

Paris, 26 mars iSjS.

Cher Monsieur,

V'dWoxxs.-Fallax^ est un méchant trait de ma jeunesse emportée; cela remonte à la loi sur la liberté de l'enseignement.

Un bon curé, irrité du caractère de cette loi, l'appelle loi Falla.r. Le mot parut bon, fut reçu et resta dans rUnh'crs, comme la poivrière reste dans les cuisines. Je ne m'en suis pas seul servi, mais je l'ai utilisé plusieurs fois. Vous direz que ce n'est pas ce que j'ai fait de mieux. Ilélas ! ce que j'ai fait de mieux, c'est d'avoir efl'acé sur les épreuves quelques ornements de ce genre ; mais il en est beaucoup resté,

I. M. Noël Le Mire avait demandé à liouis Veuillot d'où datait cette traduction : Vi\\\oi\y-Failax.

CORRESPONDANCE DE LOUIS VEUILLOT. k37

et mes remords sont plus légers à cet égard qu'il ne faudrait. M. de Falloux ne m'a pas encouragé.

Quant à vous dire la date des articles où ce poivre a passé, cki lo sa ?

J'aime bien mieux, cher Monsieur, me féliciter de l'occasion qui se présente de répondre à une très aimable lettre que vous rai'avez écrite il y a un mois ou deux. Vous me parliez de fonder une pipe à l'imitation du saucisson de Dugas. Quelle émulation louable et flatteuse ! et comme il faut que je sois audessus des intérêts vulgaires pour avoir négligé une pareille proposition ! Il est vrai que je ne fume pas la pipe et que je me laisse même rarement prendre au cigare. Si vous aviez parlé de tabatière, mon silence eût plus été d'un héros. Néanmoins, j'ai été touché et je voulais vous le dire. Pour le cas où il entrerait tout à fait dans vos intentions de fonder quelque chose au profit de la littérature catholique, je crois que le saucisson de Dugas ou un certain jambon inventé par Munet rentre mieux dans l'ordre des choses douces et sérieuses que doit se proposer un Mécène II v aurait aussi un lit d'hôpital; mais la qualité présente des dividendes ne me permet guère d'en parler.

Adieu, très cher Monsieur, Mille remerciements de votre bon souvenir. Je me sais vraiment gré d'avoir obtenu une petite place dans le nombre de vos amis'.

Votre bien dévoué,

Louis Veuillot.

I. La Décentralisation a dit, en publiant cette lettre : « Il est peutêtre à propos de surprendre dans le déshabillé de l'intimité le farouche

En janvier 1874, le ministère dn 16 mai, qui gouvernait la France sous la présidence h'gale de M. le niarcclial de jNlac- Mahon, n'«'tait jias content de C Univers, et M. de Bismarck n'en était jias content non plus. Le ministère trouvait mauvais que C Univers ne fût pas plein d'admiration pour les ministres, et refusât d'admettre que leur j)olitique saurait vaincre le parti révolutionnaire et sauver la France. M. de Bismarck se i)lnignait de l'action du parti catholique, la trouvant, non sans raison, particulièrement gênante pour l'Allemagne. Il prit texte d'un ou deux articles du rédacteur en chef et de l'insertion d'un mandement de Mgr Dabert, évoque de Périgueux, pour demander la suppression du journal. Le gouvernement lui accorda de bonne grâce une suspension de deux mois, en attendant mieux.

Louis Veuillot reçut à ce sujet des centaines de lettres, et répondit personnellement à un très grand nombre de ses correspondants. Plusieurs de ces réponses ont déjà été pubhées, et quantité d'autres m'ont été communiquées, soit par les destinataires, soit par des amis qui en avaient des copies très sûres. Je ne puis songer à reproduire ici toutes ces lettres, mais j'en veux donner plusieurs. Cette reproduction montrera avec quelle abondance d'idées et quelle variété de forme Louis Veuillot pouvait, sans se rftpéter et sans y prendre garde, traiter le même sujet, et exprimer en termes différents, avec des vues toujours nouvelles et élevées, les mêmes sentiments

j)ok'misto, effroi des libres penseurs et des gallicans, unis clans leur haine.

« Comment, à ce ton plein d'entrain et ae i)e.ienumeur, reconnaître celui dont il a été dit qu'il ne se nourrissait que de haines et ne trempa jamais sa plume que dans le venin ? Ils étaient si bien châtiés, ceux qu'atteignait son fouet vengeur!

« Les épanchemcnts d'une aussi franche gaieté nepeuvent partir que d'un naturel où il entre plus de poivre que de fiel. »

cxcvr

Page 1