‹ Correspondance de Louis Veuillot (volume 2)Chapitre 123 sur 132 · A M. L'ABBÉ FRANÇOIS, CURÉ DE WOINVILLE · texte numérisé non relu

A M. L'ABBÉ FRANÇOIS, CURÉ DE WOINVILLE

Paris, i8 février 1874

Très cher curé^

Depuis un mois j'ai bien écrit trois cents lettres en réponse aux protestations, indignations et allégresses des fidèles, et ce n'est pas fini. — En vérité^ c'est un tracas d'avoir à présider son enterrement propre; mais le tracas a ses douceurs. On aime à voir que l'injustice produit ce vacarme vengeur; on aime à voir que les injustes sont, au bout du compte, des sots qui ont manqué leur coup; on aime à rentrer clans le silence. Je crois que je termine par vos cantons la série des adresses. Celle que vous avez eu la bonté de m'envoyer, est vraiment un chef-d'œuvre. Elle est en bon et beau langage, en superbe ordonnance ; elle est grave, elle est chaude; elle a des pleureuses, des flûtes et des clairons. Rien ne représente mieux le curé, c'est-à-dire, l'être au monde, et non le monde, que j'aime et honore le plus; le bon curé, sincère,

I, Diocèse de Veidun.

kbk CORRESPONDANCE DE LOUIS M'.UIl.LOT.

naïf, fort, comj)alissant, courageux, le cœur sur la main et sur les lèvres. C'est bien vous, chers et vénérés amis, qui avez été ma joie, ma force et mon modèle clans ce combat de trente-cinq ans. Vous m'avez les premiers donné la main ; vous m'avez soutenu toujours : ma voix est devenue forte par l'écho que les vôtres lui ont donné. C'est par vous, en un mot^ que je suis resté dans cette humble et victorieuse infanterie de l'Eglise, qui vaincra le monde, et dont j'espère mon salut. Vos cœurs fidèles prieront pour moi, et je serai du nombre des vivants éternels qui louent Dieu.

Recevez toutes les bénédictions de mon cœur.

Loris Veuillot.

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