‹ Correspondance de Louis Veuillot (volume 2)Chapitre 122 sur 132 · I. Diocèse de Mende · texte numérisé non relu

I. Diocèse de Mende

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A M. LABBÉ GENDRONNEAU.

i3 février 1874.

MoNStElP,

Après vingt jours de travail assidu, je n'ai pas encore achevé de remercier les amis qui m'ont écrit. J'es[)ère que ce motif vous fera excuser le retard de mon remerciement. Recevez avec bonté l'expression de ma reconnaissance. Elle est vive et empressée, malgré les lenteurs de ma plume.

La pièce de Mgr l'évéque d'Orléans était déjà regrettable; elle l'est devenue plus encore par l'envoi qu'il en fait à tout le clergé de France depuis la suspension. On aimerait qu'un évêque se livrai moins à la colère, surtout lorsque le motif en est si peu fondé. D'ailleurs il perd sa peine, et la manifestation contraire l'emporte de beaucoup sur celle (ju'il fait si mal à propos. L'acte injuste qui m'a frappe, m'a mis du même coup au-dessus des Prussiens, audessus des catholiques libéraux et au-dessus de ses trop petits pamphlets. Non moriai', sed i>h'ani , et narrabo opéra Doniini.

Veuillez croire. Monsieur, à ma respectueuse amitié.

AU revkri:nd père ÉMILE UEGNAULT'.

Février 1874.

Mon bon Père, Il n'est pas besoin d'être bon liseur entre les lignes pour voir dans votre dernière chronique ce que vous y avez voulu dire. Il est tout de suite évident que vous êtes ami de VUnivers el même de moi, et ennemi des sous-entendus. Un enfant comprendrait la chose. Tous les sages et les prudents du monde en sauteront. Qu'ils sautent^ et que les mouches aient le temps de les dévorer avant qu'ils se remettent sur pied. Je saute aussi, mais de joie, persuadé que la vraie sagesse est de parler comme on pense, et qu'il n'y a rien d'adroit comme un homme droit, et qui en a le langage. Les sous-entendus prêtent aux malentendus. Ils ont volontiers quelque chose de louche : mauvaise besogne. Lorsqu'on est assuré de déplaire aux ennemis, pourquoi ne pas plaire aux amis? Une situation entière d'un côté l'est de tous les côtés, et

I. Cclto lettre remercie le R. P. Emile Regnault, jésuite, d'une page cordiale et ferme qu'il venait d'écrire dans la Revue de la Compagnie, les Etudes rel'igieiues^ sur la suspension de C Univers. « Après sept ans d'exil », disait le P. Regnault, « le vaillant soldat reparut aux avantpostes, toujours luttant pour la seule cause qu'il ait jamais servie, la cause de l'Eglise et de la France catholique. Frappé naguère d'une nouvelle interdiction, il peut du moins se rendre le témoignage que, dans le cours de son dernier service, Il n'a démérité ni de l'Eglise ni du pays. Les recommandables suffrages dont on l'honore, lui en sont une preuve éclatante : Il nous tardait de pouvoir prendre rang à la suite des nombreux amis que son dévouement auxmobles causes a su conquérir et garder. »

elle évite plus d'attaques qu'elle n'en prépare. J'ai toujours observé qu'une bonne moitié de la science et du succès des coquins consiste dans l'art audacieux avec lequel ils forcent les honnêtes gens à prendre des détours. Nous finissons par nous croire obligés de ne parler qu'à demi-mot, comme si nous pensions des choses qui ne peuvent se dire honnêtement et qui nous épouvantent nous-mêmes. Articulons carrément, selon le droit de la vérité et le nôtre, tout ce que nous pouvons correctement soutenir. On s'y habituera, et bientôt ce sera aux autres de rompre et de déguiser.

Pour vous dire un mot de mon afl'aire, on a cru un moment que le temps de la suspension serait abrégé. J'ai toujours cru que je ferais mon temps. Ceux qui ont pris la mesure, ne regrettent que de n'avoir pu faire davantage. Ils n'ont pas su ce qu'ils pouvaient oser. Ils ont craint de m'assassiner sans s'être procuré un alibi. IMaintenant il est trop tard, et ils se satisferont de me tenir encore un mois. Cela ne me fait rien. Je les rattraperai tout de même, et ils me rendront compte. L'altitude des catholiques me rend plus fort, et je crois que je reconquerrai même mon argent, à quoi. Dieu merci, je ne tiens pas. Dans le compte rendu général, je n'oublierai pas \csEfu(/es. Je n'aurai garde !

Je m'aperçois que j'ai pris un mauvais papier \ Vous voulez bien que je ne recommence pas pour cela celte lettre. J'en ai écrit au moins deux cents depuis un mois, et je suis harassé.

I. Au second verso se trouvait le commencement d'une autre lettre.

Agréez tous mes affectueux compliments, mon Révérend Père, et les remerciements de toute ma famille. Croyez à mon dévouement.

Louis Veuillot.

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