AU T. R. P. DOM EUGÈNE GARDEREAU, PRIEUR DE SOLESMES
Paris, 26 octobre i843.
Très cher Père, je viens de faire un vilain métier. J'ai passé quinze grands jours à chercher un logement et à monter mon ménage, c'est à-dire à me fournir de torchons, cuillères à pot, tabliers de cuisine, etc. Enfin, c'est à peu près fini; nous sommes installés rue de Babylone, 21, près delà rue Monsieur, et tout va bien jusqu'à présent. D'aujourd'hui je me remets à la besogne, avec les yeux que vous me connaissez, un peu améliorés depuis que je ne fais plus de remèdes. Je signale mon retour à la vie ordinaire en vous écrivant. Hélas ! très cher Père, que je suis loin de Solesmes et de vous, que j'étais heureux dans votre solitude, que j'y ai été bien traité ! Quelques remords se mêlent à la douceur de ces souvenirs; il me semble que je ne vous ai pas assez remercié. Mais l'homme a beau faire, il est toujours moins éloquent que son cœur. Puissé-je un jour vous prouver ma reconnaissance, en allant de nouveau et pour longtemps taquiner le père Le Bannier.
Les affaires se remettent à chauffer (c'est le terme d'argot) extrêmement. Vous allez voir une lettre du bon évêque de Châlons' qui jettera de l'huile sur le feu allumé par Mgr le Cardinal de Bonald, et un article des Débats que nous avons confié à la main