A M. LÉON AUBINEAU
21 mai 1844.
Mon cher ami, j'ai reçu votre envoi et je vous en remercie. En effet, si toutes les villes épiscopales faisaient comme la ville de Tours, nous serions hors de peine ; mais nous n'avons pas partout un ami aussi zélé que vous l'êtes, et des gens si bien disposés à seconder le zèle de nos amis. Nous n'avons pas encore réuni, même en vous comptant, la moitié de notre somme qui monte à sept beaux mille francs, avec le décime et les frais. Si, donc, vous pouvez ajouter quelque chose, il n'y aura rien de trop. I.e secret nuit étrangement aux souscriptions, et les bons législateurs qui ont composé les lois de Septembre, ont su parfaitement ce qu'ils faisaient.
M. de Montalembert est en possession de votre adresse qui l'a fort touché. Nous ne la pbulierons pas, malgré la bonne envie que nous aurions de vous faire destituer, parce que nous trouverions quelque difficulté à vous nourrir. Mais une autre occasion se présentera et nous trouvera plus riches. Votre place est marquée parmi nous. Prenez patience. Au train que prennent les choses, il est impossible que vous demeuriez dans vos paperasses.
Exprimez notre reconnaissance à ceux qui nous ont fait l'aumône, et dites-leur de tenir toujours quelque monnaie en réserve pour les œuvres de ce
genre, car nous reparaîtront devant ces l)ons jurés, et ce ne sera pas pour rien que nous jouirons d'un tel honneur. Vous-même, cher ami, vous connaîtrez, je l'espère et vous le souhaite, le plaisir d'être frappé pour Jésus-Christ. Après avoir passé par beaucoup d'aventures et goûté de l)eaucoup de choses depuis que je flâne dans le bas monde, je ne connais pas de régal pareil à celui-là, et les murs de ma prison me j)araissent le plus charmant horizon que j'aie caressé du regard.
Ourliac va bien, très bien. Taconet nous arrive de Rome; mon frère est de plus en plus joyeux d'avoir quitté sa jjrébende angevine. Nous vous embrassons et nous embrassons l'abbé Morisseau.
Bien à vous en Notre-Seigneur.
A M. L ABBÉ DELOR.
23 mai 1844.
Je veux vous remercier de votre bonne lettre, monsieur l'Abbé. Les nouvelles que vous me donnez de Mgr de Tulle* m'ont ravi. Combien je désire que ce ferme et éloquent prélat ait bientôt une occasion de manifester son éclatant mérite aux yeux de toute la France! Si j'étais libre, je courrais bien vite dans