‹ Correspondance de Louis Veuillot (volume 2)Chapitre 45 sur 132 · L. Veuillot · texte numérisé non relu

L. Veuillot

A MESDEMOISELLES AGNÈS ET LUCE VEUILLOT. Bordeaux, 24 février 1871.

Mignonnes, notre établissement de Bordeaux ne va pas tout seul*. Le journal est logé, mais nous ne le sommes pas. Je cherche un logement; cela dit, je n'ai pas besoin de vous décrire ma figure! D'ailleurs j'ai un peu l'envie de ne pas trouver, car, viendrezvous? Eugène viendra-t-il? resterons-nous? Nous sommes donc tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre, couchant à la cure de Saint-Louis % dînant chez la bonne Mme Compans, véritables oiseaux sur la branche, et, ce qui est pire, oiseaux enrhumés. Mais en même temps quelle belle étude nous faisons de la charité chétienne et sacerdotale. On est pour nous ici, comme pour vous là-bas.

Plus nous avons d'ennuis et de mésaventures, plus le bon Dieu nous fait admirer sa bonté. J'ai toujours dit que les seuls heureux, les seuls vrais riches de ce monde sont les fils de Sainte Mère l'Église. J'ai tous les jours quelque nouveau sujet de le dire plus haut.

Vous le dites aussi et j'en ai l'àme joyeuse. Vos lettres me charment. Je vois que vous discernez le bien et le beau et que vous vous portez amoureuse-

1. JJ Univers pendant la guerre a paru à la fois à Paris et à Nantes, puis à Bordeaux. Mon frère partit pour Bordeaux dès que Paris fut ouvert.

2, Chez M. l'abbé Denis.

ment vers cette splendeur, en général si affreusement méconnue. L'épreuve du siège de Paris a été pour nous bien dure; elle a été l'absence, l'attente remise, prolongée, sans terme connu, mais elle a été aussi l'espérance soutenue et certaine, l'accroissement de la lumière et de l'amour. Dieu a fait tomber dans nos cœurs une manne de joie qui les assistait merveilleusement. Nous avons toujours vu les Anges autour de nous et ils nous font sentir réciproquement le battement de nos cœurs. Que nous sommes heureux de vivre dans ces miracles ignorés des gentils !

Ecrivez toujours, fillettes. Quoique nous puissions supporter le silence quand Dieu l'exige, ce courant de baisers fait du bien. Nous formons mille projets pour le temps de la réunion. Courir au Mans, remercier enfin de tout notre cœur les Mères et le Père, revenir ici, recomposer le ménage, revoir le pays, se re raconter tout comme si l'on ne savait rien de rien, reprendre le grabuge'... Oh! comme le cœur bat rien que d'y penser !... On nous appelle ici et là. Le Médoc nous attend le verre à la main. Déjà on veut remettre la nappe à Soulac, et le bon curé de Pauillac* demande qu'on aille choisir des chambres; mais le beau moment sera l'entrée aupays manceau. Je savoure déjà le rire charmant de l'abbé Boulangé', je baise la main paternelle de Monseigneur*.

I. Jeu de j)aliriiC(' fjiie mon (Vtie îiitnait à jouer le soir pour rc])oser ses yeux qui ne lui permettaient ni d'écrire, ni de lire à la lumière, a, M. l'abbé Corbini.

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