‹ Correspondance de Louis Veuillot (volume 2)Chapitre 47 sur 132 · A MADAME EDOUARD PIERRON · texte numérisé non relu

A MADAME EDOUARD PIERRON

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Archicarissima, Pendant (jue ton amoureux guerrier étudie gi'avemeul l'ail (excellent de dépeupler la terre que tu re-

peuples par un autre art non moins excellent, je viens te faire une petite visite de grand-père. Où en sont les choses^ ma chère fille? J'ai du mérite à te venir voir. J'ai empoigné l'autre jour une infirmité bien nuisible aux charmes de la conversation et du voyage. Un lumbago de première qualité est venu se joindre à ma névrose. La névrose ne me permettait pas de rester debout; le lumbago ne me permet pas de m'asseoir ni de rester tranquille^ assis, ou debout^ ou couché. Je t'assure qu'il n'y a pas que ton soldat qui s'occupe de multiplier la mort et de la faire vivre. Du reste, je vais bien; j'ai bon appétit et je fais d'assez jolis sommes quand j'ai pu vaincre la grande difficulté de trouver une position pour dormir. Je pense encore aller comme cela jusqu'à l'arrivée du petit, mais hâte-toi. L'aimable souvenir de ta maison m'est très utile pour passer le temps de fauteuil auquel je suis condamné : j'y ajoute le plaisir d'attendre le petit. Si je n'avais pas ces deux occupations, je crois que je m'ennuierais beaucoup.

Je suis allé voir Luce. Perfection continue, joie inaltérable, monotonie du bonheur, mais cela ne l'eruiuie point. Elle venait de casser du sucre pendant deux heures, par terre et non assise. — Je crois que c'est cela qui m'a fait mal aux reins. Pourquoi pas sur une table? Parce que par terre on peut étendre un drap et ne pas perdre les miettes, ce qui serait contraire à la sainte pauvreté. — JMais, malheureuse, si tu prends un lumbago, tu seras obligée d'employer des remèdes et ils coûteront à ton couvent plus que les miettes de sucre perdues. — Oui !

mais la sainlt- pénileiicc renricliira. Voilà comme elle se retourne.

J'ai reçu une carte de M. D... Je n'étais pas là et je n'ai pu la lui rendre. La carie indiquait son domicile à... J'ai reconnu a ce trait la grande économie de ces bonnes gens, qui ne perdent pas même une uoutle d'encre ni un trait de cravon. Raconteleur le sucre cassé par terre. Cette leçon visitandine leur profitera.

Adieu, ma chère enfant; porte-toi bien, fais bien la besogne; fais bien ton métier de répandre la vie, d'accord avec ton mari, dont le métier est de répandre la mort.

Mors et vita due lia...

Je t'embrasse.

Louis Velillot.

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