‹ Correspondance de Louis Veuillot (volume 2)Chapitre 96 sur 132 · A MADAME ERNEST HELLO (JEAN LANDER · texte numérisé non relu

A MADAME ERNEST HELLO (JEAN LANDER

Très aimable et très honoré frère Jean, je veux toujours et plus que jamais faire le souper d'Auteuil. Nous ne nous griserons pas, et nous n'aurons pas la moindre idée de nous jeter à l'eau, parce que nous savons que ce n'est pas ainsi que se lave le péché à l'encre, et que d'ailleurs nous n'en commettons pas de cette espèce archimortelle. Ce sera une grande fête pour moi. J'ai de grands compliments à faire au frère Ernest sur son Moiitalembert^ et j'y joins les miens : c'est vous dire qu'il a trouvé le moyen de contenter tout le monde, et j'espère même que son travail le satisfait aussi^

Voilà donc qu'il peut marcher avec ses ailes et voler avec ses pieds.

On ne lui demandait que cela.

Et il croyait qu'il ne pouvait pas! Il ne sait pas tout ce qu'il peut. Les pieds ne sont pas faits seulement pour porter les sabots, et les ailes pour voler. Ce point une fois fixé, nous allons, j'espère, faire du chemin. Ce ne sera plus une monstruosité de soutenir que Pégase peut traîner la charrue. Lorsqu'il aura tracé quelques sillons, le bourgeois consentira de le voir quelquefois à la hauteur des cloches. Il croira que Pégase laboure encore, et ce sera bien plus vrai que ne pourra croire le bourgeois.

I. M. Ernest Hello venait de publier dans la Revue du monde catholique une étude sur Monlalembert.

408 CORRESPONDANCE DE LOUIS VELILLOr.

Je suis h'wn vraiment, IMadame, votre très respectueux et dévoué servileiu-,

Louis Yeuillot.

CLXXMIl

A MADAMK CLAUDIUS LAVKRGNi:".

J'ai eu la témérité de vouloir tailler la plume d'aigle, Madame. Elle ne se laisse pas faire facilement! L'ayant pourtant taillée, je la prends pour vous écrire; elle résiste, crache sur le papier, et s'emporte en effroyables zigzags avec un bruit de tonnerre. Je vois que le bon Dieu n'a pas donné des plumes à l'aigle pour servir à mon métier. Quand j'aurai fini celle lettre, je mettrai la plume dans un coin^ et elle restera pour toujours en jouissance de son oisiveté royale. Mais cette fois-ci, cependant, elle servira. Obéis, plume d'aigle, et fais la révérence à ]Mme Lavergne, qui m'a donné du verre de ses fourneaux, des œufs de sa poule, des plumes de ses aigles, et qui n'a oublié que de me donner du génie pour la

I. Cette lettre a été pulilién ^mw r^imatcnr (raiifo^rof)lies. IMmeLavergne, l'auteur des Neiges ctatitan^ des Lé<^eti(les de Triniion et de tant d'autres contes charmants, avait envoyé à Louis Veuillot une j)lunie d aigle, pour réaliser ce vœu exprimé dans Çà et là :

« Jean-Marie, le premier aigle que vous verrez passer au delà des nuages, vous l'abattrez, pourvu qu'il soit beau; vous arracherez de son aile la plus belle ])lume, et vous me l'enverrez à Paris. Je veux me «ervir d'une plume d'aigle (une fois n'est j)as coutume) pour décrire vos exploits. »

remercier comme il est juste. Dis-lui que Claudius a fait un bon article^ et même un bon numéro.

Véi'itablement ce Chenavard' est excellent, excellentissime. On ne peut pas voir de plus haut ni plus juste, ni fondre mieux sur la proie. Chenavard est un limaçon, mais il est croqué de bec d'aigle. Et on lui dit qu'il est un âne et même une ànesse : il doit en être fort content. Et vous, aigle, vous devez aimer ces façons.

A présent, plume d'aigle, dites à Mme Lavergne que je suis son très huml)le serviteur, et couchezvous.

LoL'is Veuillot.

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