A M. LE COMTE ACHILLE DU CLÉSIEUX
Paris, 1 8 septembre 1871.
Mon cher ami,
Votre lettre m'a touché au bon endroit, et ])Ien fort. Je vous en remercie tendrement. H n'y a rien de plus grand que de passer, comme vous faites, sur les broutilles, pour aller au vrai but de la vie et des choses de la vie, cpii est de se donner la main sur le terrain du bon combat : on ne va loin, on ne monte haut que si l'on enjambe. Vous êtes, au surplus, taillé dans la grandeur et pour la grandeur. Combien je vous loue d'avoir brûlé le poème, quoiqu'il fût beau ! mais il était trop beau. Avec ces cendres-là. Dieu fera le mortier de votre m^aison céleste; mortier n'est pas le mot, il faut dire ciment, et jamais nous ne bâtirons rien de solide, à moins de cette sorte de cendre.
J'ai profondément dans l'âme, Dieu merci, le sentiment que vous m'exprimez, d'être absolument à Dieu, à ia loi, à la règle de Dieu. Par les tumultes et les problèmes de nos misérables temps, nous n'avons que cette voie et que cette joie ; mais la voie est large, et la joie immense.
J'ai toujours cru que Dieu ne pouvait être embarrassé pour faire bonne, belle, heureuse, la part de ceux qui veulent servir sa cause, même au plus haut