Gustave Olivier, son édilcur
IP livre. — L'Adolescent.
IIP livre. — L'Homme.
IV et dernier livre. — Le Chrétien.
Et je dis qu'il y a là-dessous des événements, des descriptions, des passions, de la poésie, du rire, des larmes, des conseils qui peuvent être entendus depuis M. Guizot jusqu'à nos sœurs. J'en ferai sortir de la philosophie, des hymnes, des caractères, des instructions, des fêtes, des batailles, des montagnes, des prés, des religieux, des nonnes, des légendes, des bannières, des canons, des confessionnaux, des bivouacs, Guillaume Tell, Jeanne d'Arc, le Pape, Abd-el-Kader, Lavareille, le P. Varin, Charlemagne, etc., etc. Ah ! si mon temps m'appartenait, je serais à l'œuvre ce jour même; je ne le puis, mais le regret que j'en éprouve sera un chapitre sur la nécessité de renoncer humblement, avec joie môme, à faire ce que nous croyons être le bien, quand Dieu ne veut pas que nous le fassions. Qu'il y aura de prières dans ce livre, qu'il y aura d'amour pour Dieu si je retrouve l'émotion palpitante avec laquelle je le remercie de certaines pensées qui passent en foule devant mes yeux comme une succession d'éclairs dont chacun allumera un monde nouveau ! Recherche ce petit manuscrit que j'ai donné à Mallac : il me serait bien utile; fais tout pour le retrouver. C'est toute la table du premier livre.
Adieu pour aujourd'hui. Je vais faire des lettres de cabinet; je descends de bien haut.
22 avril.
Je note ici, pour ne pas Toublicr, une idée qu'il faut transmettre sur-le-champ à Gustave ; qu'il prenne garde de se laisser embêter par quelque litteraillon qui voudrait faire dans le Correspondant * des éloges du poôme de M. Soumet. Tous les académiciens ont à leur suile des petits drôles qui mijotent le prix Monlyon, et qui dans ce but feraient dès parricides et des sacrilèges. Il y a aussi des écrivains pieux, vieux et jeunes, et d'âge mùr, qui sincèrement, mais stupidement, se figurent que tout ouvrage où l'on n'invective pas Notre-Seigneur Jésus-Christ est religieux. Je n'ai pas lu le poème de M. Soumet, je ne pense pas que je le lise, mais j'en connais trois ou quatre analyses bienveillantes, et là-dessus je le tiens pour digne de toute la réprobation d'une àme catholique et pour digne de tous les sifflets d'un homme de goût. Il faut qu'on le hue, et bien vite, et rudement, sans pitié, sans politesse, avec le dédain le plus amer pour cette impertinence de rimeur qui mériterait le carcan, si elle ne méritait pas Charenton. Je ne vois dans les bibliographes du Correspondant que des douceâtres, incapables d'étriller comme il convient l'animal qui prétend ajouter à l'Evangile deux tomes in-8°. Il faut chercher l'élrilleur en dehors de cette première exhibition. Il est malheureux que je ne sois pas à
1. I.c Nouveau Correspondanl; il n'eut qu'une existence éphémère.
Paris. Si le jeune Aubineau s'y trouvait, Gustave ferait bien de lui demander ce pendant aux fleurs qu'il a placées sur le front d'Andryane; Gabourd aussi serait bon si sa santé était un peu rétablie; je n'ose pas nommer Raymond Brucker, parce que, sur un sujet pareil, tout en pulvérisant les hérésies de M. Soumet, il pourrait bien en faire lui-même quelques-unes. Tu peux le lui dire de ma part; dis-lui même que je suis sensible à son bon souvenir et que je lui souhaite toujours tout le bonheur que je lui ai souhaité K
J'ai vu un article où il est assez dédaigneusement question du tableau de l'ami V On lui
dit qu'il est hérétique, tranquillise-le là-dessus. Quanta la peinture, je n'en puis juger; je penserais volontiers qu'en peinture il n'est malheureusement pas susceptible d'hérésie. Qu'il est donc triste de voir les peintres chrétiens qui ont les plus beaux sujets, les plus beaux modèles, les plus grande maîtres, les plus hautes pensées, ne pas pouvoir accoucher de quelque chose qui remue un peu les cœurs ! Il me semble que si j'étais peintre cela ne se passerait pas comme ça. Je suis sur que l'ange de ce pauvre V — est dans une omelette aux herbes et que les enfants ont l'air d'avoir mangé du gruyère dans la matinée.
1. Le livre de M. Alexandre Soumet que Louis Vouillot traitait de la sorte, est la Divine Epopée, poème en douze chants. M. Soumet y chantait « la rédemption de l'enfer par le Christ ». Il déclarait, d'ailleurs, ne voir là qu'un « rêve », et protestait de son respect pour « l'autorité du dogme ».
Nous sommes dans un temps étrange oii le vrai en toutes choses a besoin d'un inventeur. La religion produira ces inventeurs qu'elle a déjà donnés à la littéralure. Mais quand? Eh! mon Dieu, pourquoi s'inquiéter? Quand Dieu voudra, c'est-à-dire quand il le faudra.
Et Lafon, que fait-il? Il ne doit songer qu'à son mariage.
Je suis toujours épris de mon idée de Frère Christophe; il me faudrait un secrétaire pour tenir note de loutce que j'imagine à ce propos.
Tu songes au logement? Je ne me plaindrais pas de demeurer dans les rues paisibles qui avoisinent les Oiseaux, je parle de celles qui sont larges et propres, et qu'on trouve en deçà, non au delà. J'aimerais n'être pas loin des Oiseaux, mais surtout je tiens à la grande chambre, et un parquet me semblerait très préférable à du carreau.
Si M. de Marcillac, devenant préfet, t'offrait quelque chose, pour l'amour de Dieu ne va pas accepter, à moins qu'il ne s'agisse d'être au moins chef de division et d'avoir un état assuré.
Voici une lettre pour Gérin, que tu cachèteras, et une pour Mallac. Je t'abandonne tout le mois d'avril ; peut-être pourrai-je en faire autant de mai.
V\ avril.
Voici une aventure cruelle. Le gouverneur a demandé, par dépêche télégraphique, que toutes les lettres lui fussent envoyées sur-le-champ à Blidah, sans être ouvertes ; or comme mes lettres
sont avec les siennes, j'ai eu le crève-cœur de les voir passer sous mon nez. Dieu sait maintenant quand je pourrai les lire, Ne t'étonne pas de ne trouver réponse à rien et fais part de la circonstance à Leclerc.
Maintenant que le gouverneur est parti, je dine chez l'évêque^ ^t j'y dépense une grande part du temps. L'évêque a aussi son état-major, autre que celui du général et qui me plaît mieux. Je ne saurais te peindre l'accueil charmant que me font tous ces bons prêtres; ils me connaissaient parfaitement et ils me remercient des Propos divers. Quelle bonne joie de penser que les pauvres choses qu'on écrit vont réjouir si loin ces braves ouvriers apostoliques, et qu'au milieu de tous leurs labeurs ils vous savent gré de si peu.
Ce soir même, à quatre heures, je serai parrain d'une grande fille de seize ans, qui n'est ni chrétienne, cela va sans dire, ni juive, ni musulmane, mais qui éîait un peu tout cela. Elle sort d'une famille très baroque, tout entière adoptée par l'évêque et dont les membres ont été instruits et baptisés successivement, à commencer par le père, juif d'Alger; la mère était à peu près Européenne; les enfants Algériens. Mais devine quelle sera ma commère, c'est-à-dire la marraine : je te le donne en trois cents, et comme tu ne trouveras pas, je vais te le dire tout de suite. C'est.... véritablement rien n'est plus drôle et voilà une aventure qui peut aller de pair avec toutes les singula-