‹ Correspondance de Louis VeuillotChapitre 20 sur 73 · Le gérant du Correspondant · texte numérisé non relu

Le gérant du Correspondant

Moi aussi je vous aime, et, je vous l'assure, d'un cœur qui sait aimer, malgré le renom de sauvagerie que certains amis me font; mais il est vrai que je me sens de moins en moins tendre pour les idées que nous n'aimons pas. Priez pour moi. Vous avez des anges dans votre maison : qu'ils

prient pour moi.

Louis Veuillot.

Au me me.

12 avril 1843.

Cher vmi , Je vous accable; mais en lisant votre lettre je m'aperçois que je n'y ai pas répondu, du moins à un article important. Je n'approuve guère, sauf explication, l'idée qui vous est venue de faire une édition des Pensées. Ce n'est pas le temps de livrer des combats autour des morts, et qu'importe si le cadavre de Pascal reste à l'ennemi ? Après tout, Pascal était janséniste ; le grand malheur, quand on prouverait encore qu'il ne croyait pas toujours en Dieu ! Son livre n'en fera pas moins le bien et le mal qu'il peut faire. Vous n'en tirerez rien qui convaincra ceux qu'il n'a pas convaincus. Je commence d'ailleurs à croire que Pascal j)eut prouver ce que l'on veut. Mais surtout je me fâche de vous voir employer votre temps à corriger les virgules dautrui, à galvaniser les moits. Vivez vous-même comme vous le pouvez, comme vous le devez; ce sera bien plus

important. Un bon livre, fait par un homme comme vous, répond toujours d'une façon opportune aux besoins de l'époque. C'est une chose que j'ai remarquée souvent ; ainsi le veut l'Esprit-Saint, que nous oublions trop, par parenthèse, dans nos hommages, et qui souffle où il veut, mais qui souffle oii il faut, comme il faut, et toujours avec une miséricorde infinie. Faites-moi donc au plus vite exorciser cette ombre de votre compatriote La Monnoye, qui vous obsède du désir d'écrire des préfaces. Vous êtes en arrière de cent cinquante ans. Croyez-vous qu'aujourd'hui les Anglais viendraient déposer les clefs de la ville sur le cercueil de Du Guesclin ? Il me semble que l'immuable vérité suit assez volontiers les modes, et que toujours la môme, toujours belle et parfaite, elle change souvent d'habits, s'accommodant en cela aux infirmités de notre changeante nature. C'est pour cela que M. de Lamartine chevauche présentement sur ce bel axiome : La vérité est mobile- Non, elle n'est pas mobile, mais l'homme l'est extrêmement, et il est de l'essence miséricordieuse de la vérité de le suivre et de le poursuivre partout. Laissez là Pascal, mon ami, el faites-nous de bons articles en préparant un bon livre.

Il est vrai que la loi de l'enseignement ne sera pas présentée cette année. Villemain seul la veut dans le conseil, et l'on ne pense pas qu'il l'emporte ; mais ces gens-là ne savent jamais le matin ce qu'ils penseront le soir. Du reste, il est sûr

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que celle loi sera mauvaise, cl nous ne la demandons (juc pour la démolir. J'aitnc bien mieux, (juanl à présent, le statu quo et l'inconstitulionnalité. Quel mot digne de l'époque !

Qui vous écrit que voire premier article n'est pas clair ' ? C'est un chef-d'œuvre ; il est clair comme une bouteille de bon vin de Bordeaux, et il en a l'aimable chaleur. Je l'ai lu avec délices et jamais je n'ai si bien pénétré l'histoire du jansénisme. Adieu, je vous aime.

Louis Veuillot.

Au me me.

20 juin 1843.

Mon cher ami,

Je suis mal portant, je deviens aveugle et V Univers me donne assurément de quoi remplir les cinq ou six heures que je puis consacrer au travail tous les jours; mais je ne veux pas vous laisser croire que jai reçu sans reconnaissance vos excellents avis. Vous me reprochez de n'être pas tout à fait un saint, et je me reconnais ce tort plus que personne et plus qu'à personne. Je m'emporte, je dépasse les bornes, je suis violent : c'est vrai ; mon excuse est que j'improvise et que je n'ai pas le temps de relire deux fois mes articles ni de les remettre au lendemain. Si je pouvais les laisser dormir vingl-qualre heures, ou si je

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