‹ Correspondance de Louis VeuillotChapitre 48 sur 73 · Rédacteur eu clief du Constitutionnel · texte numérisé non relu

Rédacteur eu clief du Constitutionnel

qu'il y a de très mauvais instincts dans le gouvernement, et le maître ne l'ignore pas et ne s'y oppose pas.

Je crois qu'Userait très opportun, Monseigneur, qu'un évêque français intervînt dans cette question, et je souhaite bien vivement que vous ayez cette gloire. Le Saint-Siège a été cruellement abandonné dans cette circonstance. La plupart des journaux catholiques ont, ou gardé le silence ou môme lâché pied, et si dom Guéranger n'avait pas élevé la voix (un peu par surprise — c'est la Variété ordinaire que nous avons mise en premier- Paris), le seul ecclésiastique des Gaules qui eût parlé serait l'abbé de la Couture^.

Votre Grandeur est juge du mode d'intervention, et saura mieux que nous ce qui convient; mais, à mon avis, le plus direct sera le meilleur, et je crois qu'un long cri d'allégresse des fidèles y répondra. Puissiez-vous avoir l'inspiration d'insister sur la douleur que doivent éprouver les catholiques en voyant des catholiques évoquer la cause du Souverain Pontife, se déclarant prêts à le juger avec impartialité, lorsqu'ils seront instruits des faits!

Ma famille va bien. Mon terrible frère ^ est allé se promener en Allemagne avec sa femme. J'ai mis mes filles au couvent des Oiseaux. Elles s'y

1. Un prèlre très gallican, qui écrivait dans la Gazette de France.

2. Mgr de baliiiis s'amusait à dire que mou frère, livré à luimême, eût été très doux dans les polémiques, mais que Du Lac et moi nous le poussions à être dur.

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plaisent et elles y plaisent. Me voilà libre maintenant de ine consacrer au journal, et je veux donner une grande poussée pour la fin de l'année. Nos affaires, sous ce rapport, continuent de marcher admirablement; toutes les injures que l'on m'adresse assemblent autour de nous des curieux dont quelques-uns deviennent des amis. Je n'en ai pas moins de chances pour être un jour pendu. Ainsi soit-il.

Du Lac se joint à moi pour vous baiser la main. Vous savez, Monseigneur, combien nous vous aimons et avec quel tendre et profond respect je suis votre très humble et très obéissant serviteur,

Louis Veuillot.

GXXIII

A AI, de Saint-Bonnet.

Novembre 1858.

Monsieur et très cher ami,

Nousn'avons pas encore reçu votrevin, mais il est si bon qu'il nous porte déjà au cœur cette douce chaleur et à la tête cette bonne gaieté que vous souhaitez qu'il produise. J'avoue que j'ai été bien charmé de cette marque de votre souvenir, et bien surpris. Je n'aurais jamais imaginé qu'un philosophe m'envoyât du vin; mais vous êtes de toute manière un philosophe à part. A présent que le coup est fait, je le trouve tout simple et je vous reconnais là, comme en vous voyant et en vous

écoutant j'ai reconnu vos livres. Recevez, avec les remerciements de ma maison, ceux de M. Coquille, à qui je serai obligé de donner de mes bouteilles, ou qui prendra le parti devenir boire son vin chez moi, car il ne daigne pas avoir un ménage. M. Du Lac est absent et sera bien étonné de la fortune qui l'attend au logis. Il se raffermira en pensant que ce n'est pas pour la poursuivre qu'il s'est mis en voyage.

Que n'étiez-vous à Paris avec votre lettre, hier! Le journal dinait chez moi, en l'honneur de Mgr Mislin, et l'évéque de Poitiers est venu lui faire visite dans la soirée. Il en est résulté une conversation où vous auriez de grand cœur donné et pris votre part. Je pensais et je pense à ce propos que vous vous tenez trop éloigné de Paris. II y faudrait venir passer un mois l'hiver. Je vous ferais voir quelques personnes qui seraient heureuses de vous connaître, entre autres l'évêque d'Arras, à qui j'ai beaucoup parlé de vous et qui a ici des séjours obligés. Vous n'avez pas besoin qu'on vous ouvre l'esprit, mais ces conversations vous donneraient bien des adresses où vous auriez de bonnes paroles à envoyer. II n'est pas difficile de réunir à Paris des gens qui viennent de tous les coins du monde et qui ont bien vu l'endroit d'où ils arrivent. J'avais dernièrement une société chinoise et indienne (jiii m'a déroulé l'avenir de Texlrôme Orient comme si c'était déjà de l'histoire. Que je vous aurais donc voulu là! Enfin, mon cher ami, venez boire de voh'c vin, ou tout au

moins venez nous le voir boire. Jamais on n'aura trinqué de meilleur cœur à votre santé.

A quand l'hifaillihilité? C'est là ce que j'attendais, et comme vos pensées me sont encore plus secourables et fortifiantes que votre vin, je donnerais joyeusement mon vin pour avoir le livre. L'évêque d'Arras l'attend comme moi, tout prêt à inspecter le manuscrit et à vous donner le témoignage que vous désirez.

Tout à vous en Notre-Seigneur, très cher et illustre ami.

GXXIV

A M. Arthur Murcier.

Rome, 25 janvier 1859.

Mon Arthur et mon Octavie, je vous embrasse. Ça va bien, ça va très bien. Nous nous raconterons de jolies choses quand nous serons de retour, mais pour le moment il faut se trémousser. Nous sommes occupés à nous défendre du soleil. Jamais Rome ne m'a paru si belle et si douce. Élise est dans le ravissement, et elle a laissé les migraines à Paris.

Remettez à Eugène, mon Arthur, la ci-jointe, où vous trouverez quelques détails sur nos affaires. N'aurai-je point l'exemplaire relié? Le livre, en ce qui est de vous, me parait charmant.

Mes amitiés à l'oncle de Nevers^. Je n'ai pu en-

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