La GUe de M. Arthur Murcier
DE LOUIS YEUILLOT 339
GXXVI
A M""" la comtesse de Se'gur, ne'e Rostoptchiu,
Paris, juillet 1859.
Madame et très chère amie ,
Si le vaillant et triomphant La Guéronnière pouvait lire votre lettre, je serais bien vengé de son avertissement; mais vraiment je n'ai pas besoin qu'il sache ce que vous pensez de lui, pour ne lui point garder rancune. Je crois d'ailleurs qu'il n'aurait pas le saisissement de la sur- ,prise, et que votre opinion sur son compte est la sienne au fond. Je le plains donc d'être toujours dans la chemise d'un sauteur, et je me réjouis d'être toujours si près de vous. J'ai écrit à M. le duc de Padoue qu'il devrait bien prendre garde à ce qu'il signe, quand ce sont de tels particuliers qui le lui présentent à signer. Cela fait, je me suis réjoui de la paix, comme si je n'avais pas reçu du Moniteur le dernier coup de fusil piémontais ; au fond, ce lâche coup de fusil ne m'a pas fait grand mal. Je crois que mon ami Falloux l'a reçu plus en plein que moi. Avouez qu'il est bien juste que Falloux soit blessé par La Guéronnière.
J'étais d'ailleurs prévenu que l'on me ménageait cela. Rouland, compère de La Guéronnière, y tenait beaucoup. Ils en avaient gros sur le cœur depuis le commencement de la guerre, depuis les articles sur About. Ils ne me pardonnaient pas d'avoir dit qu'Antonelli est au moins aussi lion-
note homme que n'importe quel ministre de S. M. l'empereur des Français; ce qui peut toujours se dire sans mettre le cardinal Antonelli trop haut. Cependant, si la nouvelle de la paix était arrivée deux heures plus tôt, je n'aurais pas reçu l'avertissement, et à quatre heures on a offert à M. Taconet de le retirer, s'il voulait le demander. Il a répondu noblement : « 11 est inique ; mais, puisque je l'ai, je le garde.» Ah! que ce fabricant de gibernes a bien plus de cœur qu'une quantité de gentilshommes académiciens de notre connaissance !
Au fond, il n'y a pas de danger : quoique l'Univers puisse être supprimé légalement demain, je ne le crois pas plus en péril de suppression qu'il y a huit jours. Il faudrait pour cela un coup de canon rayé, qui ne se tirera point sans la permission du maître.
Adieu, Madame et très chère amie. Réjouissons-nous : notre empereur n'est point bête ; il vient de monter bien haut en deux mois, et la paix est plus belle que n'a été la guerre. Quelques heures avant de se décider à traiter, il avait reçu une lettre du Pape qui n'a pas été sans influence sur sa résolution. Cette lettre disait, entre autres choses, que le roi de Sardaigne allait être excommunié nominativement. L'impératrice s'est très bien conduite *....
1. Je supprime ici un passage qu'il faudrait annoter trop loncueinent.Il trouvera place ailleurs. Je rappelle seuicuient que les (■alliolic|ues espérèrent alors que Napoléon III saurait imposer
J'achève deux gros volumes de babioles pour vos lectures d'octobre*. Ah! si je trouve moyen de les porter aux Nouettes !
Votre très humble et très reconnaissant,
Louis Veuillot.
GXXVII
A M. Eugène Veuillot.
Des champs, septembre 1859.
Je m'arrache délicieusement au plaisir de ne rien faire et je reviens demain pour recevoir ma nièce ou mon neveu. Si ce n'était la pudeur, cher frère, je serais déjà revenu. J'arriverai les mains totalement vides. Reçois-moi tout de ménie, sans me souffler mot de ma paresse. Je tâcherai de réparer cela. J'ai lu avec fureur; mais je me sentais incapable d'écrire. Peut-être que je suis ramolli. J'en serais vexé. Parmi mes lectures, il y a un article de Rémusat et cinq volumes de Lamartine [Histoire de la Restauration)., dont j'aimerais à dire un mot, et même deux. Ce Lamartine m'inspire un peu d'admiration et beaucoup de mépris. Quelle linotte perverse! Si j'avais reçu la lettre d'Auchassez tôt, je lui aurais écrit; mais!...
Adieu, frère. Louis.
aux italianissimes l'observation do la paix de Yillafranca. Celte paix était bonne, le Pape l'approuva ; mais le traité de Zurich en changea les conditions, et l'empereur, complice ou « bête », laissa tout faire.