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LÎHej dimanche 12 mûrs 18IQ«
Voilà une suite de séances et des discours biea remarquables et de grands talents des deux cotés en éyideoce. Dieu bénisse les gouvernements représentalifsj où il y a moyen de mettre si bien en lumière la venté I C'est un grand malheiirque les membres du côté gauche aient h peu près perdu le droit d'inspirer confiance ; car il ne faut pas se dissimuler qu'ils ont eu raison sur quelques articles. Il y a aussi^dans le discours de M. Pasquier, des choses qui m'ont paru vraies; de Téloquence dans celui de M, Laine, et asf^ez de raisonnement dans les paroles de M. Corbière, Je m'afOîge toujours pour le ministère qu'il se soit entêté à cette loi. Elle ne lui sera bonne à rien, elle ne peut Inquiéter les gens paisibles, tant qu'il se tiendra où il est, et là-dessus les exagérations de rextréme gauche en
m'émeuvent point; mais Dupont (de l'Eure) a mieui et plus franchement abordé la question, et, si on s'inquiète, c'est parce qu'on ne sait encore quels seront les successeurs du gouvernement d'aujourd'hui*. D'ailleurs, le système adopté par le ministère, qui le force de se tenir en équilibre sur une lame de couteau, me parait un tant soit peu manquer de bonne foi, et c'est un malheur, si on y est forcé; c'est une faute, si c'est par choix. Avec toute raison, il se prononce contre les mauvaises doctrines, les offenses faites au pouvoir, les impiétés et les mensonges si bassement répandus depuis un an. Mais, en même temps, il fallait frapper sur les hypocrisies du parti opposé, sur le faux royalisme, sur la religion prise pour prétexte de la haine, sur les calomnies des journaux prétendus royalistes, et contraindre Benjamin Constant à renier la Renommée^ et M. de Villèle à blâmer le Drapeau blanc.
En s'appuyant sur les dangers de ces deux excès, on eût eu le droit de suspendre la liberté, menacée par eux aussi bien que la monarchie. Il me semble
1. Celte loi d'exception, qui ne fut pas, d^ailleurs, appliquée, autorisait Tarrestation et la détention de tout individu prévenu de complots ou de machinations contre le roi et sa famille, en vertu d'un ordre délibéré en Conseil des ministres, et signé de trois ministres, au moins.
que ce terrain étail beau à prendre. Il y a tant d'honneur et de sûreté même à attaquer de front la mauvaise foi ! Mais, au lieu de cela, jouer au plus fin avec un parti entreprenant, bien lié, naturellement fanfaron, qui n'est jamais embarrassé de se dégager, qui prodigue ses louanges ou ses injures, sans souvenirs et sans inquiétudes, qui exigera à mesure qu'on lui donnera, qui rompra au premier refus, voilà qui me paraît hasardé. Ou toutes les probabilités humaines sont fausses, ou cet essai doit perdre ceux qui l'ont tenté. Voilà dans quelle opinion je vous arrive, et cela sans passion pour, ni contre, qui que ce soit. Je suis trop profondément inquiète, trop attristée des longues et peut-être orageuses parenthèses que je prévois, pour m'amuser aux stériles répugnances ou aux aveugles enthousiasmes individuels. Je vois par quelques lettres que je reçois que tout le monde s'accuse ou s'excuse, et ce qui me parait démonlré, c'est qu'on s'en veut d'autant plus que la bataille a été vive, et que tous les partis sont plus ou moins battus. Ce serait bien en pure perte qu'on chercherait les vainqueurs.
Si M. de Serre se retrouve en état de parler, il peut sans doute faire événement, et c'est déjà une
belle récompense de son caractère et de son talent que rimportance que chacun attache à son arrivée. Il est visible que, de part et d'autre, on essayera de s'en eitiparer; on le circonviendra, on voudra lui inspirer défiance. Pourra-t-il voir clair dans cette tourmente? Sera-t-il de force à la dompter? Toutes questions qu'on ne peut résoudre. Je trouve que la France est comme en enseignement mutuel; les moniteurs se remplacent successivement; leurs fautes les chassent les uns après les autres, et personne n'a droit de se plaindre; car il faut avouer que tout le monde a eu tort. Et cependant, la masse s'instruit, mais lentement.
Je ne sais ce qu'il faut croire des nouvelles d'Espagne. S'il est vrai que la révolte devienne grave, j'ai une idée : C'est que, malgré la Sainte-Alliance et les espérances que les royalistes, ou plutôt les ultra de tous les pays, mettent si follement dans les puissances étrangères, les souverains de l'Europe ne se mêleront pas beaucoup de cette affaire. La politique des cabinets est toujours à peu près la même, en tout temps : Voir venir, ne point se compromettre, et tirer parti pour soi de ce qui est arrivé. Du moins, soit que je me trompe ou non, d'après la conduite qu'on tiendra à l'égard de
TEspagne, on pourra conclure de ce qui arriverait pour nous si on nous rejetait dans quelques désordres. Quant à moi, les instructions de M. de Talleyrand m'ont formée à n'avoir nulle confiance dans les étrangers.