DXXVII
MADAME DE RÉMUSAT A CHARLES DE RBMUSAT, A PARIS
Lille, ditnanclie 11 juin 1820.
Votre lettre, mon cher enfant, m'a fort biea expliqué une multitude de petites choses que je ne comprenais pas, et puis^ à trois heures, hier, le télégraphe nous a appris que ramendement de M. Boin avait passé. Il faut que le gouvernement regarde cela comme une assez grande affaire pour en faire une nouvelle télégraphique. Elle arrive assez étrangement après les paroles du Garde des sceaux que nous venions de lire et les compliments que lui faisait le Drapeau blanc et qui m'avaient impatientée; car je vous avoue que je n'aime point que M. Martainville loue M. de Serre. Nous voilà donc un peu mieux que nous n'étions avec cette autre loi; mais, au milieu de tout cela, que notre situation me paraît compliquée et grave I et combien je crois que les ministres vont avoir d'embarras, sitôt après cette session! Il m'est de plus •
ANNÉE 1820. m
en plus démontré que deux partis chercheront à leur nuire, et qu'ils auront fort à faire entre les libéraux, qui tenteront le plus qu'ils pourront le désordre, et les autres, dont on voudra couvrir les maladresses. J'ai pitié de ces étourdis et étourdies qui se réjouissent de ce que la Garde royale est bonne, et de ce qu'elle sabrerait à commandement ! L'important n'est pas là, mais il est à éviter qu'on ne soit obligé de sabrer, c car, disait Bonaparte, il est très difficile de gouverner les Parisiens quand on a tiré sur eux ; leur vanité chatouilleuse ne le pardonne point. Ils ne m'ont jamais aimé depuis le 13 vendémiaire ». Et il ajoutait encore, en répondant aux courtisans de son temps, qui disaient que le canon était la seule bonne réponse à faire au peuple qui voulait se remuer : € Messieurs, dans les émeutes, le jour le plus difficile pour le pouvoir qui les a soumises par la force, c'est assurément le lendemain, et le 43 vendémiaire, ni le 18 fructidor, n'ont sauvé le Directoire ; bien plus, ils m'ont facilité le 18 brumaire. > D'après cette expérience d'un homme qui s'y entendait, je souhaite beaucoup qu'on parvienne à nous faire demeurer paisibles, sans déployer longtemps un appareil guerrier, et il me paraît y avoir