Madame Guizot
surtout ne point s'user trop tôt; mais elle essaye de me donner des conseils de courage, et même de raideur, à l'égard de ceux qui me blâmeraient, qui m'ont fait sourire, tant ils sont peu à mon usage. Elle me parle avec beaucoup d'esprit de la nature de relations qu'il faut que j'établisse entre vous et moi ; mais elle ne sait guère et ne comprendrait point où nous en sommes ensemble, et m'engage i éviter ce qui pourrait causer entre nous fatigue et refroidissement. Peut-être, au fond, que la maternité prise comme elle l'entend vous serait plus commode; mais je n'aurais pas assez de force pour me refaire si complètement; heureusement que vous ne l'exigez point. Au reste, sa lettre est la plus spirituelle du monde, et j'y vois qu'en me trouvant un peu faible, elle me ménagera cependant; c'est tout ce que je souhaite. En la voyant souvent, vous devez lui trouver un assez étrange caractère. Je demandais, hier, à votre père s'il croyait que, tendresse à part, c'eût été là la mère qui vous eût convenu? Il m'a conseillé de vous le demander. Répondez-moi donc, en oubliant que vous êtes vous et que je suis moi.
Voyez-vous quelquefois M. Germain? Comment lui et Prosper sont-ils donc avec votre ancien
patron? On m'a écrit que celui-ci voyait souvent votre duchesse*? Quel homme étrange! Sans Bonaparte, et en voyant les gens de cette trempe, je dirais que la faiblesse du caractère est ce qui fait le plus pencher vers le despotisme, et encore, même chez Bonaparte, c'était la peur d'une certaine force qui le faisait trancher d'abord à l'aide de sa volonté. Avec une crainte de moins, c'esl-à-dire une supériorité de plus, et il n'eût point été despote.
GDXXV.
CHARLES DE RÉMUSAT A MADAME DE RÉMUSAT, A LILLE
Paris, mercredi 24 mars 1819.
Votre lettre me parait pleine de raison, quoique aussi elle soit pleine d'inquiétude. Nous sommes, pour l'instant, un peu rassurés. L'embarras visible des ultra dans cette dernière discussion, l'incontestable supériorité de nos amis sur les indépendants,