M""= DE TENCIN A MONTESQUIEU
Original, avec le dernier alinéa autographe. Arch. de La Brède.
A Paris, ce 2 avril [174g].
Je vous envoie, mon cher Romain, les remarques de M. de Palavicini; peut-être les avez-vous déjà. Il
DE MONTESQUIEU l^J
y a longtemps qu'il les a données à M™^ Geoffrin. A l'égard de la banque, il prétend qu'elle est gouvernée par les mêmes maximes que toutes les autres banques de l'Europe et que vous vous êtes trompé dans les différences que vous y avez supposées '.
Les libraires n'ont fait nulle attention à vos représentations; ils ont commencé leur édition; elle sera in- 12 et du cicéro. Ils feront usage de toutes les corrections que vous m'avez envoyées; si vous en avez quelques autres, vous n'avez qu'à me les adresser sous l'enveloppe de mon frère avec une double enveloppe pour moi. Cette voie est sûre et vous évitera l'attention d'affranchir le paquet, attention que j'ai trouvée de très mauvais goût et qui ne devait pas avoir lieu entre vous et moi. Vous voyez que je vous ai dit vrai sur le succès de votre ouvrage; peut -il jamais y en avoir de meilleures preuves que la multiplicité des éditions?
Je prépare une malice qui me divertit d'avance: on m'a avertie qu'un homme qui se piquait d'écrire en avait fait des critiques; je lui dirai en confidence qu'avant que vous en fussiez reconnu pour l'auteur, on le lui avait attribué, que, vu la façon dont il en pense, je le trouve bien heureux que vous vous soyez déclaré. N'est-ce pas une jolie façon de mettre l'amour-propre de notre sot envieux dans nos intérêts?
Adieu, mon cher Romain; donnez-moi de vos nouvelles ; est-il vrai que vous vous amusiez à bâtir ?