‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 132 sur 489 · Leyde, libraires associés, 1749, 2 vol. in · texte numérisé non relu

Leyde, libraires associés, 1749, 2 vol. in

2. En tête de la lettre cette note — non autographe — de Montesquieu : « Lettre de Mr. David Hume, qu'il faut copier dans le Spicilège. Elle est pleine de lumière et de bon sens. Il y a quelques remarques qui pourront être utiles pour ma dernière édition de l'Esprit des lois, et je puis dire que, d'une infinité de papiers qui ont été écrits là-dessus, c est peut-être celui qui a autant de sens. Je pourrai ôter quelques endroits inutiles. »

3. Médecin de Guillelmine-Dorothée, reine d'Angleterre, membre de la Société royale de Londres. Il avait été élu membre associé de l'académie de Bordeaux le 24 juillet 1740 (2?e^. viss de l'Académie, II, p. i 33).

l-O CORRESPONDANCE

VEsprlt des lois, que j'avais lu l'automne passé en Italie avec tant de plaisir et de profit, je prends la liberté de vous écrire pour vous en témoigner ma reconnaissance. Ayant autant d'expérience que vous en avez de la nature des hommes, vous ne douterez point que je ne sois très sensible à une faveur de votre part qui flatte autant ma vanité. Mais ce serait mal faire ma cour à l'auteur d'un ouvrage qui s'est attiré la plus haute estime de toutes les nations et qui sera l'admiration de tous les siècles, que de m'engager dans un panégyrique. Permettezmoi plutôt de vous communiquer quelques réflexions que j'ai faites en lisant votre ouvrage, dont la plupart servent à confirmer de plus en plus les principes sur lesquels votre système est fondé. Dans mes citations je ferai usage de l'édition inquarto de Genève.

Vol. I. — La remarque de la page 26, ligne 3', est nouvelle et frappante. Peut-être ne serez-vous pas fâché de savoir que le Parlement d'Angleterre, trouvant par ce qui s'était passé en dernier lieu que la nation écossaise n'était pas sufiisamment républicaine, conclut que ce penchant violent au gouvernement monarchique venait de ce que la noblesse avait conservé les juridictions gothiques féodales; c'est pourquoi le Parlement les abolit, il y a deux ans = . Cela fait voir combien les Anglais ont été uniformes et conséquents dans leur manière de

1. € Les Anglais, pour favoriser la liberté, ont ôté toutes les puissances intermédiaires qui formaient leur monarchie. Ils ont bien raison de conserver cette liberté; s'ils venaient à la perdre, ils seraient un des peuples les plus esclaves de la terre. » (Livre II, ch. 4.)

2. 14 mai 1747. Cf. Cobbett. Parliamentary history of England..., t. XIV, col. 3i.

raisonner sur ce sujet. Les conséquences que vous prédisez arriveraient certainement dans le cas d'une révolution dans notre o^ouvernement.

A la page 5G, vous attribuez l'origine des lois de Sparte à la Crète'. En cela, vous êtes appuyé de l'autorité de Platon et d'Aristote; mais je me rappelle un passage de Polybe où il examine l'opinion de ces philosophes et tâche de la réfuter-. Comme je n'ai pas cet auteur sous ma main à présent, je suis obligé de parler de mémoire; le profond sens de cet historien rend son autorité très considérable, quoique j'aie oublié en grande partie les raisons sur lesquelles il établit son opinion.

La remarque que vous faites page iii, ligne 1,5 peut être confirmée par un exemple célèbre du temps de nos guerres civiles : en 1^)4(3, le Long Parlement fit une ordonnance, qui fut appelée du renoncement, self denying, par laquelle ils s'excluaient eux-mêmes de tout commandement dans leur propre armée^; la conséquence immédiate de cette ordonnance fut la séparation de l'armée d'avec le Parlement et la perte totale de nos libertés.

Tous les déclamateurs qui sont en France exercent leur rhétorique contre la vénalité des charges, dont vous parlez dans le même chapitre»; mais vous en

1. « Les lois de Crète étaient l'original de celles de Lacédémone et celles de Platon en étaient la correction. » (Livre IV, ch. 6.)

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