MONTESQUIEU AU MARQUIS DE BREILLE
Minute autographe. Arch. de La Brède.
[22 juillet 1749.]
Vous avez beau parler, Monsieur mon illustre marquis, des agréments de votre maison, elle ne serait point si charmante sans le maître. Je vois bien de belles terrasses ici, mais le marquis de Breille ne s'y promène pas; c'est souvent un gros financier qui, quand il dégringolerait en bas, per-
a) Biffé: Je troquerais bien tout mon bien pour un exemplaire unique de cet ouvrage; je demanderais au Parlement cent mille livres sterling pour m'empêcher de le publier. — b) Biffé: Il est vrai que les Espagnols ne sauront jamais que l'on ait lait un pareil livre. Ainsi je crois que vous devez être en repos là-dessu5.
T. Voyage autour du monde fait dans les années 1740 à i 744, traJ. de l'anglais [par Elie de Joncourt]. Amsterdam, 1749, in-4''.
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sonne n'y perdrait rien. Je suis pourtant bien aise de connaître une maison où vous devez quelque jours me donner une chambre et où je pourrai faire quelques chapitres de VEsprit des lois.
Vous me ravissez quand vous me dites que Son Altesse Royale' m'a fait l'honneur de lire mon livre et qu'elle vous en a paru contente. Ceux qui sont instruits en France le sont surtout des grandes qualités de ce grand prince. Quel bonheur n'est-ce pas pour vous de lui avoir donné une si belle éducation; vous serez le bienfaiteur de votre pays et peut-être de tous les autres. C'est une grande chose pour un prince que d'aimer la lecture: les livres ne sont point des courtisans; ce sont des voix fidèles. Ajoutez que la lecture empêche l'ennui, dont les princes ne sont pas plus exempts que les autres hommes et peut-être encore moins, par la raison que l'on a toujours fait ce que l'on a pu pour les empêcher de s'ennuyer. Quel bonheur serait-ce pour moi, si je pouvais, en passant par Turin, faire ma cour à ce grand prince.
Il nous est venu d'Angleterre un bon livre : c'est le voyage et l'expédition de l'amiral Anson. Je formais d'abord le dessein de vous l'envoyer, mais, comme il a été imprimé en Hollande, j'ai pensé que vous l'auriez chez vous. C'est un composé de choses très bonnes, très utiles et très sensées, et il n'y a guère de livres plus propres à nous donner une idée juste de l'état actuel de l'Europe, par rapport au commerce et à la navigation.
Il n'y a point de nouvelles ici : M. et M"'^ de