‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 171 sur 489 · Cf. p. 1(38, n · texte numérisé non relu

Cf. p. 1(38, n

2. € On a déjà parlé dans une note [cf. ci-dessus p. 212, n. 2 1 de cet écrivain fort versé dans l'histoire de la littérature moderne de la France, mais fort prolixe dans ses écrits et dans ses lettres. Il est mort en laissant quantité de manuscrits sur les auteurs anonymes et pseudonymes, ouvrage qu'il entreprit après qu'il fut exclu de la Sorbonne avec quantité des plus éclairés docteurs de ce temps. » (Guasco.)

2lb CORRESPONDANCE

table joie les marques de votre souvenir. Je vous prie de me les conserver, car vous ne sortirez jamais de mon esprit ni de mon cœur.

M"^ de Mirepoix partit hier pour l'Angleterre, au grand regret de nous tous. Le départ des deux ambassadeurs avait souffert bien des remises par divers incidents. M. de Bulkeley me charge toujours de vous parler de lui et vous êtes dans la liste infiniment petite de ceux qu'il aime.

Le cardinal de Rohan' mourut avant-hier, il y avait longtemps qu'il se préparait à une apoplexie. Il n'a su qu'il devait mourir que lorsqu'il est arrivé dans l'autre monde. Avant son départ il avait la tête extrêmement remplie des affaires de l'Église, tant pour le spirituel que pour le temporel: les spirituelles étaient le mandement de Ms"" de Tours-; les temporelles, le vingtième. On dit ici que c'est le dernier seigneur français; on se trompe : ce sera toujours le duc d'Épernon^; et le premier courtisan n'est jamais le dernier seigneur.

Vous faites un très grand éloge de VEsprit des lois; j'ai peur que vous ne le voyiez que par les yeux de l'amitié. Pour rabattre ma vanité, M. Dupin, fermier général, fera paraître dans sept ou huit jours une grande critique, dans laquelle il revendique la dignité de la maitôte. D'un autre côté, M""" Dupin est furieuse de ce qu'elle prétend que

1. Armand-Gaston-Maximilien de Rohan, grand aumônier de France.

2. Louis-Jacques de Chapt de Rasiignac (16S4-1750). Il donna en 1749 une instruction pastorale sur la Justice chrétienne par rapport au sacrement de pénitence et d'eucharistie. Le cardinal de Rohan, sur l'ordre de Louis XV, avait réuni quatre évêques et un sulpicien pour examiner cet ouvrage et rédiger un projet de censure.

3. Louis de Pardaillan de Gondrin, duc d'Antin, connu sous le nom de duc d'Épernon (1707-174?).

j'ai dit contre les femmes; si je fais jamais l'histoire des illustres caillettes, elle en sera la reine.

Mon cher commandeur, nous avons ici une maison enchantée: c'est l'hôtel de Brancas, quoiqu'elle soit privée de la moitié de ses enchantements, M. le duc et M""^ la duchesse de Nivernais. Mais c'est trop de désirer d'avoir tout pour nous: il faut bien que Rome et Londres aient leur part, et moi je me félicite pour ma nation des magnifiques échantillons qu'on y en voit; et en vérité ceci a de la solidité, car les hommes jugent ordinairement de ce qu'ils ne voient pas par ce qu'ils voient.

Je vous demande en grâce de leur faire ma cour à l'un et à l'autre et si vous me procurez leurs bontés, je m'imagine que je vous en aimerai davantage. Je dois, en vérité, beaucoup de reconnaissance à M. le duc, et je vous assure que dans ce pays-ci mon ouvrage a beaucoup tiré son mérite de son approbation. J'ai reçu à la même occasion une lettre charmante du marquis de Breille et, pour achever de me tourner la tête, il me flatte de l'approbation de Son Altesse Royale M?"" le duc de Savoie,

Je ne devrais pas tant vous parler de moi, mais croyez que c'est sans fatuité : je ne puis m'empêcher de parler de ma reconnaissance et c'est la seule disposition de l'esprit et du cœur que j'ai l'orgueil d'avoir.

Si vous trouvez quelqu'un à Rome qui ait, comme vous dites, gardé quelque souvenir de moi, je vous prie de faire en sorte de me le conserver. Je voudrais bien finir avec tout le respect, permettez que je finisse avec tout l'amour.

2l8 CORRESPONDANCE

L'abbé Guasco m'a dit que vous lui deviez une réponse. Il a été reçu, il y a trois jours, de l'académie des Inscriptions.

Page 1