‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 173 sur 489 · SOLAR A MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

SOLAR A MONTESQUIEU

A Rome, le 27 août 1749.

Vous laissez partir M"'^ de Mirepoix avec la plus grande tranquillité; cela est d'un mauvais augure pour la sensibilité de votre cœur. Je m'attendais à la désolation que je n'ai pas aperçue; je vous félicite : vous en serez plus tranquille.

Je suis très fort de votre avis, opposé à celui du public, sur la perte du cardinal de Rohan. On s'est accoutumé à puiser la grandeur dans la bassesse et on les confond. Cette Cour craint de ne pas pouvoir remplacer son zèle; il sera difficile qu'il soit si bien récompensé dans ceux qui voudront l'imiter.

Mon frère vous a mandé la haute estime du duc de Savoie pour votre livre : il a fait par là l'éloge de son élève. Il est fort à craindre que la critique

de M. Dupin ne détruise l'impression qu'il a faite dans l'esprit des connaisseurs; je veux m'exposer au risque de devoir changer mon petit avis et je suis fort empressé de voir un ouvrage si hardi sorti du bureau d'un fermier général. Pour celui de M™^ Dupin, il aurait été autrefois respectable pour moi; ses procédés et les années m'ont donné des droits dont je ferai usage; vous en parliez aussi sur un autre ton. Les années font perdre aux dames ce qu'elles donnent aux hommes; je vois que vous ne ferez plus aucun cas du portrait que vous m'avez disputé.

Il y a ici MM. de Sainte-Palaye' avec lesquels je parle à mon aise des désagréments que j'y trouve; cela me soulage. L'abbé NoUet^ vient aussi à mon secours : il sera chez moi après-demain. Je me plains avec Ms' Cerati que vous n'ayez pas été tenté d'y venir; j'aurais été bien dédommagé du séjour de Rome. Vous trouverez une de ses lettres ci-jointe. A présent que vous avez pris votre parti, je conviendrai qu'on ne trouve it:i que ce qu'on y a vu : des édifices, des statues et rien de plus, si ce n'est des satires noires qu'un bon cœur déteste; preuve de cela, c'est que je n'y entends guère parler de votre livre.

M. et M"'^ de Nivernais sont enchantés de la façon dont vous vous expliquez à leur égard. Le premier se propose de vous en marquer directement leur reconnaissance. Nous tâchons de nous consoler

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