‹ Correspondance de Montesquieu (volume 2)Chapitre 178 sur 489 · JACOB VERNET A MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

JACOB VERNET A MONTESQUIEU

Autographe. Arch. de La Brède.

Genève, ce 8 septembre 1 749.

J'apprends, Monsieur, que vous êtes enfin de retour à Paris et qu'au-dessus de tous les nuages, votre ouvrage a non seulement tout l'éclat de réputation, mais aussi toute l'approbation des sages qu'il mérite. Jouissez, Monsieur, de votre travail et de votre gloire. On n'avait rien encore donné de si profond, de si juste, de si fin, de si lié, de si lumineux sur tout ce qui fait le bonheur de la société civile et sur les principes d'une saine politique. Les princes et les ministres ne sauraient trouver nulle part de meilleures leçons, et elles feront d'autant plus d'effet qu'elles sont données avec une vivacité originale et un éclat charmant. Peut-être la génération présente n'en fera-t-elle pas trop son

I. Cette lettre porte l'apostille suivante: c Tourner un arrêt sur la requête de l'académie de Bordeaux et S. M. voulant traiter favorablement la dite académie, a fait et fait concession, à titre d'acensement, du terrain désigné, à la charge de paj'er 3 11. de cens annuel emportant directe au profit de S. M., fait défense à tous autres de troubler la dite académie dans la jouissance des dits terrains. »

profit; mais cette semence jetée en terre germera. Cela sera lu, goûté, adopté peu à peu par les honnêtes gens, et les gens qui viendront en place, ayant été imbus de ces bons principes et les ayant répandus parmi les gens de leur connaissance, les porteront au pied du trône et les feront entrer dans l'éducation et dans les conseils des souverains. Je sais de bon lieu que nombre de gens de la première distinction, entre autres le comte de Bentinck', bon citoyen et grand homme d'État, regardent votre ouvrage comme un chef-d'œuvre.

En continuant à vous en féliciter. Monsieur, je continue aussi à vous témoigner mon chagrin de ce que la première édition n'a pas été exécutée ici pour le papier et pour le caractère, comme il eût été à désirer. Mon soin était de veiller à ce que vos corrections fussent fidèlement insérées et, de ce côté-là, je pense que vous devez être content. Mais je n'avais point choisi le libraire qui, quoique très intelligent, s'est malheureusement trouvé mal en fonds et malade et qui est même mort dans le cours de l'impression. Tous ces contretemps à la fois ont nui à Texécution. C'est un désagrément pour le public, ce n'en est presque pas un pour vous, tant votre ouvrage peut soutenir d'impressions qui répareront le défaut de la première.

J'ai de bonnes nouvelles de notre abbé Cerati, à qui votre ouvrage est parvenu et qui en est charmé. Je suppose que les 70 exemplaires envoyés pour votre compte à Amsterdam sont effectivement rendus à leur destination, quoique votre

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