I. Solar
j'en suis quitte, car M. le contrôleur général vient de faire un ouvrage à qui il donne beaucoup moins son approbation qu'au mien : cet ouvrage consiste à faire hausser les fermes de dix millions', et je suis persuadé qu'il n'y a point de propos contre les fermiers généraux qu'il ne trouve meilleur que cela. Et je suis si vain que je crois qu'il m'estime plus qu'un contrôleur général, parce que jamais on n'a proposé d'ôter à un homme 25o,ooo livres tous les ans, et cela pour les donner au Roi qui est le plus grand monarque de la terre.
Je vous apprendrai le mariage de M. le marquis de Chenonceaux, leur fils, avec M"^ de Rochechouart-. La vicomtesse, qui a touché un pot-de-vin de 60,000 livres pour le paiement de certaines dettes criardes, est fort contente de cette affaire. La demoiselle, qui voulait absolument se faire religieuse, a fait de grandes difficultés pour la consommation et il a fallu la violer, comme un bâcha viole la fille du Grand Seigneur. Cela me fait croire qu'on ne la violera plus. Votre ami Dupin est làdessus admirable : il écrit à tous ses amis que, ses confrères ne voulant pas donner leurs filles à son fils, parce qu'ils veulent les marier à des ducs, il a été obligé de la marier avec une fille de qualité, que du reste cette fille est si neuve que M"= Dupin a été obligée de la mener à Chenonceaux, parce
1. Sur le renouvellement du bail des fermes à la fin de 1749, qui le fit passer de 92 à loi millions, cf. M. Marion, Machaiilt d'Arnouville, (1891, in-S"), p. 371-374..
2. J. -Armand Djpin de Chenonceaux, né en 1730, épousa Marie- Alexandrine-Sophie de Rochechouart-Pontville. Cf., sur ce mariage, Villeneuve-Guibert, Le Portefeuille de M»" Dupin, p. 20 et suvi. C'est à la prière de M™« de Chenonceaux que J.-J. Rousseau écrivit VÉmile.
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qu'elle ne sait où mettre ses bras. [G'estJ votre passion reconnue pour M"' Dupin qui a fait que je me suis étendu sur les événements arrivés dans cette famille.
Nous avons ici M. le marquis de Saint-Germain, qui est un homme fort aimable. Il me paraît qu'il est ami de M, le marquis de Breille et [de] vous; et j'espère qu'il aura aussi quelque amitié pour moi. M"^ de Mirepoix apprend l'anglais et parle comme un ange, ou au moins comme un serin de Canarie. Quand je lui écrirai, je lui parlerai de ce que vous me dites d'elle.
Je vous félicite de ce que vous avez à Rome Ms"^ Cerati ; j'aime son bon sens et son aménité. J'ai l'honneur d'écrire, par ce courrier, à M. le duc de Nivernais; je vous prie de lui faire approuver la liberté que j'ai prise. Quand vous écrirez à M. le marquis de Breille, ayez la bonté de l'assurer d'un souvenir bien tendre. Je vous prie de vouloir bien vous charger de cette petite lettre pour Ms"" Cerati et de croire que j'aimerai, chérirai et respecterai Votre Excellence jusqu'à la mort.
Montesquieu".