MONTESQUIEU AU CHEVALIER D'AYDIE
Original. Arch. de La Brède. — Lettres originales de Mort' tesquieu au chevalier d'Aydie, lettre IV. — Laboulaye, VII, p. 33o.
A Paris, ce 24 novembre 1749.
Mon cher chevalier,
Comment vous portez-vous? Ne voulez-vous point revenir de votre Périgord? On ne peut aller là que pour manger des truffes. Vous nous laissez ici; nous vous aimons; vous êtes un philosophe insupportable.
i . CamoH (Ariège, canton de Mirepoix).
2. Thérèse de Secondât (1691-1772), supérieure du couvent de N.-D. de Paulin, à Agen.
DE MONTESQUIEU 2 DiJ
Je reçois quelquefois des nouvelles de M'"= de Mirepoix, qui me dit toujours de vous faire ses compliments. Il y a ici une grande stérilité en fait de nouvelles. Je ne puis vous dire autre chose si ce n'est que les opéras et comédies de M™' de Pompadour vont commencer, et qu'ainsi M. le duc de La Vallière va être un des premiers hommes de son siècle; et comme on ne parle ici que de comédie et de bal, Voltaire a-t-il une attention particulière, et on prétend que, le jour qu'il doit donner son Calilina, au lieu de donner un Catilina il donnera une Electre^; j'y consens. Les Du Châtel sont ici. iNL de Forcalquier se porte en général très bien.
Je vous prie de me conserver toujours votre amitié que j'adore et d'agréer mon respect infini.
Montesquieu.
A Monsieur^ Monsieur le chevalier d'Aydie, — à Péri' gueux.
ASi.— J.-B. DE LALANNE- A MONTESQUIEU.
Autographe. Arch. de La Brède.
24 novembre 1749.
Tout citoyen de Bordeaux qui vous connaît, divin Président, et qui connaît le nom que vous portez ne
1. Oreste fut joué le 12 janvier 1750, et Rome sauvée ou Catilina, jouée d'abord chez Voltaire, rue Traversière-Saint-Honoré, fut représentée, le 22 juin 1750, à Sceaux chez la duchesse du Maine. Cf. V Avertissement à Oreste, éd. Moland, V, 73.
2. Jean-Baptiste de Lalanne, président au parlement de Bordeaux, qui passait en sa province pour le plus grand épistolier du monde. (Cf. Grellet-Dumazeau, La société bordelaise sous Louis XV, p. 46.)
peut s'empêcher de regarder comme un bonheur pour sa patrie et pour lui-même l'événement' qui va perpétuer un nom qui leur doit être si cher. A ces considérations générales j'ajoute celle de l'amitié dont vous et les vôtres voulez bien m'honorer, et je vous prie déjuger par là de mon allégresse. Adieu, divin Président; de tous ceux qui vous sont attachés pas un ne vous respecte et ne vous chérit plus que
Lalanne.
A Monsieur, Monsieur le président de Montesquieti^ rue Saint-Dominique, faubourg Saint-Germain, — à Paris.