SOLAR A MONTESQUIEU
Original. Arch. de La Brède.
Rome, le 4 mars lySo.
Quoique je sois persuadé que M. le duc de Nivernais vous rend compte de tout ce qui vous intéresse dans ce moment, cela n'acquitte pas envers vous le devoir de mon amitié, qui m'engage à faire la même chose; vous pouvez apprendre d'un de nous ce qui aura échappé à l'autre. Votre affaire prend une tournure à vous sauver le désagrément que pouvaient vous attirer la malignité et l'ignorance de vos critiques; on a parlé à propos pour arrêter la relation à la Congrégation de l'Index et vous faire écouter.
C'est à M. le cardinal Passionéi que vous avez cette obligation; il s'est porté avec ardeur à la
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défense de votre réputation par l'estime qu'il a pour votre personne et pour vos ouvrages. Ce coup paré, on a gagné du temps; c'est tout ce qu'il fallait pour détruire les préventions; votre apologie ne saurait manquer de produire cet effet : je l'ai lue et j'ai trouvé qu'elle serre de si près que l'esprit le plus révolté contre la raison doit se rendre aux vôtres. M. le cardinal Valenti, que nous avons tâché de mettre dans vos intérêts et qui doit y être par ses lumières, a mis ce dernier ouvrage entre les mains de votre reviseur.
Vous avez le bonheur que ce choix est tombé sur un sujet dont la capacité est au-dessus de la faiblesse des préjugés et qui ne consultera que les égards qu'il doit à son emploi et la délicatesse de certains lecteurs qu'il faut ménager; il s'appelle M^^Bottari'; il est juste que son nom vous soit connu. Je sais qu'il est content de votre Défense et qu'il ne demande qu'un peu de temps pour juger, s'il croit qu'il y ait quelque chose à ajouter; ses remarques vous seront communiquées et vous aurez le temps d'en faire usage dans une seconde édition de votre réponse aux critiques avant que la Congrégation de l'Index s'assemble : nous avons compté qu'il y a deux mois à pouvoir profiter. Je vous rends un compte exact de l'état de votre affaire; je demande pour récompense deux exemplaires de votre Défense : je serai bien payé. Je vous réponds que je serai très attentif à surveiller, de concert avec notre aimable ambassadeur, sur tout ce qui vous regarde,
I. Jean-Gaétan Bottari (i 689-1 775), professeur d'histoire ecclésiastique et de controverse au collège de la Sapience, aumônier particulier de Benoît XIV.
à VOUS en donner avis et vous marquer tant que je pourrai combien je vous suis attaché et vous aime.
SOLAR