I. François Fitz-James, évêque de Soissons de lySg à
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sont entièrement tombées, et tâcher de former des ministres de la religion qui la connaissent et soient en état de la défendre. La religion chrétienne est si belle que je ne crois pas qu'on puisse la connaître sans l'aimer; ceux qui blasphèment contre elle, c'est qu'ils l'ignorent. Si nous pouvions faire revivre des Bossuet, des Pascal, des Nicole, des Fénelon, la seule considération de leurs doctrines et de leur personne ferait plus de bien que mille censures.
Je compte aller dans quinze jours à Paris; je verrai l'archevêque' et lui parlerai: il vaut mieux, ce me semble, lui parler sur cela que de lui écrire. Je ne vous réponds pas de le faire entrer dans mon sentiment: il est extrêmement têtu, mais j'y ferai de mon mieux, car, outre le zèle que j'ai assurément pour ce qui vous intéresse, je croirai servir la religion. Au reste, peut-être n'y pense-t-il pas; et à l'égard des docteurs de Sorbonne, je crois qu'il a peu de crédit sur eux; ils se conduiront plutôt par les impressions de l'évêque de Mirepoix-.
Pour répondre à votre confiance, mon cher Président, il faut que j'ajoute quelque chose de votre livre. Je l'ai lu fort rapidement; je ne l'ai pas regardé comme un livre de mon métier et je ne l'aurais peut être pas lu du tout, si vous n'en étiez pas l'auteur. Je serais mauvais juge du fond du livre : j'y ai trouvé des réflexions qui m'ont charmé. Quant à l'objet de la religion, voici l'impression qu'il m'a faite: j'ai trouvé que vous étiez moins répréhensible dans ce que vous avez dit qu'en ce que vous avez tu; je
1. Christophe de Beaumont, archevêque de Paris de 1746 à 1781.
2. J.-F. Boyer, ancien évéque de Mirepoix, chargé alors de la feuille des bénéfices.
crois VOUS avoir dit que j'ai été affligé que vous regrettassiez tant les philosophes stoïciens; il est vrai que vous dites: « Si je n'étais pas chrétien... j, mais il est des circonstances où dire: « Si je n'étais pas chrétien... », semble vouloir dire qu'on ne l'est pas. J'espère que vous l'êtes, mon cher Président, et je le crois. Vous avez un esprit trop solide pour ne l'être pas; mais un malheureux respect humain s'empare quelquefois des meilleures têtes: n'avezvous pas craint de le paraître trop? n'avez-vous pas craint que votre livre perdît de son mérite auprès des prétendus beaux esprits d'aujourd'hui, si vous y aviez professé ouvertement le christianisme?
Voilà, mon cher ami, les réflexions que me dicte l'amitié la plus tendre que je vous ai vouée. J'espère vous trouver à Paris et nous en raisonnerons, si vous le voulez, plus au long.
Personne au monde n'est plus véritablement et plus fidèlement que moi, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
7 Fitz-James, évèque de Soissons.
A Monsieur, Monsieur le président de Montesquieu, rue Saint-Dominiqïie, faubourg Saint -Germain, — à Paris.