I. Montagnac confine à Montesquieu
prie de permettre à mon cœur de commencer par vous remercier des bontés et de l'amitié dont elle est pleine.
Vous convertiriez plus de gens, Monseigneur, dans un quart d'heure que tous les grands harangueurs dans cent ans, parce qu'ils pensent à eux et jamais aux autres.
L'article des stoïciens' vous a frappé et vous soupçonnez que là, par respect humain pour les beaux esprits de nos jours, je n'ai pas parlé de la religion chrétienne. Voici naïvement le fait : il y a environ trente ans que je formai le projet de faire un ouvrage sur les devoirs. Le traité des Offices de Cicéron m'avait enchanté et je le prenais pour mon modèle; et comme vous savez que Cicéron a copié pour ainsi dire Pancetius, qui était stoïcien, et que les stoïciens ont été ceux qui ont mieux traité cette matière des devoirs, je lus les principaux livres des stoïciens et entre autres les réflexions morales de Marc-Antonin, qui me paraît le chef-d'œuvre de l'Antiquité. J'avoue que cette morale me frappa et que j'aurais volontiers, comme M. Dacier, fait de Marc-Antonin un saint^; et ce qui me toucha le plus fut de voir que cette morale était pratique et que trois ou quatre empereurs qui eurent cette morale furent des princes admirables, tandis que ceux qui ne l'avaient pas furent des monstres. Cela fit que je mis dans ma préface, ou au commencement de mon traité des devoirs que j'avais ébauché, cet éloge des stoïciens et de leur philosophie. Je lus des morceaux