Esprit des lois, I, ch
4. Cf. Défense de L'Esprit des lois, 5« partie. 3. Esprit des lois, XXIV, ch. 2 et ch. 6.
6. J. Basnage de Beauval, Entretien sur la religion, Rotterdam, 1 70g, in- 1 2 .
3o6 CORRESPONDANCE
religion chrétienne : je ne me suis pas contenté de la louer en général; j'ai fait sentir ses avantages dans chaque occasion particulière. Assurément, si j'ai voulu décréditer la religion chrétienne, j'ai tourné le dos à mon projet.
Si vous avez lu ma Défense^ Monseigneur, vous aurez vu que l'on m'a attaqué parce que Ton ne m'a pas entendu; ils ont donc combattu contre leur propre ignorance et non pas contre moi.
Ils se plaignent de ce que je n'ai pas suivi les routes battues. Eh! quel est le bon écrivain qui suit les routes battues? M. Bossuet, M. Nicole, M. Pascal (je ne prétends pas me comparera eux) suivaient-ils les routes battues? Et quand j'aurais suivi les routes battues, ils ne m'auraient pas plus entendu, parce que je n'écrivais pas un livre en théologie.
Mes amis ont exigé de moi que je ne répondrais plus rien, quelque chose qu'on puisse me dire. Les secondes Nouvelles ecclésiastiques ont été telles que l'auteur me montrait tellement le flanc que je pouvais le rendre un objet de pitié. J'ai gardé le silence et, en cela, j'ai respecté la théologie, si je ne respectais pas les théologiens.
On a beau dire, rien ne fait plus de tort à la théologie que les mauvais théologiens Que des ecclésiastiques ignorants aient tort contre moi, que je fa?se voir leur bêtise, cela ne devrait naturellement produire d'autre effet, si ce n'est qu'ils sont convaincus d'être ignorants; pardonnez-moi, chez les gens du monde cela prouve que la religion a tort.
Voilà, Monseigneur, une longue lettre; la vôtre, pleine d'esprit, de religion, d'humanité, de raison, demandait que je m'expliquasse avec vous: c'est le
cœur qui parle au cœur; en vous parlant, Monseigneur, je crois parler à la raison même.
J'ai Thonneur d'être avec un respect infini, Monseigneur, votre très humble et très obéissant
Je reviens à la Sorbonne et je veux qu'elle condamne mon livre, ce que je ne crois pas pourtant qu'elle fasse. Qu'en arrivera-t-il ? Mon livre est écrit sur des matières que la plupart des théologiens ne connaissent pas. Ce sera un très grand préjugé pour le public que le livre a été condamné sans être entendu. De plus, mon livre ne peut être attaqué que sur des arguties théologiques; il arrivera qu'on dira que les arguments ne viennent pas au fait. Enfin, je serai défendu; et il y a apparence que je serai le plus fort. Cela ne servira qu'à décréditer ceux qui m'auront attaqué et à diminuer le respect qu'on doit avoir pour eux. A quoi bon donc faire tant de bruit pour rien?